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L’Onde de Choc Géoéconomique du Conflit Iran-USA-Israël
Sécurité & Défense

L’Onde de Choc Géoéconomique du Conflit Iran-USA-Israël

Le différend multidimensionnel opposant l’Iran à l’axe Washington-Tel-Aviv, transmuté en confrontation cinétique depuis février 2026, ne constitue pas une simple crise régionale, mais un catalyseur de fragmentation du système-monde. L’intensité de cette crise corrobore les thèses de l'enlisement stratégique, où la posture préventive d’Israël et la doctrine américaine de l’endiguement (containment) visent, par un découplage forcé, à neutraliser l’influence eurasiatique au Moyen-Orient. Les répercussions géoéconomiques se structurent autour de quatre piliers : la sécurité énergétique, la logistique globale, la résilience industrielle et les équilibres macrofinanciers. Crise Énergétique et Rupture des Flux L’asphyxie partielle du détroit d’Ormuz — verrou stratégique où transitent 30 % du pétrole et 17 % du gaz mondial — a engendré une volatilité exogène majeure, propulsant les cours au-delà de 50 % de leur valeur ante-conflit. Le différentiel de rentabilité : Le blocage sélectif (réduction à 5 millions de barils/jour) souligne une asymétrie critique : alors que les coûts d’extraction au Moyen-Orient demeurent marginaux (3-10 $), les hydrocarbures de schiste américains nécessitent un seuil de rentabilité bien plus élevé (40-60 $), accentuant l'inflation énergétique globale. Alternatives et réorientation : Si l’augmentation des débits via l’oléoduc Abqaiq-Yanbu (visant 7 millions b/j selon Saudi Aramco) et le pipeline Habshan-Fujairah offre un palliatif, l’arrêt des voies septentrionales (Kurdistan, BTC) limite la compensation. À moyen terme, nous assistons à un pivotement vers l'Ouest : le développement d'infrastructures méditerranéennes sécurisées par l'emprise américano-israélienne préfigure un détournement des ressources au détriment des économies asiatiques (Chine, Inde, Japon). Reconfiguration de la Logistique et des Échanges L’insécurité dans les chokepoints (Bab el-Mandeb, Suez) impose une redéfinition de la géographie maritime. Le déroutement par le Cap de Bonne-Espérance, s’il garantit la continuité des flux pour les puissances atlantiques, induit une hausse structurelle des coûts (20-30 %) et une extension des délais de livraison. Le déclin des routes Est-Ouest : Le modèle de flux horizontaux, pilier de la mondialisation libérale, est obsolète. L’architecture des « Nouvelles Routes de la Soie » est compromise, hormis ses segments continentaux russes et centrasiatiques, eux-mêmes grevés par l’ostracisme diplomatique envers Moscou. L’émergence du modèle Nord-Sud : Nous observons une transition vers un modèle régionalisé fondé sur le nearshoring et le friendshoring. Ce basculement favorise une réindustrialisation de l'Occident et propulse l’Afrique et l’Amérique Latine comme de nouveaux poumons productifs, articulés autour du nexus énergie-eau-matière. Perturbations et Souveraineté Industrielle Le conflit agit comme un révélateur de la dépendance des industries de transformation vis-à-vis des intrants moyen-orientaux (chimie, métaux, hélium). Le péril alimentaire : La tension sur les engrais est symptomatique. Malgré les capacités de leaders comme l'OCP au Maroc, la dépendance aux intrants régionaux (ammoniac) crée un risque de rupture de charge. Les stratégies de sécurisation de l'Inde et des USA illustrent un retour au protectionnisme stratégique. Économie de défense : Le secteur de l’armement s’affirme comme le principal bénéficiaire de cette instabilité, avec une accélération des budgets militaires mondiaux (dépassant les 1781 milliards de $ dès 2024). Guerre des commodités : L’utilisation par la Chine de ses leviers sur les technologies sensibles (terres rares, PCB) en réponse aux pressions occidentales confirme le passage d’une économie de marché à une économie de gestion des pénuries. Déséquilibres Macroéconomiques et Risque Systémique Le conflit sert de vecteur à une lutte pour la suprématie monétaire. L’ancrage du dollar aux échanges du « nexus stratégique » est une réponse directe à la volonté de dédollarisation des BRICS. Spirale récessionniste : L’inflation importée contraint les banques centrales à un durcissement monétaire. La hausse des taux d'intérêt et l'élargissement des spreads obligataires (notamment entre le Bund et l’OAT) ravivent le spectre d'une fragmentation de la zone euro. Atrophie de la croissance : La corrélation entre hausse du baril et baisse du PIB (0,5 point de croissance perdu pour 10 % d'augmentation du prix) laisse présager une récession mondiale durable, une hausse du chômage structurel et une dégradation insoutenable du service de la dette pour les États les plus exposés. L’affrontement actuel scelle la fin de l’illusion d’une croissance infinie et dérégulée. Le monde bascule dans une ère de fragmentation systémique où le Moyen-Orient demeure le pivot des rapports de force entre l'Est et l'Ouest. La viabilité du système financier international, encore indexée sur le pétrodollar, est désormais mise à l'épreuve par une réalité géopolitique où l'offre prime radicalement sur la demande. Références Clausewitz, C. von : De la Guerre – Pour l'analyse de la continuité de la politique par les moyens financiers. Mackinder, H. : Le Pivot Géographique de l'Histoire – Pertinence de la zone Moyen-Orient/Eurasie. Théorie du Friendshoring (J. Yellen) : Analyse des nouvelles zones d’influence résilientes. Rapports de l'AIE et de la Banque Mondiale (2025-2026) : Données sur les capacités de transport et les prévisions de croissance. Concept de Nexus Énergie-Eau-Alimentation : Cadre d’analyse de la sécurité globale durable.  ‎

28 May 2026 Lire la suite
Le Maroc comme arche de résilience stratégique
Géopolitique & Stratégie

Le Maroc comme arche de résilience stratégique

La crise Américano-israélienne contre l’Iran de février-mars 2026 a révélé la vulnérabilité des grands équilibres énergétiques et logistiques mondiaux. Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont été interprétées par les marchés comme un risque de blocage (perturbations de trafic, surcoûts d’assurance, réacheminements,….), la résilience ne dépend plus seulement de la puissance, mais aussi de la capacité à diversifier ses routes, ses partenaires et ses bases d’appui. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc apparaît comme un espace de stabilité, d’interconnexion et de projection stratégique de plus en plus crédible. Une crise régionale aux effets systémiques La guerre Américano-israélienne contre l’Iran de février-mars 2026 constitue bien davantage qu’un épisode militaire circonscrit au Moyen-Orient. Elle a agi comme un révélateur brutal des fragilités de l’architecture sécuritaire et énergétique régionale, tout en accélérant l’érosion d’un modèle stratégique longtemps associé à la Pax Americana. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz a provoqué un choc économique global. Le baril de Brent a dépassé 114 dollars [1], les coûts du fret maritime ont fortement progressé et les marchés financiers mondiaux ont accusé un net recul. Parmi les indicateurs les plus marquants, l’indice boursier KOSPI sud-coréen a perdu jusqu’à 12 %, tandis que le Nikkei japonais reculait d’environ 2 % et que le Dow Jones cédait près de 400 points [2]. Dans le même temps, la hausse des tensions a provoqué une envolée des prix du gaz en Europe, qui ont augmenté de 50 % depuis le 2 mars [4]. Les conséquences économiques ont également touché d’autres secteurs, notamment le tourisme dans les pays du Golfe, où les projections évoquent une perte potentielle de 56 milliards de dollars et jusqu’à 38 millions de visiteurs en moins pour l’année 2026 [5]. Enfin, les coûts directs du conflit illustrent l’ampleur des pressions économiques générées par la guerre. Selon certaines estimations, l’économie israélienne supporterait un coût d’environ 2,9 milliards de dollars par semaine lié aux opérations militaires et aux perturbations économiques [6]. Le choc de 2026 ou la fin des certitudes La séquence d’escalade Israël–Iran (avec implication américaine) a dépassé le cadre régional pour s’imposer comme un véritable choc géopolitique à effets systémiques. Elle a mis en lumière les limites d’un système reposant à la fois sur la centralité d’un unique corridor énergétique — le détroit d’Ormuz — et sur une architecture sécuritaire largement adossée aux États-Unis. Cette lecture est discutée : certains y voient que les 2 000 milliards de dollars d’investissements promis aux États-Unis peuvent apparaître moins comme le prix d’une protection durable que comme le coût d’une dépendance stratégique devenue plus incertaine [3]. Ce choc n’est pas simplement conjoncturel. Il révèle une transformation structurelle. Il oblige à repenser le concept même de sécurité économique. Pour les économies dont la prospérité repose sur la circulation fluide des hydrocarbures et la stabilité des routes commerciales, la diversification des ancrages logistiques et stratégiques devient désormais un impératif. Le Maroc, un pôle de stabilité dans un environnement incertain Dans ce paysage en recomposition, le Maroc se distingue par un ensemble d’attributs qui renforcent sa crédibilité comme espace de continuité et de projection stratégique. Sa valeur géopolitique ne tient pas uniquement à sa position géographique. Elle repose sur un modèle combinant stabilité institutionnelle, infrastructures performantes, diplomatie multidimensionnelle et capital humain transnational. Une stabilité politique consolidée La continuité dynastique et la vision stratégique de long terme portées par la Monarchie confèrent au Maroc une continuité des politiques publiques dans la région. Cette stabilité constitue un facteur déterminant pour les investissements stratégiques à cycle long. Des infrastructures logistiques de rang mondial Cette architecture portuaire est appelée à se renforcer avec la montée en puissance du port de Nador West Med, situé dans la baie de Betoya, à environ 30 km à l’ouest de la ville de Nador. Conçu comme un port en eau profonde de nouvelle génération, il est destiné à devenir l’un des principaux hubs logistiques et énergétiques de la Méditerranée occidentale. Sa composante conteneurs prévoit une capacité initiale d’environ 3 millions d’EVP, extensible à 5 millions d’EVP à terme. Pris ensemble, Tanger Med, Nador West Med et Dakhla Atlantique dessinent progressivement un véritable arc portuaire stratégique marocain, reliant la Méditerranée, le détroit de Gibraltar et l’Atlantique. Ce qui augmente la valeur du Maroc comme solution de contournement et de continuité en cas de stress sur les corridors Ormuz–Mer Rouge–Suez. Une diplomatie multidimensionnelle Le Maroc se distingue également par sa capacité à dialoguer avec plusieurs centres de puissance. Il est à la fois allié majeur hors-OTAN des États-Unis depuis 2004, partenaire privilégié de l’Union européenne et acteur croissant de l’intégration africaine à travers l’Initiative Atlantique. Parallèlement, il entretient des relations suivies avec la Chine et la Russie [9]. Un capital humain transnational Les transferts financiers des Marocains Résidant à l’Étranger ont atteint 12,9 milliards de dollars en 2024, soit plus de 8 % du PIB national [10]. Au-delà de leur dimension économique, ces flux témoignent de la profondeur des liens entre la diaspora et l’économie nationale. Trois scénarios pour les 6 à 18 prochains mois Dans un environnement aussi incertain, la méthode des scénarios permet de structurer l’analyse. Le premier scénario est celui d’un conflit contenu. Dans cette hypothèse, les tensions militaires restent principalement circonscrites à l’affrontement entre l’Iran et Israël, sans extension majeure aux autres acteurs régionaux. Les perturbations du détroit d’Ormuz demeurent intermittentes, provoquant des tensions régulières sur les marchés énergétiques et sur les coûts d’assurance maritime. Les flux pétroliers ne sont pas durablement interrompus mais restent exposés à des risques sécuritaires élevés. Dans ce contexte, les prix de l’énergie demeurent élevés et volatils, oscillant autour de 100 à 120 dollars le baril, sans franchir durablement des seuils critiques pour l’économie mondiale. Le second scénario est celui d’une escalade régionale. Dans cette configuration plus critique, le conflit s’élargit progressivement en impliquant plus directement certains acteurs du Golfe et leurs infrastructures stratégiques. Les attaques contre les installations énergétiques, les ports ou les routes maritimes se multiplient, entraînant un blocage prolongé ou partiel du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de pétrole. Une telle situation provoquerait un choc énergétique majeur et pourrait propulser les prix du pétrole bien au-delà de 130 ou 150 dollars le baril, générant une forte inflation énergétique mondiale, des tensions sur les marchés financiers et un risque réel de ralentissement économique global. Le troisième scénario est celui d’une stabilisation précaire. Dans cette hypothèse, une médiation internationale — potentiellement portée par plusieurs puissances ou organisations internationales — parvient à instaurer un cessez-le-feu fragile entre les parties. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reprend progressivement, permettant une détente relative sur les marchés énergétiques. Les prix du pétrole pourraient alors se stabiliser dans une fourchette comprise entre 90 et 110 dollars le baril. Toutefois, cette stabilisation demeure structurellement fragile : la méfiance entre les acteurs régionaux persiste et les États comme les entreprises poursuivent leurs stratégies de diversification des routes commerciales et logistiques afin de réduire leur exposition aux futurs chocs géopolitiques. Quelles implications stratégiques ? Face à ces incertitudes, plusieurs orientations apparaissent possibles. Cartographie des orientations stratégiques Horizon 0 – 3 mois : sécurisation et continuité opérationnelle Dans la phase immédiate, la priorité consiste à réduire l’exposition aux perturbations logistiques et énergétiques provoquées par l’instabilité régionale. Les acteurs économiques et institutionnels doivent se concentrer sur la sécurisation des flux commerciaux et la diversification des bases opérationnelles. Plusieurs actions peuvent être envisagées : Constitution de capacités logistiques de sécurité à Tanger Med, permettant de sécuriser les flux commerciaux vers l’Europe et l’Afrique et d’anticiper d’éventuelles ruptures de chaînes d’approvisionnement. Audit stratégique des chaînes logistiques et énergétiques, afin d’identifier les dépendances critiques liées aux routes maritimes du Golfe et de la mer Rouge. Relocalisation partielle de fonctions stratégiques (gestion logistique, finance, supervision régionale) vers des hubs stables comme Casablanca Finance City. Renforcement des stocks stratégiques pour les secteurs sensibles (énergie, matières premières, composants industriels). Horizon 3 – 6 mois : diversification et déploiement opérationnel Une fois la continuité opérationnelle assurée, l’enjeu consiste à transformer la gestion de crise en stratégie de diversification structurelle. Les initiatives peuvent inclure : Développement de partenariats industriels et logistiques autour des infrastructures marocaines (Tanger Med, Nador West Med et plateformes industrielles). Investissements ciblés dans les zones économiques marocaines, notamment dans les secteurs industriels, agroalimentaires et pharmaceutiques, afin de renforcer les capacités de production régionales. Mise en place de projets pilotes dans la transition énergétique, en particulier dans la filière hydrogène vert, domaine dans lequel le Maroc ambitionne de mobiliser 1 million d’hectares et 35 milliards de dollars d’investissements [11]. Structuration de corridors logistiques alternatifs reliant l’Atlantique, l’Europe et l’Afrique. Horizon 6 – 18 mois : intégration stratégique et projection africaine À plus long terme, l’objectif devient la consolidation d’un partenariat stratégique durable et l’intégration progressive des initiatives dans une architecture économique régionale plus large. Plusieurs axes peuvent être développés : Création de véhicules d’investissement conjoints destinés à financer des projets d’infrastructures et d’industrialisation en Afrique. Renforcement des corridors économiques atlantiques, reliant le Maroc aux marchés africains émergents et aux routes commerciales transatlantiques. Développement d’écosystèmes industriels régionaux autour de secteurs stratégiques : énergie, logistique, industrie automobile, agro-industrie et technologies vertes. Institutionnalisation d’un dialogue économique et stratégique de long terme entre partenaires publics et privés afin d’anticiper les futures transformations géopolitiques. Cette approche graduelle permet de passer d’une logique de gestion des risques à une logique de projection stratégique, transformant les incertitudes géopolitiques en opportunités de recomposition économique. La résilience comme nouvelle grammaire stratégique La crise de 2026 constitue un point d’inflexion. Elle rappelle que les architectures de sécurité fondées sur des dépendances trop concentrées deviennent inévitablement fragiles. Dans ce contexte, la résilience ne se limite plus à la capacité de résister aux crises. Elle repose désormais sur la faculté d’organiser des relais de stabilité, de multiplier les points d’ancrage et de diversifier les routes économiques. Par sa stabilité institutionnelle, la qualité de ses infrastructures, la souplesse de sa diplomatie et la profondeur de ses réseaux humains et économiques, le Maroc apparaît comme l’un des espaces les plus crédibles pour accompagner cette transition. Dans un monde où les grandes routes maritimes — du détroit d’Ormuz à la mer Rouge, du canal de Suez au détroit de Gibraltar — redeviennent des espaces de tension stratégique, la capacité à organiser des continuités logistiques alternatives devient un facteur déterminant de stabilité économique. Par la complémentarité de ses infrastructures portuaires, de Tanger Med à Nador West Med et jusqu’au futur port de Dakhla Atlantique, le Maroc se positionne progressivement comme l’un des pivots de cette nouvelle géographie des flux. À la croisée de la Méditerranée, de l’Atlantique et des dynamiques africaines, il tend ainsi à incarner une véritable arche de résilience stratégique, capable d’articuler les nouvelles routes commerciales dans un système international de plus en plus fragmenté. Comme l’écrivait Ibn Khaldoun, l’histoire ne se répète pas mais elle enseigne. La leçon de cette crise est peut-être la suivante : dans un monde plus fragmenté, l’autonomie stratégique dépend moins de la puissance brute que de la capacité à construire des continuités durables. Références [1] Reuters. (2026). Oil prices surge above $110 as Middle East tensions threaten Strait of Hormuz shipping.https://www.reuters.com/markets/commodities/ [2] Financial Times. (2026). Global markets slide as Middle East conflict rattles investors.https://www.ft.com [4] Le Monde. (2026, 5 mars). Guerre au Moyen-Orient : la mécanique d’un nouveau choc économique est en place. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/05/guerre-en-iran-la-mecanique-d-un-nouveau-choc-economique-est-en-place_6669595_3234.html [5] BFM TV. (2026, 4 mars). Jusqu’à 38 millions de visiteurs en moins et 56 milliards de dollars de manque à gagner en 2026. https://www.bfmtv.com/economie/international/jusqu-a-38-millions-de-visiteurs-en-moins-et-56-milliards-de-dollars-de-manque-a-gagner-en-2026-le-conflit-au-moyen-orient-menace-le-lucratif-secteur-du-tourisme-dans-le-golfe_AV-202603040534.html [6] Arab News. (2026, 4 mars). Damage to Israeli economy from Iran war could top $2.9 billion a week. https://www.arabnews.com/node/2635242 [7] Tanger Med. Pôle Portuaire et Logistique. https://www.tangermed.ma/fr/pole-portuaire-et-logistique/ Golfe : la guerre Iran–États-Unis met fin à cinquante ans de Pax Americana                

09 Mar 2026 Lire la suite
Le Liban à l’épreuve du monopole de la force
Sécurité & Défense

Le Liban à l’épreuve du monopole de la force

La décision du Conseil des ministres libanais du 02 mars 2026 (Annexe 1) interdisant toute activité sécuritaire ou militaire d’un acteur armé non étatique et chargeant les forces armées libanaises légitimes de prendre possession de ses armes constitue un moment charnière pour l’État libanais. Dans un contexte régional marqué par les tensions impliquant l’Iran, les Etats-Unis et plusieurs conflits au Moyen-Orient, cette décision réaffirme le monopole étatique de la violence légitime et la souveraineté nationale. L’article analyse les fondements constitutionnels, le droit international et le droit international humanitaire pertinents, évalue les implications géopolitiques et souligne l’importance stratégique de la neutralité active et des relations du Liban avec les États du Golfe. Introduction Le Liban traverse une phase critique de recomposition institutionnelle. La coexistence prolongée d’acteurs armés non étatiques affaiblit l’autorité du Conseil des ministres et compromet la capacité de l’État à exercer son monopole de la violence légitime. La décision du 02 mars 2026 vise à interdire toute activité militaire autonome de ces acteurs et à confier à l’armée libanaises et les forces de sécurité interne la reprise de leurs armes, dans le respect du droit national et des obligations internationales. Cette décision survient dans un contexte régional instable, caractérisé par l’influence croissante de l’Iran et la prolifération d’acteurs armés, qui exposent le Liban à des risques de conflits par procuration. La présente étude examine les implications institutionnelles et juridiques de cette décision, en soulignant l’importance de restaurer le monopole étatique et de garantir la neutralité stratégique. I. Monopole de la violence légitime : fondements doctrinaux et constitutionnels 1. Fondements doctrinaux Max Weber définit l’État moderne comme « la communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné » ¹. Cette conceptualisation demeure centrale en science politique et en droit public pour comprendre la légitimité de l’État face aux milices. Hans Kelsen souligne que l’unité du pouvoir coercitif est un élément essentiel pour maintenir l’ordre juridique interne². L’absence de contrôle exclusif sur la force armée engendre des risques d’anomie et de fragmentation de l’autorité³. 2. Fondements constitutionnels libanais Le Préambule de la Constitution libanaise consacre la souveraineté nationale. Le Conseil des ministres détient le pouvoir exécutif et détermine la politique de défense. Le monopole de la force armée est exercé par les forces armées libanaises, conformément à la loi de défense nationale. Toute structure armée parallèle fragilise la cohésion décisionnelle et compromet l’unité de l’État. II.  Droit international public et obligations internationales 1. Responsabilité de l’État Selon la Convention de Montevideo et la jurisprudence de la Cour internationale de Justice (affaire Nicaragua, 1986), un État est responsable des actes commis depuis son territoire par des entités non étatiques s’il exerce un contrôle effectif ou si ces actes violent le droit international⁴. 2. Résolutions du Conseil de sécurité Le Liban est lié par les résolutions 1559 (2004) et 1701 (2006) du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui : Appellent au désarmement des milices ; Exhortent le gouvernement à exercer pleinement son autorité sur l’ensemble du territoire ; Soulignent la nécessité de prévenir toute utilisation du territoire libanais pour des conflits régionaux. 3. Droit international humanitaire (DIH) Le DIH s’applique dès lors qu’il existe un conflit armé, y compris lorsqu’il implique des acteurs non étatiques. Selon le Protocole additionnel II aux Conventions de Genève de 1977 et la jurisprudence du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)⁵ : Les groupes armés non étatiques doivent se conformer au DIH et ne peuvent exercer des opérations militaires sur le territoire d’un État souverain sans autorisation légitime. L’État doit protéger la population civile et veiller à la proportionnalité et à la distinction dans toute action militaire. La décision du 3 mars 2026 s’inscrit dans ce cadre légal : elle cherche à restaurer la primauté de l’État sur la force armée et à prévenir les violations potentielles du DIH. III.  Contexte régional : tensions iraniennes et conflits au Moyen-Orient Les rivalités impliquant l’Iran et ses alliés régionaux exacerbent les risques de projection de conflits sur le territoire libanais. Les analyses stratégiques soulignent que la coexistence d’acteurs armés autonomes augmente le risque d’escalade⁶. En effet, les alliés de la République islamique d’Iran au Liban sont entrés à ses côtés dans la guerre qui l’oppose à Israël et aux Etats-Unis, après l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Dans la nuit de dimanche 1er à lundi 2 mars, le Hezbollah libanais a revendiqué ses premières salves de drones et de missiles en direction d’Israël depuis l’accord de cessez-le- feu conclu entre le Liban et l’Etat hébreu, en novembre 2024, ce qui a offert un alibi en or à Israël pour bombarder le Liban dans la nuit de dimanche à lundi, causant une trentaine de morts et des centaines de blessés⁷. La neutralité stratégique apparaît dès lors comme une mesure de protection nationale et de stabilité. IV. Neutralité stratégique et intérêt national La neutralité active, inspirée par les modèles suisse et autrichien⁸, consiste à ne pas prendre parti dans les conflits régionaux tout en maintenant des relations diplomatiques et économiques équilibrées. Pour le Liban, cela implique : La dissociation d’axes conflictuels régionaux ; La consolidation d’institutions étatiques fiables ; Le maintien de la crédibilité auprès de partenaires stratégiques, notamment les États du Golfe. V. Relations avec les États du Golfe : dimension stratégique et économique Le soutien des États du Golfe au Liban repose sur : Aides financières directes et investissements ; Intégration de la diaspora dans les flux économiques ; Soutien diplomatique dans les instances Le rétablissement du monopole étatique et de la souveraineté est un signal positif pour ces partenaires et un facteur de confiance économique et politique⁹. VI.  Mise en œuvre et défis institutionnels Le succès de cette décision dépendra de : La Cohésion politique interne ; La Capacité opérationnelle des Forces Armées libanaises ; L’Encadrement juridique clair, respectant le droit constitutionnel, le droit international public et le DIH ; L’Accompagnement international mesuré. La mise en œuvre graduelle permet de réduire les risques d’escalade interne et externe et de renforcer la légitimité de l’État. Conclusion La décision du 3 mars 2026 représente un tournant institutionnel majeur. La restauration du monopole de la violence légitime constitue une condition préalable à la souveraineté, à la neutralité stratégique et à la stabilité économique et diplomatique du Liban. Cette décision est également essentielle pour assurer le respect du droit international public et du DIH, tout en consolidant la crédibilité du Liban auprès de ses alliés régionaux et internationaux. Notes et références : Weber, Le Savant et le Politique, 1919. Kelsen, Théorie pure du droit, 1934. Rotberg, When States Fail: Causes and Consequences, Princeton University Press, 2004. CIJ, Military and Paramilitary Activities in and against Nicaragua (Nicaragua v. United States), 1986, ICJ Rep. 14. Comité international   de    la    Croix-Rouge           (CICR),           Commentaire                des Conventions de Genève, 2016. Byman, Deadly Connections: States That Sponsor Terrorism, Cambridge University Press, 2005. https://lemonde.fr/international/article/2026/03/02/en-tirant-des- missiles-sur-israel-le-hezbollah-precipite-de-nouveau-le-liban-dans-la- guerre_6669238_3210.html Fauchille, Neutralité et droit international, Recueil des Cours de l’Académie de Droit International, 1938. Collier, The Bottom Billion, Oxford University Press, 2007. Annexe 1: Le Gouvernement Libanais Interdit Toute Activité Sécuritaire ou Militaire du Hezbollah et Charge l’Armée de Prendre Possession de Ses Armes Le Conseil des ministres, En application de la Constitution, du Document d’entente nationale et de la déclaration ministérielle du Gouvernement, À la suite de son rejet et de sa condamnation de l’opération de lancement de roquettes revendiquée hier par le Hezbollah, opération qui va à l’encontre du principe selon lequel la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État libanais, et de la volonté du Liban de ne pas être entraîné dans la guerre régionale en cours, et qui constitue une violation des décisions du Conseil des ministres ainsi qu’un mépris de la volonté de la majorité des Libanais, portant ainsi atteinte à la crédibilité de l’État libanais, Après délibération, Le Conseil a décidé : Premièrement: L’État libanais déclare son rejet absolu, sans aucune ambiguïté ni possibilité de mauvaise interprétation, de tout acte militaire ou sécuritaire émanant du territoire libanais en dehors du cadre de ses institutions légitimes, et affirme que la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État. Cela implique l’interdiction immédiate de l’ensemble des activités sécuritaires et militaires du Hezbollah, celles-ci étant illégales, et l’oblige à remettre ses armes à l’État libanais et à cantonner son action au domaine politique, dans le cadre des dispositions constitutionnelles et légales, de manière à consacrer l’exclusivité du port d’armes au profit de l’État et à renforcer sa souveraineté pleine et entière sur l’ensemble de son territoire. Le Gouvernement demande à l’ensemble des appareils militaires et sécuritaires de prendre des mesures immédiates afin de mettre en œuvre ce qui précède, d’empêcher toute opération militaire ou tout lancement de roquettes ou de drones à partir du territoire libanais, et d’appréhender les contrevenants conformément aux lois et règlements applicables. Deuxièmement: Demander au Commandement de l’Armée de mettre en œuvre immédiatement et avec fermeté le plan qu’il a présenté lors de la séance du Conseil des ministres tenue le 16-2-2026, en ce qui concerne le cantonnement des armes au nord du fleuve Litani, en utilisant tous les moyens nécessaires pour en garantir l’exécution. Troisièmement: Conformément à son engagement constant à empêcher le Liban d’être entraîné dans quelque conflit que ce soit dans un contexte de tensions régionales accrues, le Conseil appelle les États garants de la Déclaration de cessation des hostilités à obtenir un engagement clair et définitif de la partie israélienne à cesser toutes les attaques sur l’ensemble du territoire libanais. Le Conseil réaffirme l’adhésion totale et définitive du Liban à l’intégralité des dispositions de la Déclaration, préservant ainsi la paix et la stabilité. Le Conseil déclare sa pleine disponibilité à reprendre les négociations à ce sujet, avec une participation civile et sous l’égide internationale. Quatrièmement: Demander au ministère des Affaires étrangères et des Émigrés d’intensifier les contacts diplomatiques avec la communauté internationale ainsi qu’avec les pays frères et amis afin de mettre un terme à l’agression israélienne et d’assurer la mise en œuvre des résolutions internationales pertinentes. Cinquièmement: Demander au ministère des Affaires Sociales d’assurer des lieux d’hébergement pour les personnes déplacées et de leur fournir des denrées alimentaires ainsi que d’autres fournitures essentielles, en coordination avec les ministères concernés, le Haut Comité de Secours, le Conseil du Développement et de la Reconstruction, le Conseil du Sud, et l’Unité de gestion des risques de catastrophes et des crises à la Présidence du Conseil des ministres.

04 Mar 2026 Lire la suite
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Économie & Développement

Nouaceur : le Maroc au cœur de la nouvelle géopolitique industrielle occidentale

La réalisation de l'usine de production des trains d'atterrissage du Groupe Safran à Nouaceur constitue un tournant stratégique majeur dans la montée en gamme de l'industrie aéronautique marocaine. Comme l’a souligné le président de l’Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG), Khaled Hamadé, ce projet dépasse largement le cadre d’un simple investissement industriel pour s’inscrire dans une reconfiguration profonde des équilibres géopolitiques mondiaux, aujourd’hui en pleine mutation. Implanté dans la plateforme industrielle de Midparc, au cœur du pôle aéronautique de Nouaceur, cet investissement de plus de 280 millions d'euros illustre la consolidation du positionnement du Maroc comme hub industriel intégré dans les chaînes de valeur mondiales à haute intensité technologique. Il confirme la transformation progressive du Royaume, d’un territoire d’assemblage vers un centre de production à forte valeur ajoutée, mieux intégré et plus influent. La production de systèmes de trains d’atterrissage ne relève en effet pas d’une activité d’assemblage classique. Elle exige un haut niveau d’ingénierie, une précision extrême, une certification internationale rigoureuse et une maîtrise technologique avancée. En accueillant l’un des plus grands centres de fabrication de systèmes d’atterrissage au monde, le Maroc renforce son tissu industriel national en matière d’usinage de précision, de métallurgie avancée et de maintenance aéronautique, tout en consolidant des compétences rares et recherchées. Avec 500 emplois hautement qualifiés à la clé et une alimentation à 100 % en énergie décarbonée, le projet s’inscrit pleinement dans l’alignement de la stratégie industrielle nationale sur les exigences de compétitivité durable et de transition énergétique. Il ne s’agit pas seulement de produire, mais de produire mieux, dans un cadre conforme aux nouvelles normes environnementales et industrielles internationales, et compatible avec les standards les plus exigeants. Au plan géostratégique, l’IIEG identifie dans ce projet la concrétisation de la doctrine du « friendshoring ». Face aux tensions géopolitiques croissantes et aux perturbations récurrentes des chaînes d’approvisionnement mondiales, les puissances occidentales relocalisent désormais leurs productions critiques vers des partenaires politiquement fiables et géographiquement proches. Cette stratégie vise à renforcer la résilience industrielle sans rompre avec la mondialisation, mais en la réorganisant selon des critères de confiance. Le Maroc, par sa stabilité institutionnelle, sa proximité avec l’Europe et son positionnement stratégique à la croisée de l’Afrique et du bassin méditerranéen, incarne parfaitement cette base arrière industrielle stratégique. En établissant une capacité de production de trains d’atterrissage et de moteurs de nouvelle génération aux portes de l’Europe, Safran ne délocalise pas : il crée une résilience distribuée au service de l’ensemble de l’industrie aéronautique occidentale, et donc de sa continuité opérationnelle. Ce choix industriel traduit une logique de sécurisation des chaînes de valeur dans un contexte international marqué par la fragmentation et la rivalité entre grandes puissances. Le Royaume devient ainsi un maillon indispensable de la chaîne de valeur aéronautique mondiale, participant activement à la sécurité industrielle occidentale et à la robustesse des filières critiques. À moyen terme, ce type d’investissement est de nature à renforcer l’attractivité du Maroc auprès d’autres équipementiers mondiaux et à consolider la souveraineté industrielle dans des filières stratégiques. Le Royaume franchit ainsi une nouvelle étape dans son ambition de devenir une plateforme aéronautique de référence à l’échelle internationale, capable d’attirer, de produire et d’exporter de la valeur. Dans le nouvel ordre mondial fragmenté, le Maroc transforme sa géographie économique en capital géopolitique. Il ne subit plus la mondialisation : il la façonne désormais à son avantage. À travers des projets structurants comme celui de Nouaceur, le pays affirme sa capacité à conjuguer compétitivité industrielle, transition énergétique et positionnement stratégique, s’imposant comme un acteur incontournable de la recomposition industrielle occidentale et un modèle de développement pour le continent africain, durablement et clairement assumé. https://snrtnews.com/fr/article/think-tank-francais-la-realisation-de-lusine-de-production-des-trains-datterrissage-de

16 Feb 2026 Lire la suite
Pour une diplomatie africaine de la paix
Diplomatie & Coopération Sud-Sud

Pour une diplomatie africaine de la paix

À l’approche du prochain sommet de l’Union africaine, la déclaration relative à la situation en Palestine et au Moyen-Orient ne peut être traitée comme un simple exercice politique ou symbolique car elle engage la crédibilité diplomatique du continent africain, sa capacité à être reconnu comme médiateur et, plus largement, son rôle dans la construction de solutions de paix durables dans un système international de plus en plus fragmenté. Dans les relations internationales, les mots ne sont jamais neutres, ils structurent des positions, mais surtout des possibilités. Selon le langage employé, une déclaration peut ouvrir un espace de dialogue ou, au contraire, le refermer durablement et, dans un conflit aussi polarisé que celui du Moyen-Orient, cette responsabilité est déterminante. L’Afrique et sa tradition de la médiation L’Afrique dispose d’une légitimité singulière dans l’art de la médiation car depuis plusieurs décennies, l’UA s’est affirmée comme un acteur de facilitation dans des contextes de crise complexes, qu’il s’agisse de conflits internes ou régionaux. Cette posture repose sur un principe fondamental : pour être écouté de toutes les parties, il faut rester au-dessus des clivages et préserver des canaux de communication ouverts. Cette crédibilité ne repose pas sur la condamnation, mais sur l’équilibre ; un médiateur cesse donc d’être utile dès lors qu’il est perçu comme partie prenante. Le langage employé dans une déclaration officielle n’est donc pas une question secondaire : il conditionne directement la capacité d’un acteur à rassembler, à dialoguer et à faciliter. Les limites d’un registre accusatoire Dans les conflits internationaux, il existe une distinction essentielle entre le langage diplomatique et le langage juridico-pénal. Le premier vise à créer des conditions politiques ; le second produit des effets de jugement et de mise en accusation. Employer un vocabulaire unilatéral, désigner un responsable exclusif ou qualifier juridiquement une situation en amont de tout processus politique peut répondre à une logique morale mais sur le plan diplomatique, ces formulations tendent à rigidifier les positions, à réduire l’espace de négociation et à transformer une déclaration politique en acte de confrontation. Un acteur qui aspire à jouer un rôle de médiation doit préserver sa capacité à parler à tous et les termes juridiques ferment souvent des portes que la diplomatie tente précisément de maintenir ouvertes. La primauté du droit humanitaire et de la protection des civils Face à la gravité de la situation, la priorité doit rester humanitaire car en effet, les civils, palestiniens comme israéliens, supportent le poids principal des violences. La protection des populations, l’accès sans entrave à l’aide humanitaire, le respect du droit international et la désescalade constituent un socle minimal autour duquel un consensus large peut se former. Ce registre, conforme aux pratiques multilatérales, ne nie ni les souffrances ni les responsabilités, il vise à créer un terrain commun, indispensable à toute dynamique politique ultérieure. Placer la dignité humaine au centre du jeu permet de dépasser la polarisation et de préserver un espace de dialogue. Sécurité mutuelle et paix durable La solution politique durable repose sur une réalité largement reconnue : deux États vivant côte à côte, dans la paix et la sécurité. Cette perspective implique deux exigences indissociables : la souveraineté et l’autodétermination palestiniennes, ainsi que la sécurité d’Israël. Ces deux dimensions ne s’excluent pas, elles se conditionnent d’ailleurs mutuellement car sans sécurité, aucun État ne négocie et sans dignité et autodétermination, aucune stabilité n’est durable. Reconnaître cette interdépendance ne constitue pas un renoncement, mais un acte de réalisme diplomatique. La paix ne peut être construite sur l’insécurité permanente de l’un ou sur la négation des droits de l’autre, elle suppose une approche capable de tenir ensemble ces deux impératifs. Crédibilité africaine et responsabilité collective Au-delà du conflit lui-même, l’enjeu est aussi celui de la position africaine sur la scène internationale. Les répercussions du Moyen-Orient en matière de sécurité, d’énergie, de migrations ou de stabilité régionale affectent directement le continent. Dans ce contexte, l’Afrique a un intérêt stratégique à promouvoir la stabilité et le dialogue plutôt que la polarisation. Un texte équilibré favorise un consensus plus large entre États membres, renforce la cohésion continentale et donne plus de poids à sa voix dans les enceintes internationales. À l’inverse, une déclaration perçue comme partisane risque d’affaiblir l’unité et de réduire la capacité d’influence collective. À cet égard, l’expérience de la diplomatie marocaine, qui continue de privilégier une politique de la main tendue malgré un environnement régional parfois marqué par des tensions persistantes, illustre qu’une approche fondée sur le dialogue et la retenue peut constituer un levier de stabilité durable. Choisir un langage qui rassemble Adapter le langage d’une déclaration pour le rendre plus mesuré ne signifie pas renoncer à des principes, cela signifie leur donner une chance d’être efficaces. La crédibilité diplomatique naît de l’équilibre, non de la condamnation, un médiateur doit pouvoir parler à tous. La paix ne naît pas des réquisitoires, mais du dialogue et, ce dialogue commence toujours par des mots capables de rassembler. Si l’Afrique souhaite continuer à jouer un rôle respecté dans les grandes crises internationales, elle doit préserver cette tradition de responsabilité, de pragmatisme et d’ouverture car, en définitive, la diplomatie n’est pas l’art d’accuser…   C’est l’art de rapprocher !

16 Feb 2026 Lire la suite
Vers un nouveau processus de Yalta ?
Géopolitique & Stratégie

Vers un nouveau processus de Yalta ?

En 1885 se tint la conférence de Berlin qui décida du sort de l’Afrique pour les soixante prochaines années. En 1943 se tient la conférence d’Anfa, dans le fameux quartier d’Anfa qui surplombe l’Atlantique et la maison blanche d’Afrique du Nord, Casablanca ! Dans la fameuse Villa Dar es-Saada (Maison du Bonheur), se retouvent les dirigeants des plus grandes puissances mondiales en guerre contre les forces de l’Axe Allemagne – Japon – Italie. MM Roosevelt pour les USA, Churchill pour le R.U, et le général De gaulle pour la France occupée. Ils y ébauchent les contours d’un futur en l’absence de Staline qui refusat de s’y rendre. A Yalta en 1945, ils se retrouvent en l’absence de la France pour finaliser le dessin du nouvel ordre mondial bipolaire, une transition vers l'après-guerre immédiat.Ou en sommes-nous aujourd’hui ? La première année du mandat de Donald Trump s’achève et confirme le recentrage défensif de la géopolitique américaine - dans la droite ligne de la doctrine Monroe de 1823 amendée par le corollaire de Théodore Roosevelt et de ce que l’on peut appeler aujourd’hui du corollaire bis Trump en référence à l’ultime mise à jour de la stratégie nationale de sécurité publié par la Maison Blanche le 5 décembre 2025[i] - pour le contrôle de l’énergie et des ressources dans son proche voisinage. Ils pratiquent un "néo-endiguement" agressif, sécurisant leur arrière-cour tout en fortifiant leurs bastions périphériques pour faire face au bloc sino-russe comme le démontre la séquence suivante. Au Panama, face à l'obsolescence des infrastructures et à la mainmise croissante des entreprises chinoises (CK Hutchison) sur les ports terminaux[ii], Washington a imposé une "co-gestion sécuritaire" renforcée. Sous prétexte de lutte contre le narcotrafic et de sécurisation des flux face à la sécheresse chronique, les États-Unis ont réinvesti le canal par des accords de défense bilatéraux, marquant de facto la fin de la neutralité absolue du passage au profit d'un protectorat technologique américain. Au Venezuela première réserve mondiale en hydrocarbures, le déclenchement de l’opération « Midnight Hammer[iii] » consistant en l'extraction chirurgicale de Nicolás Maduro par des forces spéciales et des contractants a réussi techniquement, inversement à sa continuation politique dont on ne voit pas très bien la suite. Néanmoins, le signal est interprété comme un coup de semonce à l’ordre international et à la Chine. A Cuba, la situation est à la croisée des chemins. L'effondrement définitif du système électrique et la fin des subventions russes ont forcé La Havane à une ouverture économique sauvage. Washington utilise le levier migratoire et les investissements de la diaspora floridienne pour influencer une transition de marché, tout en surveillant étroitement les bases d'écoute chinoises (Bejucal[iv]) qui restent le dernier point de friction majeur. L'intérêt pour le Groenland n'est pas une simple lubie immobilière mais une nécessité arctique permanente dans la politique étrangère Américaine. La base de Pituffik (anciennement Thulé) a été massivement modernisée. Elle est désormais le nœud central du bouclier antimissile et de la surveillance des câbles sous-marins, confirmant la doctrine de 1867[v] : l'Arctique est la frontière nord de la sécurité intérieure américaine et fait partie de l’espace vital Américain. En Iran, après l'escalade de 2024-2025, les USA pratiquent une stratégie de "frappes à distance" sans engagement au sol et poursuivent leurs tentatives de déstabilisation avec Israel comme le prouve les derniers soubresauts internes[vi]. Le pivot vers l'Asie est le point de découplage ultime. L’activation de cette épée de Damoclès figure dans l’agenda, sa temporalité dépendra de l’évolution tactique de la situation et des réactions Chinoises. Taïwan demeure l'épicentre de la tension mondiale. Washington a transformé l'île en "porc-épic" technologique et militaire. Ce "chiffon rouge" sert à tester la résilience de Pékin et à justifier le réarmement massif de l'Indopacifique. En 2026, la stratégie américaine est claire : maintenir une ambiguïté stratégique de plus en plus musclée pour empêcher toute unification forcée qui signerait la fin de l'hégémonie navale américaine.   Un retour dans le temps, permet de remettre l’instant en perspectives. La Société des Nations (SDN), créée en 1919 après la Première Guerre mondiale, visait à assurer la coopération internationale et la paix. Cependant, elle s'est avérée inefficace face aux ambitions expansionnistes des régimes totalitaires dans les années 1930. L'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne a marqué un tournant. Le retrait de l'Allemagne de la SDN en 1933 a sapé l'autorité de l'organisation. Le réarmement généralisé de l'Allemagne, en violation flagrante du Traité de Versailles, et l'incapacité de la SDN à le prévenir a conduit au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Dès 1942 (Déclaration des Nations Unies), l'idée d'une nouvelle organisation a émergé pour succéder à la SDN. Les conférences alliées, notamment celle d’Anfa et de Yalta en février 1945, ont jeté les bases de l'Organisation des Nations Unies (ONU), dotée d'un Conseil de sécurité où les principales puissances victorieuses (États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France, Chine) disposaient d'un droit de veto, garantissant ainsi leur participation et, en théorie, une action plus décisive. L'immédiat après-guerre a vu l'émergence d'un monde divisé en deux blocs idéologiques et militaires dominés par les États-Unis et l'URSS. L'ONU est devenue le théâtre de la confrontation indirecte entre les deux superpuissances. Le droit de veto au sein du Conseil de sécurité a souvent paralysé l'action de l'organisation sur des questions majeures, néanmoins, grâce l’équilibre de la terreur, l'ONU a pu servir de forum diplomatique essentiel. La chute du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement de l'URSS en 1991 ont mis fin à la bipolarité. Pour un temps, le Conseil de sécurité, libéré du veto systématique soviétique, a pu agir plus efficacement (première guerre du Golfe, 1990-1991). Le politologue américain Francis Fukuyama a théorisé ce moment " - le triomphe définitif de la démocratie libérale et de l'économie de marché - comme étant la "fin de l'histoire". Dans cette vision, un ordre mondial unifié semblait possible sous l'égide de l'Occident. Cependant, cette vision a rapidement fait face à de nouvelles limites du fait de l’unilatéralisme croissants des États-Unis dans les années 2000 : difficultés à prévenir et résurgence des conflits (guerre d'Irak en 2003, sans mandat clair de l'ONU), ingérences croissantes, recul du droit international face aux intérêts de la superpuissance et aux nouvelles puissances émergentes, contestations directes de cet ordre. Il en a résulté une fragilité de l’ordre international et une évolution vers un monde plus fragmenté et multipolaire.   Les divisions au sein du Conseil de sécurité (Syrie, Ukraine, Gaza) rappellent la paralysie qui a précédé la Seconde Guerre mondiale, et interrogent sur la capacité des cinq grands à garantir la paix et la sécurité internationales. Les perspectives à court et moyen-terme s’en ressentent. La stratégie américaine, comme évoqué plus haut, se concentre sur le maintien de son hégémonie, et le renforcement de la sphère d'influence continentale pour garantir le nexus via une base arrière stable, riche en ressources, en prélude à de potentielles perturbations mondiales. Les États-Unis pourraient proposer des arrangements à Moscou, pour éviter une alliance anti-américaine consolidée. Le pivot et l'utilisation des tensions au Proche-Orient visent à perturber les routes d'approvisionnement énergétique et les initiatives chinoises (comme les Nouvelles routes de la soie[vii]), créant des points de friction pour détourner l'attention et les ressources de Pékin. L'objectif ultime pourrait être de forcer un nouvel ordre mondial où les États-Unis et leurs alliés occidentaux délimiteraient clairement leurs sphères d'influence, isolant stratégiquement la Chine et ses partenaires. La durabilité de cette politique est posée au regard de l’âge du Président Trump et des limites constitutionnelles de son mandat. Des figures montantes comme J.D. Vance sont des potentiels successeurs ou des architectes d'une politique étrangère républicaine post-Trump, potentiellement plus cohérente mais tout aussi isolationniste ou axée sur la compétition. Ces éléments clés détermineront la trajectoire future : le contrôle des flux énergétiques reste central à la puissance économique et politique ; le Proche-Orient - un baril de poudre géopolitique - dont l'instabilité pourrait soit détourner l'attention des grandes puissances, soit servir de levier de pression ; un éventuel accord Trump -Poutine pourrait redessiner l'équilibre des pouvoirs en Europe de l'Est et au Moyen-Orient ; le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar est un outil d'influence majeur pour les États-Unis, sa remise en cause serait un bouleversement majeur ; l’Europe n’est plus stratégique et elle est reléguée au second plan dans la grande rivalité sino-américaine ; la prolifération nucléaire devient la garantie de sécurité ultime pour tout état aspirant à protéger son indépendance et sa souveraineté.   Trois scénarios principaux se dessinent : La voie de la raison (Coexistence compétitive) : les grandes puissances reconnaissent les coûts d'une confrontation directe et optent pour une compétition économique et technologique intense, mais sans conflit militaire majeur. L’emballement et le rééquilibrage forcée (Conflit majeur) : un incident (à Taïwan, en Mer de Chine, ou au Proche-Orient) dégénère en conflit militaire, menant à un nouvel ordre mondial brutalement redessiné. Le chaos (Fragmentation) : le système international se fragmente en blocs rivaux et de multiples conflits régionaux éclatent, sans qu'une puissance n'arrive à imposer sa vision. Ces scénarios classiques pourraient être bouleverser par un évènement imprévu ou un acteur tier : une avancée technologique décisive (IA, énergie de fusion) ; une crise climatique ou sanitaire majeure qui force la coopération ; l'émergence d'une puissance non-alignée assez forte pour proposer une alternative au duopole sino-américain. La situation géopolitique est à un point d'inflexion, avec la stratégie américaine comme variable principale face à une Chine montante, et de multiples points chauds susceptibles de faire basculer le monde vers un nouvel équilibre ou le chaos.   La mise en place, dans ce contexte, d‘une nouvelle architecture de sécurité mondiale est donc de la plus haute importance et devrait s’appuyer sur les fondamentaux suivants. La primauté du droit international et de la clause de non-ingérence, permettrait de renforcer sa légitimité, de restaurer la confiance dans le système multilatéral ou le « deux poids, deux mesures » serait amené à disparaitre, et de garantir le respect de la souveraineté et l’autodétermination des nations contre toutes tentatives d’influences. De pair, les mécanismes de règlement des différends telles que la Cour Internationale de Justice (CIJ) et de la Cour Pénale Internationale (CPI) devraient gagner en efficacité et en impartialité pour sanctionner les violations. Le respect des droits de l’homme tels que prévus dans la charte des Nations Unies[viii], devrait devenir un pilier des relations internationales influençant la coopération entre les états. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme devrait promouvoir une culture mondiale du respect de la dignité humaine, et devrait bénéficier de plus de moyens pour mener des activités en ce sens ainsi que d’autorités pour mener des enquêtes indépendantes. L’impératif environnemental, la réduction des inégalités, et un virage de l’économie mondiale vers un système néguentropique[ix] doivent également figurer dans l’agenda. La promotion d’un modèle économique qui s’attaque aux causes profondes de l’instabilité, par une réforme des institutions financières mondiales et une meilleure répartition des richesses ; qui crée de l’ordre à partir de l’énergie et des ressources, favorisant la circularité, la durabilité, la coopération, en lieu et place de l’extraction, du gaspillage, de la surconsommation, et de la compétition. Il conviendrait de s’asseoir à la table et de refondre l’ONU en prenant en compte les nouvels équilibres. La réforme du Conseil de sécurité au travers d’un élargissement du nombre de membres permanents et non permanents pour inclure les puissances émergentes et refléter le monde du 21e siècle serait un des grandes priorités. Renforcer le Secrétariat Général et l’Assemblée Générale en donnant plus de poids à leurs décisions serait un pas supplémentaire vers un multilatéralisme respectueux de l’intérêt collectif. La limitation du droit de veto pour les questions relatives aux crimes de guerres et aux atrocités de masse pourrait être envisager et renforcer. Ces recommandations visent à transformer l'architecture de sécurité mondiale d'un système basé sur la puissance militaire et les intérêts étroits à un système de sécurité coopérative, durable et juste, capable de répondre aux défis complexes de notre époque. [i] “ National security strategy of the United States of America ” , December 5, 2025. www.whitehouse.gov [ii] https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/15/le-groupe-hongkongais-ck-hutchison-ne-cedera-pas-ses-ports-de-panama-avant-2026_6629934_3210.html [iii] https://www.bakunetwork.org/fr/news/analytics/15387 [iv] https://korii.slate.fr/et-caetera/espionnage-etats-unis-chine-construit-stations-ecoute-cuba-renseignement-antenne-radar-radio-satellite [v] https://www.nationalgeographic.fr/histoire/geopolitique-strategie-negociations-pourquoi-les-etats-unis-convoitent-ils-tant-le-groenland [vi] https://fr-archive.almanar.com.lb/3474660 [vii] https://lopinion.ma/fr/international/nouvelles-routes-de-la-soie-la-chine-signe-des-accords-dune-valeur-de-213-mmusd-en-2025_a46968?articleId=d0d6007e-f34d-4bea-969d-570947be5ed5 [viii] https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/full-text [ix] https://philitt.fr/2025/09/09/la-destruction-non-creatrice-bernard-stiegler-face-a-lentropie-capitaliste/

09 Feb 2026 Lire la suite
Quand l’histoire longue éclaire les crises contemporaines
Géopolitique & Stratégie

Quand l’histoire longue éclaire les crises contemporaines

Le 27 janvier dernier à Casablanca, une rencontre intellectuelle de haut niveau a réuni chercheurs, experts, universitaires et citoyens avertis autour d’un même objectif : mieux comprendre les crises contemporaines à la lumière de l’histoire longue. Cette rencontre s’est tenue à l’occasion de la présentation de l’ouvrage De la Gloire à l’Humiliation, de l’historien Mohammed Belahmer, consacré aux causes profondes de la chute du royaume de Grenade en 1492. Moment central de l’événement, l’intervention de Khaled Hamadé, Président de l’Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG), a marqué durablement les esprits par la profondeur de son analyse et la force de ses mises en perspective géopolitiques. 1492 : une rupture historique fondatrice de l’ordre géopolitique moderne Revenant sur la chute de Grenade, dernier bastion musulman d’al-Andalus, Khaled Hamadé a rappelé que 1492 ne constitue pas seulement une date symbolique, mais bien un point de bascule majeur dans la structuration de l’ordre géopolitique moderne. Loin d’une lecture purement mémorielle ou émotionnelle, son analyse a mis en évidence l’émergence, à partir de cette période, d’un modèle de puissance durable, toujours à l’œuvre dans les relations internationales contemporaines. Ce modèle repose sur une matrice ancienne — comparable à un véritable « code source » géopolitique — articulée autour de trois piliers fondamentaux : la conquête territoriale, sa légitimation par des récits historiques, religieux ou idéologiques, le contrôle stratégique des routes commerciales, des flux économiques et des espaces maritimes. Selon le Président de l’IIEG, ce triptyque, vieux de plus de cinq siècles, n’a jamais réellement disparu ; il s’est transformé, adapté et modernisé. Une grille de lecture pour décrypter les crises contemporaines Cette approche géopolitique a permis d’éclairer, avec rigueur et pédagogie, les dynamiques à l’œuvre dans plusieurs théâtres actuels : en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, mais également dans les rivalités économiques globales. L’analyse a mis en évidence un phénomène préoccupant : le retour assumé des rapports de force, souvent au détriment du droit international et des mécanismes multilatéraux censés garantir la stabilité mondiale. Dans ce contexte, les normes juridiques tendent à être contournées ou instrumentalisées, tandis que les institutions internationales apparaissent de plus en plus fragilisées face aux logiques de puissance étatique. Le livre de Mohammed Belahmer : une lecture lucide de l’histoire La présentation de l’ouvrage De la Gloire à l’Humiliation a constitué un autre temps fort de la rencontre.À travers un travail historique rigoureux et documenté, Mohammed Belahmer a su exposer les véritables causes de la chute de Grenade, en mettant en lumière les responsabilités internes, les divisions politiques et les failles de gouvernance qui ont affaibli l’État nasride. Cette lecture, saluée par le public, rompt avec les récits fatalistes ou exclusivement externalisés de l’histoire et invite à une réflexion plus exigeante sur le rôle des élites et des choix politiques dans les grands effondrements historiques. Un débat de haut niveau et une forte mobilisation du public Les échanges avec le public, venu très nombreux, ont confirmé l’intérêt croissant pour ce type d’analyse croisée entre histoire, géopolitique et actualité internationale. Le débat a été brillamment modéré par Abid Kabadi, vice-président de l’IMRI, juriste reconnu et analyste géopolitique, dont la maîtrise des enjeux a largement contribué à la qualité et à la fluidité des discussions. Penser le monde pour mieux comprendre le présent Au-delà de la réussite de cette rencontre, l’événement a rappelé une conviction essentielle :👉 comprendre le monde au-delà des discours simplistes,👉 relier le passé aux enjeux du présent,👉 redonner à la pensée géopolitique toute sa place dans le débat citoyen. Le succès de cette rencontre illustre l’importance de ces espaces de dialogue et de transmission, rendus possibles grâce à l’engagement des équipes organisatrices, notamment Madame Najat Lebbar, à la contribution intellectuelle conjointe de l’IMRI et de l’IIEG, ainsi qu’à l’accueil généreux de Madame Chraibi au sein de l’espace du Croissant-Rouge. Dans un monde marqué par l’instabilité, la polarisation et la remise en cause des règles communes, l’histoire longue demeure un outil indispensable pour décrypter le présent.Cette rencontre à Casablanca en a offert une démonstration claire et convaincante, confirmant le rôle essentiel des espaces de réflexion et des think tanks dans l’éclairage des enjeux géopolitiques contemporains. [caption id="attachment_9700" align="alignnone" width="768"] la présentation de l’ouvrage De la Gloire à l’Humiliation[/caption]

03 Feb 2026 Lire la suite
Le Maroc ne se laissera pas manipuler : la vision royale au-delà du football
Géopolitique & Stratégie

Le Maroc ne se laissera pas manipuler : la vision royale au-delà du football

  La finale de la Coupe d'Afrique des Nations entre le Maroc et le Sénégal a laissé des traces. Au-delà des incidents regrettables survenus en fin de match, ce qui retient vraiment l'attention, c'est la tentative de certains acteurs de transformer un événement sportif en arme de division entre deux frères africains. C'est précisément ce que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a dénoncé avec fermeté et sagesse dans son message aux Marocains. Le Souverain a rappelé une vérité simple mais fondamentale : les relations du Maroc avec l'Afrique, et notamment avec le Sénégal, ne se résument pas à un match de football. Elles sont bien plus profondes, bien plus anciennes, et surtout bien plus solides que ne le voudraient ceux qui tentent de les instrumentaliser. La qualité, l’envergure et l’historicité de ces relations, forgées par des décennies de solidarité et de partenariats concrets, ne sauraient en aucune manière être impactées négativement par l’issue d’une finale de football. Une histoire qui dépasse les passions d'un jour.   Quand on regarde les faits, on comprend rapidement que ces tentatives de manipulation sont vouées à l'échec. Le Maroc et le Sénégal ne sont pas des ennemis d'aujourd'hui. Ils sont des partenaires de toujours. Dès 1960, quand le Sénégal accédait à l'indépendance, le Maroc était là pour le soutenir. Le Royaume a été l'un des parrains de son admission aux Nations Unies. Ce n'est pas un détail : c'est le signe d'une solidarité africaine réelle et agissante, pas de façade. Depuis, les liens n'ont cessé de se renforcer. La Convention d'établissement de 1964 entre le Maroc et le Sénégal est unique en Afrique : elle accorde aux ressortissants des deux pays un statut quasi-national. Cela signifie qu'un Marocain au Sénégal ou un Sénégalais au Maroc ne sont pas des étrangers, mais presque des nationaux. Voilà ce qu'est la vraie fraternité africaine. Des investissements concrets, pas des promesses Au-delà des symboles, il y a aussi la réalité économique. Le Maroc investit massivement au Sénégal. Dans le secteur bancaire, les télécommunications, l'énergie, la formation... Ce ne sont pas des investissements de façade, mais des partenariats durables qui créent de l'emploi et du développement. Le Sénégal, de son côté, reconnaît le Maroc comme un partenaire stratégique crédible, constant et profondément solidaire. C'est ce qu'ont affirmé les plus hautes autorités sénégalaises, notamment après les incidents de la finale. Cela en dit long sur la solidité de la relation. Quand la raison doit primer sur l'émotion Ce qui est remarquable dans la réaction de Sa Majesté le Roi, c'est précisément cela : elle appelle à dépasser les passions du moment pour voir la réalité en face. Le Souverain a affirmé que « la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus ». Ce n'est pas un vœu pieux, c'est une certitude fondée sur des décennies de partenariat solide. Le Maroc a aussi rappelé clairement qu'il ne se laissera pas « entrainer dans la rancœur et la discorde ». Autrement dit : ceux qui tentent de créer la division entre le Maroc et l'Afrique perdent leur temps. Le peuple marocain « sait faire la part des choses », comme l'a souligné le Roi. Un soft power africain reconnu Aujourd'hui, le Maroc est classé troisième puissance africaine en matière de soft power (influence douce). C'est le résultat de décennies d'engagement constant en faveur du continent. Ce n'est pas un hasard si le Maroc a pu organiser avec succès la Coupe d'Afrique des Nations 2025 : c'est parce que le continent fait confiance au Royaume. L'équipe nationale marocaine a atteint la 8e place mondiale, un résultat exceptionnel qui reflète aussi une politique sportive et infrastructurelle volontariste et de haut niveau. Mais plus important encore, c'est un symbole de l'ambition marocaine pour l'Afrique. Les manipulateurs perdent d'avance Ceux qui tentent de semer la discorde entre le Maroc et ses frères africains misent sur l'émotion du moment. Ils espèrent que la passion d'un match de football suffira à éclipser des décennies de partenariat. C'est une stratégie vouée à l'échec, et pour une raison simple : les faits sont têtus. Les investissements marocains en Afrique sont réels.  Les milliers de Marocains qui travaillent et vivent en Afrique, et les centaines de milliers d'Africains au Maroc, sont réels. Les partenariats institutionnels au sein de l'Union Africaine, de l'Organisation de la Coopération Islamique et de la Francophonie sont réels. Rien de cela ne peut être effacé par des incidents de football. L'Afrique a besoin du Maroc, le Maroc a besoin de l'Afrique Sa Majesté le Roi l'a rappelé : le Maroc « poursuivra son engagement déterminé et constant en faveur d'une Afrique unie et prospère ». Ce n'est pas une promesse électorale, c'est une politique d'État menée depuis des décennies.                     L'Afrique d'aujourd'hui et de demain sera le phare du développement mondial.  Et le Maroc, aux côtés de pays comme le Sénégal, entend être ce phare. Pas en semant la division, mais en construisant l'unité. Pas en écoutant les manipulateurs, mais en écoutant la voix de la raison. Les tentatives de dénigrement et de discrédit échoueront. Elles se heurtent à la force des faits, à la densité des partenariats réels, et à la profondeur de liens forgés par l'histoire et consolidés par l'action quotidienne. Le message du Roi est clair : le Maroc ne se laissera pas détourner de sa mission africaine par des manigances basses et maladroites. La fraternité africaine est plus forte que les passions d'un jour. Ensemble, avançons vers une Afrique plus forte, plus unie et plus prospère. Et c'est tant mieux pour l'Afrique. https://www.mapexpress.ma/actualite/opinions-et-debats/sm-roi-cesse-confirmer-resilience-lancrage-africain-du-royaume-think-tank-francais/ https://youtu.be/xbh3YON2xnA?si=7RAMYNi0IOZZRh5J

02 Feb 2026 Lire la suite
Le droit international à l’épreuve du réel
Société, Culture & Droit

Le droit international à l’épreuve du réel

Le droit international est un ensemble de règles juridiques qui ont pour but principal de réguler les relations entre les États et les acteurs internationaux. Son objectif principal est d’assurer la paix, la sécurité, la coopération et le respect des droits fondamentaux entre les nations. Il doit .. -Maintenir la paix et la sécurité entre les États. -Encadrer les échanges (économiques, diplomatiques,etc.). -Protéger les droits humains et les libertés fondamentales. -Favoriser la justice et la résolution pacifique des conflits. 2. Le Venezuela de Maduro : un cas d’école des violations du droit international Depuis 2024, le régime de Nicolás Maduro est régulièrement accusé de violer systématiquement le droit international, notamment à travers du non-respect des principes démocratiques et de la souveraineté, et de violations des droits humains. Au-delà de ces manquements, le Venezuela contribue à déstabiliser la région et à menacer ses voisins, notamment par le trafic international de drogue et la crise migratoire. Le peuple vénézuélien, quant à lui, subit de plein fouet des crises humanitaires, économiques, sanitaires et des atteintes répétées à ses droits fondamentaux. 3. Sanctions internationales : une réponse suffisante ? Le droit international est conçu pour s’appliquer universellement, indépendamment du comportement des États. Et lorsque des états violent systématiquement ce droit, la communauté peut imposer des sanctions de diverses manières (comme l’a fait l’UE contre des responsables vénézuéliens pour violations des droits humains). Mais ces mesures sont-elles vraiment efficaces ? Elles permettent de marquer une désapprobation et d’exercer une pression, mais leur impact réel sur les régimes autoritaires reste limité. 4. Derrière les chiffres, des vies brisées Sans entrer dans le sentimentalisme, derrière les chiffres et les concepts géopolitiques, comment ne pas penser au peuple vénézuélien - comme d’ailleurs à tous les peuples des pays sous le joug funeste de despotes, ploutocrates, où ni démocratie, ni droit humains ne sont respectés. Ces dirigeants, souvent mégalomanes, placent leur ego, leur pouvoir et leur enrichissement personnel au-dessus de toute morale, avec la complicité de ceux qui les aident à conserver leur butin. 5. Trump et le Venezuela : entre pragmatisme et précèdent dangereux L’administration Trump a souvent été critiquée pour ses dérives autoritaires et son mépris du droit international. Entre déclarations choc et actions unilatérales, ses méthodes soulèvent des inquiétudes, comme le souligne le Président Khaled Hamadé (IIEG) : « Certaines pratiques créent des précédents juridiques dangereux. ». Dans les plans de M. Trump le futur du Venezuela, ne semble pas vraiment concerner le peuple vénézuélien. Mais peut-on soustraire à l'administration Trump le bénéfice d'avoir écarter un dictateur (selon la Communauté internationale), et un baron de la drogue (rapports de l’ONU et de la DEA), et qui est soutenu par des principaux pays à qui la démocratie donne des boutons (je pense à la Russie, la Chine et l’Iran .…) ? Cette « décapitation » du pouvoir — bien qu’illégitime — a-t-elle au moins permis de soulager, même partiellement, la souffrance du peuple vénézuélien ? La question reste ouverte, surtout pour ceux qui croient en la démocratie comme meilleur système étatique. 6. L’ONU et le droit de veto : un frein à l’efficacité ? Sans une nouvelle intervention surprise, l’administration Trump finira par s’effacer. Faute de quoi comme le craint M. Hamadé, un tournant vers des sociétés plus brutales, basées sur la forces pourrait s'annoncer. Quel avenir pour le droit international ? Faut-il alors repenser le rôle de l’ONU ? Son système de droit de veto, qui permet à quelques nations de bloquer des décisions, limite son efficacité. Comment rendre cette institution plus agile et plus juste, alors que des pays comme la Russie ou la Chine protègent souvent des régimes controversés ? Un espoir subsiste. On peut imaginer que l’audace des États-Unis — aussi contestable soit-elle — puisse inspirer une réforme du droit international. Pourquoi ne pas envisager, à l’avenir, un mandat pour intervenir en cas de violations graves des droits humains ? Une telle mesure, aujourd’hui inexistante, pourrait renforcer l’efficacité de la communauté internationale. Arrestation de Nicolás Maduro : un tournant dans la rivalité sino-américaine

17 Jan 2026 Lire la suite
La centralité de l’Europe n’est pas éternelle
Géopolitique & Stratégie

La centralité de l’Europe n’est pas éternelle

par Anas Abdoun   L’Europe a vu ces dernières années évoluer sa position économique. En Afrique et au Moyen-Orient, d’autres acteurs gagnent du terrain à son détriment. L’accès énergétique s’est complexifié depuis 2022. Sur l’IA et les terres rares, l’essentiel de l’investissement et des capacités de production se concentre aujourd’hui entre États-Unis et Chine. Malgré cela, le continent reste un point nodal du commerce mondial, par la taille de son marché mais surtout par sa situation d’intersection des grands axes maritimes, ferroviaires et terrestres. Cette centralité résulte d’un long cycle d’aménagements et de normes qui ont structuré les flux vers l’Europe. Elle est désormais mise en concurrence par des corridors alternatifs capables de rediriger progressivement les échanges, sans confrontation ouverte. Global Gateway : l’intuition juste, le test décisif La Chine a compris avant tout le monde qu’on ne déplace pas les rapports de force uniquement par des tarifs douaniers ou des microprocesseurs, mais par la géographie des flux. Les Nouvelles routes de la soie ont semé des ports, des zones logistiques, des lignes ferroviaires et des capacités financières capables de rerouter progressivement les marchandises, l’énergie et les données. L’Inde pousse sa propre projection, un corridor indo-moyen-oriental qui met le Golfe au centre, tandis que d’autres projets régionaux cherchent à capter une part de cette circulation. À terme, la conséquence est simple : si les routes ne passent plus “naturellement” par l’Europe, sa rente de centralité disparaît et, avec elle, une part de son pouvoir normatif et de sa richesse. Face à ce basculement, l’UE a réagi en lançant Global Gateway. L’intuition est la bonne : proposer une alternative crédible de financement et de construction d’infrastructures (transport, énergie, numérique) fondée sur la transparence contractuelle, des standards environnementaux et des effets d’entraînement locaux. Sur le papier, c’est une promesse de corridors “ouverts”, interopérables et soucieux des souverainetés nationales, le contrepied de la logique de dépendance. L’UE a trop souvent traité Global Gateway comme un label additionnel plutôt que comme une priorité politique. Le test est ailleurs : l’exécution. Un instrument d’influence n’existe que s’il avance au rythme des autres. Or la guerre en Ukraine a mobilisé l’attention politique et budgétaire, et l’UE a trop souvent traité Global Gateway comme un label additionnel plutôt que comme une priorité politique. Pendant que l’on cherche encore la bonne tuyauterie financière, les concurrents livrent des terminaux, soudent des rails, ferment des tours de table. Au sud, à l’est, sur mer Être au centre n’est pas un état, c’est un effort. L’Europe a besoin d’un portefeuille de corridors lisibles, alignés sur ses intérêts vitaux, et portés par une diplomatie économique assumée. D’abord au Sud : la Méditerranée et l’Afrique du Nord sont l’extension naturelle de l’appareil productif européen. Les chaînes de valeur dé carbonées (câblage, électronique intermédiaire, batteries, hydrogène vert, interconnexions électriques) exigent des “ponts” physiques et réglementaires entre rives. La question n’est pas de “compenser” la Chine ou l’Inde ; elle est d’adosser l’industrie européenne à un hinterland proche, fiable, à la fois fournisseur d’énergie propre et base d’assemblage compétitive. Ensuite à l’Est : tant que le théâtre ukrainien reste incertain, la continuité logistique vers l’Asie centrale passe par des itinéraires redondants (mer Noire, Caucase, corridor Sud). Le but n’est pas la vitesse record, mais l’optionalité : plusieurs chemins praticables valent mieux qu’un couloir unique vulnérable. Enfin sur mer : la vulnérabilité des routes via Suez a rappelé que la sécurisation des détroits, le maillage des ports européens de “rang mondial” et la capacité de reroutage rapide ne sont pas des sujets techniques, mais de souveraineté. L’UE doit raisonner comme une puissance maritime : flotte, assurances, sûreté, standardisation numérique des chaînes. Une priorité géoéconomique vitale Global Gateway ne gagnera pas sur une promesse de “bonne gouvernance” seule. Il lui faut la profondeur financière et la vitesse d’exécution. Concrètement, cela signifie : des tickets visibles (pas uniquement des garanties), des délais de décision raccourcis, des consortiums industriels européens mis en avant, et une articulation claire entre l’UE, la BEI/BERD et les banques nationales de développement. La “Team Europe” doit devenir un maître d’ouvrage géopolitique : un seul visage, un calendrier, un paquet complet (infrastructures + énergie + numérique + formation), et une exigence de contenu local qui crée des alliés et non des débiteurs. La géo économie est redevenue un jeu d’empires de corridors, et rester au centre demande de bâtir des routes, des ports, des câbles et des interconnexions dont l’Europe fixe les standards avec des partenaires qui y trouvent leur intérêt. L’UE sait financer des infrastructures. Ce qu’elle hésite encore à faire, c’est hiérarchiser. Global Gateway doit être traité comme un actif stratégique : un budget protégé, une gouvernance resserrée, et un mandat politique explicite lui donnant priorité sur les querelles internes. Il ne s’agit pas de “copier” la Chine : il s’agit d’assumer que la géo économie est redevenue un jeu d’empires de corridors, et que rester   au centre demande de bâtir des routes, des ports, des câbles et des interconnexions dont l’Europe fixe les standards avec des partenaires qui y trouvent leur intérêt. L’Europe n’a plus le luxe de considérer sa centralité comme un droit acquis. Dans un monde où les routes sont des politiques publiques à part entière, Global Gateway est moins un programme qu’un test : celui de la capacité européenne à traduire sa puissance de marché en puissance de projection. Soit l’UE fait de Gateway un instrument prioritaire, financé, diplomatique, stratégique et reste ainsi le lieu où les routes se croisent. Soit elle continue d’empiler des annonces et découvre, trop tard, que d’autres ont déplacé le centre de gravité et laissé ce dernier “avantage résiduel” devenir aussi le prochain terrain où le Sud global réussira à rabattre les cartes des flux.

11 Jan 2026 Lire la suite
L’arrestation de Nicolás Maduro : Externalisation violente de la rivalité sino-américaine
Géopolitique & Stratégie

L’arrestation de Nicolás Maduro : Externalisation violente de la rivalité sino-américaine

Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG) Sous la direction de Khaled Hamadé Une inflexion stratégique majeure L’interpellation puis le transfert forcé du président vénézuélien Nicolás Maduro vers les États-Unis constituent un changement profond dans la manière dont Washington aborde le dossier vénézuélien. Cet épisode dépasse largement le cadre d’un événement ponctuel : il révèle une transformation assumée des instruments de puissance mobilisés par les États-Unis. Cette opération illustre le passage d’une stratégie fondée sur l’usure économique et juridique à une logique de contrainte physique directe. Elle met en évidence les limites croissantes des mécanismes traditionnels de pression dans un environnement international caractérisé par la montée en puissance de pôles concurrents. Depuis plus de dix ans, sanctions financières, isolement diplomatique, recours extensif au droit extraterritorial et campagnes de délégitimation politique ont été employés afin de fragiliser le pouvoir en place à Caracas. L’incapacité de ces outils à produire l’effet politique escompté explique le recours à une action plus radicale, symptôme de l’essoufflement progressif des leviers classiques de domination économique. De la pression économique à la coercition directe L’arrestation de Nicolás Maduro s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation des conflits contemporains. Lorsque sanctions, embargos et procédures juridiques ne suffisent plus à contenir des États soutenus par des puissances systémiques alternatives, la pression économique tend à se muer en contrainte directe. Le Venezuela ne constitue pas un cas isolé. Il occupe une position stratégique au cœur de la confrontation sino-américaine. Son rapprochement économique avec la Chine a permis de limiter l’impact des sanctions occidentales, rendant, du point de vue américain, nécessaire une escalade coercitive destinée à rétablir un rapport de force défavorable à Caracas. Deux modèles opposés d’exercice de la puissance La séquence vénézuélienne met en lumière une divergence profonde entre les approches américaine et chinoise en matière de projection d’influence. La Chine privilégie une stratégie graduelle reposant sur : Des investissements structurants, Des mécanismes de prêts conditionnés, Des partenariats énergétiques de long terme, Une doctrine de non-ingérence politique affichée. Dans le cas du Venezuela, l’objectif chinois n’a jamais été la transformation du régime, mais la sécurisation d’échanges stratégiques : ressources énergétiques contre financement, stabilité relative contre accès durable aux matières premières. Cette méthode favorise une influence progressive, sans rupture brutale ni confrontation militaire directe. À l’inverse, l’approche américaine s’inscrit dans une tradition plus interventionniste, caractérisée par : La personnalisation des rapports de force, L’extension extraterritoriale du droit, La désignation ciblée d’adversaires politiques, L’usage assumé de la contrainte. L’arrestation de Nicolás Maduro incarne ainsi l’affrontement de deux conceptions de la puissance : l’une indirecte et structurante, l’autre immédiate, coercitive et spectaculaire. Un signal destiné avant tout à Pékin Réduire cette opération à un message adressé exclusivement au Venezuela serait analytique­ment insuffisant. Le véritable destinataire de cette action est la Chine. En ciblant un partenaire stratégique de Pékin, Washington cherche à rappeler que : L’adossement économique à la Chine n’offre aucune garantie de protection politique, Les circuits alternatifs de contournement des sanctions demeurent exposés, La capacité d’action extraterritoriale américaine reste opérationnelle. Toutefois, cette démonstration de force comporte un coût stratégique non négligeable. Elle contribue à renforcer, auprès de nombreux États du Sud, l’image d’une puissance américaine privilégiant la coercition, tandis que la Chine projette — du moins en apparence — une relation fondée sur l’échange et l’absence de conditionnalité politique immédiate. Le silence occidental et l’affaiblissement du multilatéralisme Les réactions prudentes de plusieurs démocraties occidentales face à l’arrestation d’un chef d’État en exercice traduisent une fragilisation préoccupante de l’ordre international. Cette situation soulève une question centrale : Organisation des Nations unies demeure-t-elle un cadre effectif de régulation des rapports de force entre grandes puissances ? Lorsqu’une opération de cette nature peut être conduite en l’absence de mandat multilatéral et sans réponse institutionnelle significative, le droit international cesse d’être un socle normatif partagé pour devenir un instrument mobilisé de manière sélective, en fonction d’intérêts stratégiques. Retenue sino-russe : faiblesse apparente ou calcul stratégique ? La réaction mesurée de la Chine et de la Russie appelle également l’analyse. Cette absence de riposte immédiate doit-elle être interprétée comme un signe de faiblesse, ou comme une lecture stratégique plus profonde de la situation ? Elle peut indiquer que Pékin et Moscou perçoivent cette opération non comme une démonstration de puissance, mais comme le symptôme d’un affaiblissement stratégique américain, révélant un décalage croissant entre ambitions globales et capacité réelle de contrôle systémique. Quand la coercition accélère l’érosion de l’influence L’arrestation de Nicolás Maduro pourrait ainsi constituer un moment symbolique : non pas la réaffirmation de l’hégémonie américaine en Amérique latine, mais la manifestation de son érosion. En substituant l’action coercitive à une stratégie diplomatique et économique de long terme, Washington renforce paradoxalement le discours chinois selon lequel l’ordre international dominé par les États-Unis serait instable, imprévisible et intrinsèquement coercitif. L’arrestation de Nicolás Maduro à l’épreuve du droit international Souveraineté et interdiction du recours à la force La souveraineté territoriale constitue l’un des fondements du droit international, tel qu’énoncé à l’article 2 §4 de la Charte des Nations unies. Toute intervention coercitive menée sur le territoire d’un État sans consentement explicite ou mandat du Conseil de sécurité constitue une violation grave de ce principe. L’arrestation d’un chef d’État en exercice par une puissance étrangère représente, à cet égard, une atteinte d’une gravité exceptionnelle. Immunité des chefs d’État en exercice Le droit international coutumier reconnaît aux chefs d’État en fonction une immunité personnelle complète (ratione personae), couvrant l’ensemble de leurs actes durant l’exercice de leurs fonctions. Cette règle est confirmée par la jurisprudence de la Cour internationale de Justice et par la pratique constante des États. Les seules exceptions admises reposent sur : Un mandat explicite du Conseil de sécurité, La compétence d’une juridiction pénale internationale reconnue, Ou la perte effective du statut de chef d’État. Aucune de ces conditions ne semble réunie dans le cas présent. Les limites de la compétence pénale extraterritoriale Les incriminations pénales invoquées par les autorités américaines ne sauraient, en droit international, justifier la suspension des immunités ni autoriser une arrestation forcée sur le territoire d’un État souverain. La compétence pénale extraterritoriale ne fonde en aucun cas l’usage de la force armée. Un précédent juridique à portée systémique Cette opération ouvre un précédent aux conséquences potentiellement déstabilisatrices : Affaiblissement du principe d’immunité des dirigeants, Marginalisation du rôle des institutions multilatérales, Banalisation de la justice coercitive, Accroissement du risque de représailles entre grandes puissances. L’arrestation de Nicolás Maduro ne met pas un terme à la séquence vénézuélienne. Elle l’inscrit durablement dans la rivalité sino-américaine contemporaine, où les États-Unis continuent d’agir comme garant coercitif de l’ordre existant, tandis que la Chine progresse, de manière plus discrète, en architecte de nouvelles dépendances structurelles. Arrestation de Nicolás Maduro : un tournant dans la rivalité sino-américaine

05 Jan 2026 Lire la suite
2025, Année du Maroc sur le plan international
Diplomatie & Coopération Sud-Sud

2025, Année du Maroc sur le plan international

L’année 2025 au Maroc a été marquée par l’organisation de grandes manifestations sportives internationales. Ce fût d’abord la Fan zone de Rabat qui a permis des échanges interculturels entre étudiants africains. Elle a été suivie par la Coupe d’Afrique des Nations U-17 (joueurs moins de 17 ans), la Coupe d’Afrique du futsal féminin, et le meeting international Mohammed VI d’athlétisme. Mais le grand événement sportif très attendu est la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui a débuté le 21 Décembre 2025 jusqu’au 18 Janvier 2026. Le Maroc a gagné le premier match de la Coupe contre les Comores par 2 buts à 0 le 21 Décembre 2025. C’est un événement sportif fondateur à l’échelle africaine, qui renforce la diplomatie du Maroc et son rayonnement culturel à travers le monde. Préparée depuis plusieurs mois, la CAN est un test pour le Maroc qui va organiser la Coupe du monde de football en 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Les points importants de l’organisation de cette CAN sont la gestion des flux des joueurs et des spectateurs, la coordination sécuritaire entre les six villes hôtes, la fiabilité des transports, et la qualité de l’hospitalité. Trente pays européens diffuseront le tournoi, et 5400 demandes d’accréditation médias ont été enregistrées. L’ONMT table sur 800.000 visiteurs pendant la compétition, et les retombées économiques sont estimées à 10 milliards de dirhams. Le Maroc doit absolument réussir ce grand événement sportif africain, car notre pays sera regardé par le monde entier. Nous disposons d’atouts essentiels tels que les stades construits ou rénovées, les infrastructures de transport (autoroutes et chemin de fer), l’expérience des autorités de l’Etat qui ont organisé déjà de grands événements. Mais c’est aussi un événement qui concerne tous les Marocains, qui doivent réserver le meilleur accueil aux joueurs et aux spectateurs venus du monde entier et particulièrement d’Afrique. Une diplomatie marocaine active sur les scènes bilatérale et multilatérale en 2025 Outre le volet sportif, le Maroc a mené en 2025 une diplomatie intense tant au niveau bilatéral qu’international. Sur le plan bilatéral, le Maroc a renforcé sa coopération stratégique avec les Etats-Unis, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et la Mauritanie. Sur le plan international, le Maroc a participé au Sommet d’urgence arabo-islamique à Doha du 15 Septembre 2025, en solidarité avec le Qatar suite à l’agression israélienne contre la souveraineté de cet Etat. Le Maroc s’est positionné également comme candidat à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour le mandat 2028-2029. Sécurité régionale et coopération africaine : un pilier de l’action internationale du Maroc Notre pays attache également une importance particulière aux questions sécuritaires tant en ce concerne la lutte contre le terrorisme que l’immigration illégale. C’est ainsi qu’a été inauguré à Salé le premier Centre africain de coopération policière dédié à l’échange d’informations sécuritaires. De même le Maroc a abrité à Marrakech la 93ème Assemblée générale d’INTERPOL, dont le rôle est de préserver la sécurité internationale, notamment en matière de lutte contre le crime organisé. Le Maroc a également abrité d’autres événements comme le Sommet africain sur la souveraineté sanitaire à Dakhla, le Congrès international sur les changements climatiques à Essaouira, et le Modèle des Nations Unies au Maroc qui a rassemblé des étudiants du monde entier autour des thèmes de paix, de justice, et de coopération internationale. La résolution 2797 de l’ONU : un tournant diplomatique majeur pour le Maroc Mais le principal succès du Maroc pendant l’année 2025 a été la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 Octobre 2025. Cette résolution désigne le plan d’autonomie marocain de 2007 comme la « base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour résoudre le conflit du Sahara ». Cette résolution est considérée comme un tournant diplomatique majeur, renforçant la position du Maroc, et réorientant le processus vers une solution politique basée sur l’autonomie plutôt qu’un referendum. D’ailleurs le Roi Mohammed VI a décrété le 31 Octobre comme un jour férié de l’Unité de la nation marocaine du nord au sud. 2025, une année fondatrice pour le leadership international du Maroc En conclusion, on peut considérer l’année 2025 comme favorable sur le plan des relations internationales. Le Maroc doit continuer dans les années à venir à mettre en œuvre une diplomatie proactive pour défendre ses intérêts, notamment concernant le plan d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine qui doit faire l’objet de négociations sous l’égide de l’ONU. https://imrimaroc.org/chronique_suite.php 2025, année du Maroc sur le plan international  

23 Dec 2025 Lire la suite
Le G20 sans les États-Unis : Un Nouveau Chapitre dans la Gouvernance Mondiale
Géopolitique & Stratégie

Le G20 sans les États-Unis : Un Nouveau Chapitre dans la Gouvernance Mondiale

Sous le thème « Solidarité, Égalité, Durabilité », l’Afrique du Sud présente un agenda ambitieux pour sa présidence du G20 : croissance économique inclusive, industrialisation, emploi, réduction des inégalités, sécurité alimentaire et usage de l’IA pour le développement durable. L’objectif est de répondre aux défis mondiaux tout en renforçant la voix de l’Afrique sur la scène internationale. Cependant, cette dynamique est compromise par le boycott des Etats-Unis et les absences remarquées des dirigeants américains : ni le secrétaire d’État ni le secrétaire au Trésor ne participent aux réunions clés. Ce boycott, loin d’être fortuit, reflète le recul des États-Unis vis-à-vis du multilatéralisme et marque une rupture avec leur rôle traditionnel dans la coordination économique mondiale. Cette décision accentue également les tensions croissantes entre Washington et Pretoria, nourries par des désaccords sur les politiques intérieures sud-africaines, dont la réforme foncière, et des divergences concernant des questions internationales comme le conflit Israélo-Palestinien. L’absence américaine affaiblit potentiellement la capacité du G20 à jouer son rôle de leader en matière de coopération économique globale, et crée un vide stratégique dont pourraient profiter la Chine et la Russie, susceptibles de renforcer leur influence et d’attirer davantage de pays du Sud global vers des cadres alternatifs comme les BRICS. Cela pourrait sans doute accélérer une fragmentation de l’ordre international, au détriment de la coopération sur des enjeux cruciaux tels que le climat, la stabilité économique ou la préparation aux pandémies. Pour l’Afrique du Sud, cette situation constitue à la fois un défi inédit et une opportunité : il lui faudra préserver la cohésion du G20 malgré un partenaire américain absent ou hostile, tout en pouvant impulser une réflexion sur des mécanismes de gouvernance plus inclusifs. En définitive, le succès de cette présidence sud-africaine et l’avenir du G20 dépendront de la capacité des autres nations à combler le vide laissé par les États-Unis. L’issue de ce sommet pourrait influencer durablement l’évolution de la gouvernance mondiale, entre coopération renforcée ou bascule vers des blocs rivaux. Raisons de la non-participation des États-Unis : Allégations de persécution des Blancs en Afrique du Sud : Le président Donald Trump a annoncé que les États-Unis ne participeraient pas au sommet du G20 en Afrique du Sud en raison d'allégations de persécution des Blancs dans le pays [1][2]. Il a affirmé que les Afrikaners (descendants de colons néerlandais, ainsi que d'immigrants français et allemands) sont tués et massacrés, et que leurs terres et fermes sont confisquées illégalement [1]. Désaccord avec les priorités du G20 : Donald Trump a rejeté les priorités avancées par l'Afrique du Sud pour ce sommet, telles que promouvoir la solidarité internationale et aider les pays en développement [3]. Thème du G20 jugé "anti-américain": Le thème choisi par l'Afrique du Sud pour le G20 cette année – « solidarité, égalité et durabilité » – a été critiqué par Washington, qui l'a qualifié d'anti-américain [4]. Tensions diplomatiques : L'initiative d'une plainte pour génocide à l'encontre d'Israël devant la Cour internationale de justice du gouvernement sud-africain constitue un autre motif de ressentiment entre Washington et Pretoria [5]. Boycott des réunions préparatoires : Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, et son homologue du Trésor, Scott Bessent, ont également décidé de ne pas participer aux réunions du G20 qui se tiennent en Afrique du Sud [5].   Conséquences géopolitiques potentielles : L'absence des États-Unis au sommet du G20 revêt une signification qui dépasse le simple cadre d’une réunion internationale ; elle a un impact symbolique majeur. Bien qu'elle puisse sembler superficielle à première vue, cette absence pourrait sensiblement diminuer la portée et l'influence du sommet. En effet, les États-Unis ont longtemps été perçus comme un leader incontournable des forums multilatéraux, et leur retrait soulève des questions quant à leur engagement envers les institutions globales. Cette situation remet en question le rôle historique des États-Unis dans les prises de décision des grands forums internationaux [6], ainsi que sa vision envers le multilatéralisme. La non-participation américaine pourrait créer un vide où le leadership traditionnel des États-Unis est contesté, ce qui a pour conséquence de susciter des inquiétudes concernant l'avenir des consensus globaux et des grandes initiatives, notamment sur des sujets cruciaux comme le climat et le développement économique. Sans la présence américaine, les conclusions du G20 reflètent une vision moins alignée sur les intérêts ou les valeurs américaines, rendant ainsi leur adoption plus complexe dans le contexte international. De plus, l'absence des États-Unis peut conduire à un véritable isolement diplomatique pour le pays [7]. Le sommet se déroule sans la contribution directe des représentants américains, une situation que Washington a dénoncée comme une « instrumentalisation » de la présidence sud-africaine par certains membres du gouvernement. Cette perception d'un isolement pourrait renforcer les critiques internes et internationales à l'encontre de la stratégie étrangère des États-Unis, particulièrement en ce qui concerne le multilatéralisme et la coopération internationale [8]. L'absence de participation des États-Unis soulève également des préoccupations sur la capacité collective à traiter des crises internationales pressantes. Dans un monde où l'unilatéralisme et le protectionnisme sont de plus en plus répandus, les questions de solidarité mondiale deviennent centrales. Les acteurs internationaux se demandent alors comment avancer sans un leadership unifié, ce qui pourrait compromettre l'efficacité des réponses face aux enjeux urgents tels que le changement climatique et les pandémies. En parallèle, cette situation crée une opportunité pour d'autres voix, notamment celles des pays émergents comme l'Afrique du Sud. En choisissant d'amplifier des perspectives souvent marginalisées, le pays hôte peut orienter le dialogue vers des problématiques qui n'auraient peut-être pas eu l'espace nécessaire pour être abordées sous l'influence américaine. Cette dynamique pourrait constituer un tournant dans la manière dont les voix du Sud sont entendues sur la scène internationale, introduisant une nouvelle forme de gouvernance mondiale. Cependant, cette fragmentation pose également de grands défis pour la coopération mondiale [9]. Les problèmes qui nécessitent des solutions coordonnées, comme la sécurité alimentaire, la transition énergétique et la stabilité économique, risquent de devenir plus compliqués à résoudre en raison de l'absence d'une voix forte des États-Unis. En conséquence, l'efficacité des initiatives prises lors du sommet pourrait être compromise, et des solutions égalitaires pourraient être plus difficiles à atteindre. Enfin, le sommet du G20 représente une occasion cruciale pour l'Afrique du Sud de restaurer sa crédibilité sur la scène mondiale. Après des années de stagnation économique, de scandales de corruption et de pertes de réputation, le pays souhaite utiliser cette plateforme pour démontrer son engagement envers une gouvernance mondiale inclusive et efficace. L'absence des États-Unis pourrait offrir à l'Afrique du Sud une plus grande marge de manœuvre pour façonner les débats et les résultats du sommet, tout en tentant de se repositionner comme un acteur clé dans l’économie mondiale. En somme, l'absence des États-Unis au G20 façonne non seulement le paysage immédiat des discussions internationales, mais elle a également des implications de long terme sur la gouvernance mondiale, l'autorité des institutions multilatérales et la dynamique des pouvoirs dans un monde de plus en plus polarisé.   Retrait de l’UNESCO et boycott du G20 : Une nouvelle aire de fragmentation internationale Ressemblances Scepticisme vis-à-vis du multilatéralisme Dans les deux cas, la décision américaine reflète un désengagement d’institutions multilatérales ; un signe que l’“America First” ou d’autres priorités nationales priment sur la coopération internationale. Dans le retrait de l’UNESCO, les États-Unis mettent en avant une politique étrangère incompatible avec ce qu’ils considèrent comme l’agenda “mondialiste” ou “idéologique” de l’UNESCO. Motivation idéologique / politique Pour l’UNESCO : l’administration américaine critique des “causes sociales et culturelles clivantes”, des positions qu’elle juge “woke” ou trop progressistes. [10] Pour le G20 : l’absence américaine peut traduire une perte de confiance dans les institutions multilatérales pour piloter des politiques globales (économiques, monétaires), ce qui peut être lié à une volonté de redéfinir le rôle des Américains dans le monde. Affaiblissement du leadership américain G20 : sans la participation active des États-Unis, leur influence sur les décisions économiques mondiales pourrait diminuer, ouvrant un espace à d’autres puissances (Chine, Russie, etc.). UNESCO : le retrait affaiblit le poids diplomatique et financier des États-Unis au sein d’une agence majeure de l’ONU (éducation, culture, science), ce qui peut donner davantage d’influence à d’autres États ou blocs. Conséquences sur la gouvernance mondiale Les deux décisions peuvent contribuer à une reconfiguration des alliances internationales : en quittant ou en boudant des institutions traditionnelles, les États-Unis laissent une marge de manœuvre à d’autres puissances, et encouragent peut-être des blocs alternatifs ou des formes de coopération différentes.   Signification plus large des parallèles Ces deux mouvements traduisent une volonté de redéfinir l’engagement américain sur la scène internationale : pas seulement un désengagement, mais une volonté de choisir où et comment s’impliquer, en fonction des priorités nationales. Ils témoignent d’un recul du multilatéralisme traditionnel : si les États-Unis se retirent ou n’assistent plus activement à certains forums, cela fragilise leur capacité à influencer les règles globales.   En résumé, La non-participation des États-Unis au sommet du G20 souligne une évolution préoccupante dans le paysage géopolitique mondial. Cet événement symbolise un retrait des engagements multilatéraux qui ont longtemps défini le leadership américain sur la scène mondiale. En choisissant de se retirer, les États-Unis ne laissent pas seulement un vide en matière de décision et d'influence, mais ils ouvrent également la porte à d'autres pays, comme l'Afrique du Sud, pour redéfinir leurs rôles et amplifier des voix autrement marginalisées. Cette dynamique pourrait altérer les efforts de coopération globale nécessaires pour faire face à des crises pressantes telles que le changement climatique et la sécurité économique. Dans un monde de plus en plus interconnecté, l'absence des États-Unis au G20 pourrait avoir des répercussions durables sur la coopération internationale, soulignant l'importance d'une approche unifiée pour résoudre les défis mondiaux. https://institugeo.org/articles/le-g20-sans-les-etats-unis-un-nouveau-chapitre-dans-la-gouvernance-mondiale/ ‎ Références : Les États-Unis boycottent le sommet du G20 en Afrique du Sud - Reporteri.net Les Etats-Unis n'enverront aucun responsable au G20 en Afrique du Sud - RTS Les Etats-Unis discutent d'une participation au G20 en Afrique du Sud, dit Ramaphosa - 20/11/2025 à 21:28 - Boursorama G20 historique en Afrique du Sud malgré le boycott américain - Anadolu Ajansı Les Etats-Unis snobent les réunions du G20, une première - Les Echos L'Afrique du Sud reproche aux Etats-Unis d'avoir boycotté le G20 et de s'être opposés au consensus - Xinhua G20 : Pretoria tient tête à Trump après son rejet de la déclaration commune - Agence Ecofin Le G20 est menacé par les divisions géopolitiques, mettent en garde ses dirigeants US Absence at 2025 G20 Summit: Implications for Global Cooperation and South Africa's Leadership - Citadel https://www.bfmtv.com/international/amerique-nord/etats-unis/donald-trump/l-unesco-trop-woke-et-pro-palestinienne-donald-trump-annonce-un-retrait-de-l-organisation_AN-202507220341.html

03 Dec 2025 Lire la suite
La forêt, berceau de l’eau: un appel à l’action post-COP30
Climat & Transition Écologique

La forêt, berceau de l’eau: un appel à l’action post-COP30

Vice-Président Europe, Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG) CEO, Racines de France « Le monde doit comprendre que chaque arbre abattu est une source d’eau qui se tarit, une pluie qui ne tombera plus, un avenir qui s’assèche. Nous n’avons plus le luxe de l’ignorance ni celui de l’attente. L’heure est à l’action, ici et maintenant. » La 30ème Conférence des Parties (COP30) à Belém, au cœur de l’Amazonie, vient de se conclure. Si des avancées ont été notées, le sentiment qui prédomine est celui d’une urgence non encore pleinement intégrée par la communauté internationale. En tant qu’expert de la forêt et témoin direct des dynamiques à l’œuvre, je souhaite partager une conviction forgée par des années de travail sur le terrain : la solution à nombre de nos crises – climatique, hydrique, alimentaire et même géopolitique – se trouve à l’ombre des arbres. Mais pour cela, nous devons opérer une révolution conceptuelle et économique radicale. La COP30 : entre lueurs d’espoir et déficit d’ambition La COP30 a mis les forêts au centre des débats, une reconnaissance tardive mais essentielle de leur rôle. Le lancement du “Tropical Forests Forever Facility” (TFFF) par le Brésil, visant à mobiliser 125 milliards de dollars pour rémunérer la protection des forêts, est une initiative que nous devons saluer et amplifier [1]. C’est un premier pas vers une économie où la préservation devient plus profitable que la destruction. L’engagement d’allouer 20% de ces fonds aux communautés autochtones, gardiennes ancestrales de 80% de la biodiversité mondiale, est également une avancée cruciale [2]. Cependant, ces progrès ne peuvent masquer une réalité sombre. Le rapport de synthèse de la CCNUCC est sans appel : les engagements actuels nous mènent vers un réchauffement catastrophique de près de 3°C [3]. La déforestation continue sa course folle, avec 8,1 millions d’hectares perdus en 2024, un chiffre alarmant qui nous éloigne de l’objectif de zéro déforestation en 2030 [4]. Le paradoxe est tragique : les subventions mondiales aux industries destructrices de forêts sont 200 fois supérieures aux financements alloués à leur protection [4]. Nous ne pouvons plus attendre les COP pour agir. L’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à l’action immédiate, sur tous les fronts. Le principe oublié : c’est l’arbre qui donne l’eau Au cœur de notre aveuglement collectif se trouve l’oubli d’une vérité fondamentale, un principe que la nature nous enseigne et que la science confirme : c’est l’arbre qui donne l’eau, et non l’inverse. Nous avons été conditionnés à voir la pluie comme une source qui alimente la forêt. La réalité est plus complexe et plus belle : la forêt est elle-même une créatrice de pluie. Par le mécanisme de l’évapotranspiration, une forêt mature recycle des quantités colossales d’eau dans l’atmosphère, créant des flux d’humidité qui génèrent des précipitations à des centaines, voire des milliers de kilomètres de distance [5]. Une forêt tropicale peut recycler jusqu’à 70% de l’eau qu’elle reçoit, agissant comme une gigantesque pompe et un régulateur climatique [6]. Couper un arbre, c’est donc bien plus que perdre du bois ou un puits de carbone. C’est briser un maillon essentiel du cycle de l’eau. La déforestation n’est pas seulement une cause du changement climatique, elle en est une conséquence qui s’auto-alimente en asséchant les terres et en menaçant la disponibilité de la ressource la plus vitale : l’eau douce. De la théorie à l’action : le démonstrateur des Arches Castriotes Face à ce constat, l’Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG), via son pôle Développement Durable, et l’entreprise à mission Racines de France, que je dirige, s’attachent à transformer la théorie en pratique. Notre conviction est que la prise de conscience doit s’incarner dans des modèles concrets, viables et réplicables. C’est l’esprit de notre principe fondateur : “un arbre vivant doit avoir plus de valeur qu’un arbre coupé”. C’est cette vision qui a donné naissance au projet “Les Arches Castriotes”, près de Montpellier. Sur une ancienne friche viticole de cinq hectares, nous avons planté plus de 2000 arbres de 36 essences différentes pour créer un écosystème agroforestier unique au monde [7]. Ce n’est pas une simple plantation, c’est un laboratoire à ciel ouvert, un démonstrateur scientifique qui prouve qu’il est possible de régénérer les sols, de restaurer la biodiversité et le cycle local de l’eau, de capter massivement du carbone, tout en créant une économie locale et durable. Ce démonstrateur, exemple vivant de vraies solutions, commence à intéresser des gouvernements de plus en plus conscients des enjeux. Ce modèle, suivi par la communauté scientifique internationale, n’est pas une utopie. Il est une solution tangible, un savoir-faire que nous souhaitons partager et transférer, notamment en Afrique et au Maroc, où les enjeux de l’eau et de la sécurité alimentaire sont particulièrement aigus. Il démontre que l’agroforesterie n’est pas un retour en arrière, mais une agriculture d’avenir, résiliente et performante. Le “dérisquage” : un impératif pour le monde de l’entreprise J’adresse aujourd’hui un message direct au monde de l’entreprise, tous secteurs confondus. L’inaction face à la déforestation n’est plus une option. Elle représente un risque systémique pour vos chaînes d’approvisionnement, votre réputation et votre pérennité. Ce risque est estimé à 2,7 trillions de dollars pour les chaînes d’approvisionnement mondiales [8]. Il est temps de passer du concept de “responsabilité sociale” à celui de “dérisquage stratégique”. Il s’agit d’intégrer la nature comme un actif essentiel et la déforestation comme un passif intolérable dans vos bilans. Avec mes équipes, nous travaillons sur des propositions concrètes pour accompagner les entreprises dans cette transition : traçabilité complète des matières premières, investissement dans des projets de régénération comme le nôtre, et adoption de politiques “zéro déforestation” qui soient plus que de simples slogans. Seulement 3% des entreprises mondiales ont aujourd’hui des politiques robustes et appliquées contre la déforestation [8]. C’est un échec collectif. Nous avons besoin de tout le monde pour inverser la tendance. Les solutions existent, elles sont rentables et porteuses de sens. Il faut le courage de les mettre en œuvre. La paix par la racine : une mobilisation générale La COP30 doit être un électrochoc. Mais l’avenir ne se jouera pas uniquement dans les salles de négociation. Il se joue sur le terrain, dans nos territoires, dans nos choix de consommation et d’investissement. Les actions de Racines de France le montrent chaque jour : il est possible de créer de la valeur en régénérant le vivant. Ne nous y trompons pas : la lutte pour la forêt et pour l’eau est une lutte pour la stabilité et pour la paix. Les guerres de demain seront des guerres de l’eau si nous ne changeons pas de cap. En restaurant les écosystèmes, nous restaurons les conditions d’une prospérité partagée et d’un monde plus juste. L’heure est à la mobilisation générale et positive. Rejoignez-nous. Plantez, financez, exigez le changement. Faisons de la régénération de la nature le plus grand projet de notre siècle. C’est par les racines que nous construirons la paix. Références [1] RTBF. (2025). Rendre la protection des forêts financièrement plus intéressante que leur destruction : le plan du président brésilien Lula face à la déforestation. https://www.rtbf.be/article/rendre-la-protection-des-forets-financierement-plus-interessante-que-leur-destruction-le-plan-du-president-bresilien-lula-face-a-la-deforestation-11632844 [2] IIEG. (2025). COP30 à Belém : Forêts, Financement Climat et Nouveaux Engagements pour une Transition Équitable. https://institugeo.org/articles/cop30-un-tournant-decisif-pour-laction-et-la-gouvernance-climatiques/ [3] Greenpeace. (2025). COP30 : des avancées sur la sortie des énergies fossiles et la protection des forêts, mais il faut aller plus loin. https://www.greenpeace.org/africa/fr/communiques-de-presse/59551/cop30-des-avancees-sur-la-sortie-des-energies-fossiles-et-la-protection-des-forets-mais-il-faut-aller-plus-loin/ [4] Les Echos. (2025). Recul de la déforestation au Brésil : l’arbre qui cache la forêt avant la COP30. https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/recul-de-la-deforestation-au-bresil-larbre-qui-cache-la-foret-avant-la-cop30-2196877 [5] ONF. Le pouvoir des arbres : l’évapotranspiration. https://www.onf.fr/vivre-la-foret/%2B/2888::le-pouvoir-des-arbres-levapotranspiration.html [6] EFI. Quel est le rôle joué par les forêts dans le cycle de l’eau ?. https://efi.int/forestquestions/q7_fr [7] Racines de France. Les Arches Castriotes. https://www.racinesdefrance.com/project/les-arches-castriotes/ [8] Forbes. (2025). Deforestation: A $2.7 Trillion Corporate Supply Chain Risk. https://www.forbes.com/sites/feliciajackson/2025/05/08/deforestation-a-27-trillion-risk-hiding-in-corporate-supply-chains/

23 Nov 2025 Lire la suite
Après la résolution 2797 : Vers une nouvelle architecture régionale de la stabilité au Sahara marocain
Géopolitique & Stratégie

Après la résolution 2797 : Vers une nouvelle architecture régionale de la stabilité au Sahara marocain

Le suivi rapproché de l'IIEG :Au-delà du Sahara occidental, vers le "Sahara oriental" Le Pôle Résolution de Conflits de l'IIEG suit de très près le dossier du Sahara marocain depuis plusieurs années. Cette attention s'explique par le fait que la question dépasse désormais le cadre d'un différend territorial: elle touche aux équilibres géostratégiques du Maghreb, à la sécurité du Sahel et à la coopération méditerranéenne face aux menaces hybrides (trafics, migrations, réseaux armés non étatiques).L'IIEG observe également que la résolution 2797 amorce une nouvelle géométrie des négociations, où les acteurs régionaux (Maroc, Algérie, Mauritanie) pourraient être amenés à redéfinir leurs zones d'influence et leurs interactions économiques. Dans cette logique, la prochaine phase — déjà évoquée par certains diplomates — pourrait concerner le "Sahara oriental", c'est-à-dire les zones frontalières entre le sud-est marocain et l'ouest algérien.Cette perspective s'explique par deux dynamiques complémentaires :la nécessité de clarifier les espaces de coopération transfrontalière, notamment autour des corridors économiques et énergétiques, et la volonté des États-Unis et de leurs partenaires arabes de construire une stabilité intégrée du Maghreb, qui ne laisse aucune zone grise propice aux tensions ou aux trafics.Cette évolution marquerait une nouvelle étape dans la résolution globale des questions territoriales et sécuritaires au Maghreb, transformant le dossier du Sahara d'un conflit gelé en catalyseur d'une intégration régionale approfondie. Un tournant diplomatique confirmé par la résolution 2797L'adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies [1]le 31 octobre 2025, marque un tournant historique dans l'approche onusienne du dossier du Sahara.Le texte, soutenu par une large majorité des membres du Conseil (11 voix pour, 3 abstentions), introduit un ton plus pragmatique et renforce la reconnaissance du plan d'autonomie marocain (2007) comme base politique réaliste et durable pour une solution négociée.Cette résolution s'inscrit dans la continuité de la position américaine réaffirmée depuis 2020, mais elle en élargit désormais la portée en plaçant le dossier du Sahara dans le cadre plus large de la stabilité régionale maghrébine et sahélo-méditerranéenne.Elle ouvre ainsi une nouvelle phase politique, où la question du Sahara dépasse sa dimension territoriale pour devenir un enjeu de gouvernance régionale et de coopération sécuritaire.La résolution met également fin à une ambiguïté persistante en reconnaissant explicitement l'Algérie comme partie prenante au processus, et non plus comme un simple "État voisin".Cette reconnaissance rompt avec la rhétorique diplomatique antérieure et entérine une lecture géopolitique du conflit fondée sur la responsabilité régionale directe. Le rôle pivot de Massad Boulos, d'origine libanaise : artisan discret d'un consensus transatlantique et arabeLe Conseiller spécial américain pour l'Afrique et le Moyen-Orient, Massad Boulos, d'origine libanaise, s'est imposé comme l'architecte discret mais essentiel du consensus diplomatique qui a rendu possible l'adoption de la résolution 2797. Homme d'affaires et stratège politique proche de l'administration Trump, Boulos se distingue par sa capacité unique à tisser des passerelles entre Washington, Rabat et plusieurs capitales arabes influentes, notamment Le Caire, Abou Dhabi et Alger.Dans son entretien accordé à France 24 Arabic le 3 novembre 2025, Boulos a réaffirmé avec force que le plan d'autonomie marocain constitue la seule base crédible pour une issue juste et durable [2].Mais au-delà de cette position de principe, son action traduit une volonté stratégique de restructurer le dialogue maghrébin autour d'un axe de confiance Maroc-États-Unis-Ligue arabe, dans lequel l'Algérie serait invitée à jouer un rôle constructif plutôt qu'oppositionnel.L'IIEG relève que la médiation opérée par Boulos adopte une approche hybride, combinant diplomatie classique (entretiens bilatéraux, coordination avec l'ONU) et diplomatie d'influence (réseaux économiques, coopération sécuritaire, dialogue religieux modéré).Ce profil atypique, issu du monde des affaires et des réseaux moyen-orientaux, en fait le véritable artisan de la convergence actuelle entre Washington et Rabat sur ce dossier. Sa visite à Alger en juillet 2025 témoigne de cette volonté d'ouvrir des canaux de dialogue avec tous les acteurs régionaux [3]. Vers une phase de consolidation et d'adaptationSelon les observations de l'IIEG, la "prochaine étape" du dossier, après la résolution 2797, devrait donc combiner trois axes stratégiques :Le dépôt par le Maroc d'un plan actualisé d'autonomie, intégrant des mécanismes de gouvernance locale modernisés, des garanties internationales et un agenda clair pour la participation des populations locales.Cette actualisation permettrait de traduire concrètement les avancées diplomatiques en dispositifs institutionnels opérationnels.Une relance du dialogue bilatéral Maroc-Algérie, encouragée par Washington et soutenue par la Ligue arabe, afin de réduire la dimension conflictuelle et d'ouvrir un espace de coopération pragmatique.Le rôle de Massad Boulos dans cette médiation régionale sera déterminant pour créer les conditions d'un dialogue constructif.Une mise en cohérence régionale, incluant les questions de sécurité énergétique, d'infrastructures et de gestion commune des espaces frontaliers (le "Sahara oriental"), comme leviers de stabilité durable. L'intégration de la région au Gazoduc Nigeria-Maroc, à la Route Atlantique Africaine et aux corridors de l'hydrogène vert positionne le Royaume comme interface énergétique et logistique entre l'Afrique et l'Europe. L'Union européenne à la croisée des cheminsL'Union européenne, partenaire économique et politique majeur du Maroc, se trouve désormais à un carrefour stratégique.La neutralité prudente qui caractérisait jusqu'ici sa position devient difficilement tenable au regard de la nouvelle architecture juridique onusienne.Ignorer la résolution 2797 reviendrait pour l'UE à fragiliser sa propre crédibilité en matière de respect du multilatéralisme [4].Une révision politique s'impose donc : aligner la politique extérieure européenne sur la résolution 2797, au nom de la cohérence stratégique et du respect des décisions du Conseil de sécurité. Cette clarification renforcerait la sécurité collective euro-africaine, en consolidant le socle de confiance politique nécessaire à une coopération durable dans les domaines de la lutte antiterroriste, de la gestion des flux migratoires et de la transition énergétique. Pour résumer:Vers un modèle de résolution maghrébine L'IIEG estime que la résolution 2797 et la dynamique qu'elle enclenche pourraient constituer un précédent diplomatique : celui d'une résolution de conflit à dominante régionale, soutenue par une coalition de puissances (États-Unis, partenaires arabes, Union européenne) mais articulée autour d'un acteur local central — en l'occurrence, le Royaume du Maroc.Cette approche "bottom-up", centrée sur le réalisme et la coopération, marque la fin de la logique de statu quo et ouvre une phase où la diplomatie maghrébine pourrait redevenir motrice d'un nouvel équilibre géopolitique africain. Comme le soulignait le président de l'IIEG, Khaled Hamadé, à l'occasion du 50ème anniversaire de la Marche Verte : "Le courage n'est pas de perpétuer les conflits, mais d'oser les résoudre. Le Maroc a montré la voie il y a cinquante ans. Il est temps que le monde l'accompagne sur ce chemin." [5]Références[1]Conseil de sécurité des Nations Unies. (2025, 31 octobre).Avec 11 voix pour et 3 abstentions, le Conseil de sécurité adopte la résolution 2797 (2025), renouvelant le mandat de la Mission de l'ONU au Sahara occidental pour un an. https://press.un.org/en/2025/sc16208.doc.htm[2] Boulos, M. (2025, 3 novembre).Entretien avec France 24 Arabic.[3]Middle East Institute. (2025, 6 novembre). Morocco-Algeria: The case for ambitious reconciliation. https://mei.edu/publications/morocco-algeria-case-ambitious-reconciliation[4]Pôle Analyse et Résolution des Conflits. (2025, 4 novembre). Sahara marocain : la nouvelle résolution de l'ONU place l'Union européenne à un carrefour stratégique. Institut International d'Études Géopolitiques. https://institugeo.org/articles/sahara-marocain-la-nouvelle-resolution-de-lonu-place-lunion-europeenne-a-un-carrefour-strategique/[5] Hamadé, K. (2025, 24 octobre). Pour une paix durable : 50e anniversaire de la Marche Verte et appel à la communauté internationale.Institut International d'Études Géopolitiques. https://institugeo.org/articles/pour-une-paix-durable-50e-anniversaire-de-la-marche-verte-et-appel-a-la-communaute-internationale/

15 Nov 2025 Lire la suite
L’inauguration du Grand Musée Égyptien : un message de civilisation et de paix venu du cœur du Caire
Société, Culture & Droit

L’inauguration du Grand Musée Égyptien : un message de civilisation et de paix venu du cœur du Caire

Membre du conseil scientifique de l'IIEG Un événement historique au pied des pyramides de Gizeh Le 1ᵉʳ novembre 2025, Le Caire vit un événement historique attendu depuis longtemps : l’inauguration officielle du Grand Musée Égyptien, érigé au pied des pyramides de Gizeh. Ce musée, le plus vaste au monde consacré à une seule civilisation, ne marque pas seulement l’ouverture d’un espace culturel monumental, mais l’avènement d’une nouvelle ère de conscience nationale et de rayonnement civilisationnel pour l’Égypte, qui prouve une fois encore sa capacité à unir la grandeur du passé et les ambitions de l’avenir. Le symbole d’une stabilité et d’un message de paix universel Le Grand Musée Égyptien est le symbole de la stabilité de l’État égyptien et la preuve tangible de sa force d’accomplissement dans un contexte régional et mondial traversé par des crises sans précédent. Tandis que certaines puissances persistent dans la guerre, la destruction et la violence contre les innocents, l’Égypte accueille les dirigeants du monde pour leur adresser un tout autre message : celui de la civilisation, de la paix et de l’humanité, héritage vivant d’une histoire plurimillénaire. Un chef-d’œuvre collectif au service de la mémoire pharaonique Cette inauguration constitue l’aboutissement de décennies d’efforts menés par des milliers d’Égyptiens : ingénieurs, archéologues, artisans et techniciens ont uni leur savoir-faire pour offrir au monde un chef-d’œuvre muséal à la hauteur du prestige de l’Égypte et de son histoire millénaire. Doté des technologies d’exposition les plus avancées, le musée abrite plus de cent mille pièces archéologiques, dont l’intégralité du trésor du roi Toutânkhamon, présentée pour la première fois dans un même lieu. S’y ajoutent des galeries dédiées aux monuments colossaux, des centres de restauration ultramodernes et des espaces interactifs qui immergent le visiteur dans la magie de l’Égypte ancienne grâce à une approche muséographique contemporaine. Une vitrine de stabilité politique et de rayonnement culturel Mais la portée symbolique de cet événement dépasse le cadre culturel ou architectural : le Grand Musée Égyptien incarne la stabilité politique, sécuritaire et économique du pays, et reflète son succès à bâtir un environnement propice à la création, à la science et au tourisme. Il témoigne que l’Égypte ne construit pas seulement des pierres, mais une conscience, une identité et une place durable parmi les nations. Un tournant pour le tourisme mondial vers l’Égypte L’ouverture de ce musée devrait également marquer un tournant dans l’histoire du tourisme mondial vers l’Égypte. Les experts anticipent une hausse sans précédent du nombre de visiteurs venant des quatre coins du monde pour admirer, dans un cadre moderne et immersif, les trésors de la civilisation pharaonique. Une expérience culturelle et humaine universelle Le Grand Musée Égyptien n’est donc pas une simple destination touristique : c’est une expérience culturelle et humaine, une invitation à contempler le génie du peuple égyptien et à reconnaître la profondeur de sa contribution à l’édifice de la civilisation universelle. Le Caire, capitale d’un modèle fondé sur la connaissance et la tolérance À travers cette inauguration, l’Égypte adresse au monde un message plus fort que tous les discours politiques. Alors que certains régimes continuent de justifier l’occupation, la guerre et la spoliation des peuples, Le Caire propose un modèle fondé sur le savoir, la culture et la tolérance. Elle rappelle ainsi que la vraie puissance se mesure à la capacité de bâtir, non de détruire ; que la civilisation se fonde sur la connaissance et l’humanité, non sur la domination. Le message éternel de l’Égypte : civilisation, paix et universalité L’ouverture du Grand Musée Égyptien est, enfin, une proclamation renouvelée de l’immortalité du message égyptien : un message d’universalité et de paix.Car l’Égypte n’a jamais été isolée du monde ; elle fut toujours le carrefour des peuples, le berceau des cultures et le phare de la pensée humaine. Depuis le cœur du Caire, où se côtoient les pyramides antiques et les symboles de la modernité, l’Égypte envoie aujourd’hui au monde un message unique :sa civilisation demeure, son humanité se renouvelle, et sa paix reste une invitation éternelle adressée à tous les peuples.

15 Nov 2025 Lire la suite
COP30 : Un tournant décisif pour l’action et la gouvernance climatiques
Climat & Transition Écologique

COP30 : Un tournant décisif pour l’action et la gouvernance climatiques

La 30ème Conférence des Parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui se tiendra du 10 au 21 novembre 2025 à Belém, au Brésil, représente bien plus qu’une simple échéance dans l’agenda diplomatique international. Par sa localisation symbolique aux portes de l’Amazonie, poumon vital de la planète et réservoir majeur de biodiversité, cette conférence est un appel pressant à une action climatique refondée, ambitieuse et équitable. Dans un contexte de crises géopolitiques multiples, d’érosion du multilatéralisme et de montée des périls climatiques, la COP30 constitue un test de vérité pour la crédibilité de l’Accord de Paris et la capacité de la communauté internationale à transformer ses engagements en actions concrètes. Le pôle Développement Durable Nexus de l’IIEG livre ici son analyse des enjeux et formule des propositions pour faire de ce sommet un succès tangible, en plaçant la préservation des forêts au cœur de la solution. Un multilatéralisme climatique à l’épreuve des crises La COP30 s’ouvre dans un climat de défiance. Les tensions géopolitiques, exacerbées par les conflits et une concurrence économique agressive, ont relégué l’urgence climatique au second plan des priorités politiques [1]. L’architecture de la gouvernance climatique, conçue pour la coopération, est devenue une arène de rivalités, sapant la confiance et ralentissant la mise en œuvre des engagements. Cette érosion du multilatéralisme se manifeste à plusieurs niveaux cruciaux pour le succès de la conférence.   L’ambition au point mort : Le défi des Contributions Déterminées au niveau National (NDC) L’enjeu principal de la COP30 est la soumission de la troisième génération de Contributions Déterminées au niveau National (NDC 3.0), qui doivent définir les efforts de réduction d’émissions des pays à l’horizon 2035. Ces plans d’action sont le cœur du mécanisme de rehaussement progressif de l’ambition de l’Accord de Paris. Or, le constat est alarmant : à l’approche de l’échéance, une majorité de pays, y compris certains des plus grands émetteurs du G20, n’ont pas soumis de contributions alignées sur une trajectoire de 1,5°C [2]. Le rapport de synthèse de la CCNUCC indique que les engagements actuels, même s’ils étaient pleinement mis en œuvre, nous mèneraient vers un réchauffement catastrophique de près de 3°C d’ici 2100 [1]. Ce déficit d’ambition n’est pas seulement un échec technique ; il est le symptôme d’une crise politique profonde où les intérêts nationaux à court terme et la polarisation politique interne priment sur la responsabilité collective.   Le mur du financement Le deuxième pilier chancelant est celui du financement climatique. La COP30 doit voir l’adoption d’un Nouvel Objectif Collectif Quantifié (NCQG) pour remplacer l’objectif de 100 milliards de dollars par an, qui n’a jamais été pleinement atteint ni suffisant. Les besoins sont immenses, estimés à plusieurs milliers de milliards de dollars par an. Les négociations butent sur le montant, les sources (publiques, privées), la répartition entre atténuation et adaptation, et les conditions d’accès pour les pays en développement. Sans un accord ambitieux et crédible sur le NCQG, les pays du Sud n’auront ni les moyens ni la confiance nécessaires pour accélérer leur transition, creusant davantage la fracture Nord-Sud. Enjeu de la COP30 État des lieux (Novembre 2025) NDC 3.0 Troisième cycle d’engagements climatiques nationaux (horizon 2035). Majorité des pays en retard ; ambition globale très insuffisante pour l’objectif de 1,5°C. Financement (NCQG) Nouvel objectif de financement climat post-2025. Négociations difficiles sur le montant (objectif de 1 300 Md$/an évoqué) et les modalités. Bilan Mondial Le premier bilan (GST) a conclu à un déficit majeur d’action et d’ambition. Les NDC 3.0 doivent intégrer les conclusions du GST, notamment la sortie des énergies fossiles. Adaptation & Pertes Opérationnalisation du cadre pour l’Objectif Global d’Adaptation et financement du fonds pour les Pertes et Préjudices. Manque de financements dédiés et de métriques claires pour l’adaptation.   L’impératif forestier : De la crise aux propositions concrètes face à cette gouvernance climatique en crise, la thématique des forêts, mise en avant par la présidence brésilienne, offre une opportunité unique de réaligner les discours et les actions. Les forêts ne sont pas une simple composante de la solution climatique ; elles en sont une condition sine qua non. Elles absorbent près de 16 milliards de tonnes de CO2 par an et abritent 80% de la biodiversité terrestre [3]. Pourtant, la crise forestière mondiale s’aggrave. En 2024, le monde a perdu 8,1 millions d’hectares de forêts, un chiffre en augmentation et 63% supérieur à la trajectoire requise pour atteindre l’objectif de zéro déforestation en 2030 [4]. Les subventions néfastes à l’agriculture et autres industries destructrices dépassent de plus de 200 fois les financements verts pour la protection des forêts [4]. Cette hémorragie, si elle n’est pas stoppée, rendra vains tous les autres efforts de décarbonation. L’initiative phare de la COP30, le “Tropical Forests Forever Facility” (TFFF), lancée par le Brésil, vise précisément à inverser cette logique économique destructrice. En cherchant à mobiliser 125 milliards de dollars pour rémunérer les pays qui protègent leurs forêts, ce fonds représente un changement de paradigme [5]. Fort de ce constat, le pôle Développement Durable Nexus de l’IIEG avance quatre propositions concrètes pour faire de la COP30 un tournant pour les forêts et le climat :   Consolider et universaliser le “Tropical Forests Forever Facility” (TFFF) Le TFFF est une avancée majeure, mais son succès dépend d’un engagement financier rapide et massif. Proposition : Nous appelons les pays du G20, en particulier ceux qui n’ont pas encore contribué, à s’engager à hauteur d’au moins 50% de l’objectif de 25 milliards de dollars de fonds d’amorçage avant la fin de la COP30. Il est impératif d’établir une gouvernance transparente pour le fonds, co-pilotée par les pays donateurs et les pays forestiers, avec une représentation forte de la société civile et des peuples autochtones pour garantir une allocation équitable et efficace des ressources.   Intégrer des objectifs forestiers contraignants et vérifiables dans les NDC 3.0 Les forêts sont souvent le parent pauvre des contributions nationales. Proposition : L’IIEG propose le développement, sous l’égide de la CCNUCC, d’un module standardisé et obligatoire pour les NDC 3.0, dédié à la protection et à la restauration des forêts. Ce module devrait inclure des objectifs quantifiés (ex: réduction de X% de la déforestation brute d’ici 2035), des indicateurs de suivi basés sur des données satellitaires harmonisées, et un plan de financement associé, liant directement les objectifs forestiers aux stratégies climatiques nationales.   Sanctuariser le rôle et les droits des communautés autochtones et locales Les communautés autochtones et locales sont les gardiens les plus efficaces des forêts, protégeant 80% de la biodiversité mondiale sur seulement 25% des terres [6]. Le TFFF prévoit de leur allouer 20% des fonds, ce qui est un premier pas. Proposition : Nous recommandons la création de mécanismes de financement direct qui contournent les lourdeurs administratives nationales pour acheminer les fonds vers les communautés. Parallèlement, la COP30 doit catalyser un mouvement mondial pour la sécurisation juridique de leurs terres et territoires, condition sine qua non de leur action de protection. L’objectif devrait être de doubler la part des financements climatiques qui leur parviennent directement d’ici 2030.   Réformer en profondeur les marchés carbone forestiers (Article 6 et REDD+) Les mécanismes de crédits carbone forestiers, comme REDD+, ont été minés par des scandales de “greenwashing” et un manque d’intégrité environnementale [7]. L’Article 6 de l’Accord de Paris offre une chance de repartir sur des bases saines. Proposition : L’IIEG appelle à l’adoption à la COP30 de règles strictes pour les crédits carbone forestiers sous l’Article 6, garantissant : L'additionnalité et la permanence des réductions d’émissions ; l’absence de double comptage ; des lignes de base de déforestation conservatrices et scientifiquement validées ; et un partage juste et équitable des revenus avec les gouvernements et les communautés locales. Tout crédit ne respectant pas ces critères doit être exclu des marchés de conformité. De la recherche à l’action : L’expertise de l’IIEG incarnée par Yann FORTUNATO CEO de Racines de France. Au-delà de l’analyse et des recommandations politiques, le pôle Nexus de l’IIEG s’engage à promouvoir et à s’inspirer de solutions concrètes émanant du terrain. L’action des chercheurs affiliés à notre institut illustre cette transition de la théorie à la pratique. Un exemple probant est celui de Yann Fortunato, conseil forestier et dirigeant de Racines de France, une entreprise à mission qui incarne la nouvelle économie forestière que nous appelons de nos vœux [8]. Partant du principe qu’« un arbre vivant doit avoir plus de valeur qu’un arbre coupé », Yann Fortunato et ses équipes développent des modèles sylvicoles et agroforestiers qui régénèrent les écosystèmes tout en créant une valeur économique durable. Cette approche holistique est mise en œuvre à travers des démonstrateurs, véritables laboratoires à ciel ouvert suivis par le monde scientifique Le projet « Les Arches Castriotes », situé en France à Castries près de Montpellier (34), en est une parfaite illustration. Sur une ancienne friche viticole de 5 hectares, plus de 2000 arbres de 36 essences différentes ont été plantés pour créer un écosystème agroforestier résilient, captant du carbone, restaurant la biodiversité, la santé des sols et le cycle de l’eau [9]. L’initiative porte une vision d’économie régénérative de territoires au bénéfice de la résolution du besoin d’autonomie nutritionnelle et de santé globale. Cette initiative, qui s’inscrit dans un écosystème d’acteurs incluant des partenaires scientifiques et des organisations de premier plan démontre par la preuve qu’une gestion forestière et agroforestière innovante est non seulement possible, mais également souhaitable. Puisque l’agriculture est responsable de 80 % de la déforestation mondiale, il convient de proposer des modèles protecteurs des forêts mondiales résiduelles mais aussi des propositions inspirantes pour renouer des liens forts entre la présence de l’arbre dans les territoires et les agricultures. Le déploiement de l’agroforesterie dont Les Arches Castriotes par la voie de Yann FORTUNATO sont un exemple inspirant dans le monde. Elle constitue un modèle inspirant, reproductible à plus grande échelle, qui peut guider les investissements et les politiques publiques que la COP30 doit catalyser.   Perspectives La COP30 à Belém ne peut se permettre d’être une nouvelle étape dans la “géopolitique de la procrastination climatique”. L’urgence écologique, couplée à la crise de la gouvernance mondiale, exige une rupture. En se focalisant sur des actions tangibles et financées pour les forêts, la communauté internationale peut non seulement s’attaquer à une source massive d’émissions et de perte de biodiversité, mais aussi reconstruire la confiance dans le processus multilatéral. Le succès de Belém ne se mesurera pas à la longueur de ses déclarations finales, mais à la solidité des engagements financiers pour le TFFF, à l’ambition des objectifs forestiers dans les NDC, et à la reconnaissance effective du rôle des gardiens de la forêt. C’est à cette aune que l’histoire jugera si la COP30 fut un mirage de plus dans le désert de l’inaction, ou le début d’une véritable bifurcation écologique.   Références [1] Institut Montaigne. (2025). COP30 : le multilatéralisme sur la corde raide. https://www.institutmontaigne.org/expressions/cop30-le-multilateralisme-sur-la-corde-raide [2] CITEPA. (2025). Notre guide des négociations pour mieux comprendre la COP-30. https://www.citepa.org/guide-du-citepa-des-enjeux-de-la-cop-30-lessentiel-pour-comprendre-le-contexte-des-negociations/ [3] Woodwell Climate Research Center. (2024). Global forest carbon storage, explained. https://www.woodwellclimate.org/global-forest-carbon-storage-explained/ [4] Forest Declaration Assessment. (2025). Forest Declaration Assessment 2025. https://forestdeclaration.org/resources/forest-declaration-assessment-2025/ [5] UN News. (2025). New Brazil-led fund aims to put forest protection at the heart of climate action. https://news.un.org/en/story/2025/11/1166290 [6] The Guardian. (2025). How could Tropical Forest Forever fund proposed at Cop30 tackle deforestation?. https://www.theguardian.com/environment/2025/nov/06/tropical-forest-forever-fund-proposed-cop30-tackle-climate-change [7] WeDemain. (2025). COP30 : le Brésil peut-il sauver les forêts sans greenwashing. https://www.wedemain.fr/sauver-la-planete/actions-ecologiques/cop30-le-bresil-peut-il-sauver-les-forets-sans-greenwashing-1142537 [8] Racines de France. (2025). Accueil. https://www.racinesdefrance.com/ [9] Racines de France. (2025). Les Arches Castriotes. https://www.racinesdefrance.com/project/les-arches-castriotes/

11 Nov 2025 Lire la suite
Géopolitique et Routes Commerciales dans un Monde VUCA : Évolutions, Projections et Stratégies de Résilience
Géopolitique & Stratégie

Géopolitique et Routes Commerciales dans un Monde VUCA : Évolutions, Projections et Stratégies de Résilience

L’épisode COVID-19 a mis en évidence les failles et faiblesses d’une spécialisation et d’une mondialisation trop poussées du monde, et a remis sur le devant de la scène des concepts que l’on pensait dépassés : régionalisation, souveraineté, résilience, robustesse de la chaîne d’approvisionnement, disponibilité des intrants. Les tensions géopolitiques, conséquence de la recherche d’un nouvel équilibre mondial lui-même fruit de l’évolution des rapports de force idéologique, économique, et démographique, sont venues exacerber cette nouvelle réalité pour certains, conforter l’évidence pour les autres. Dans cette étude, nous allons approfondir la réflexion sur les routes commerciales et leurs imbrications dans la géopolitique du monde. Cette étude se décompose en trois volets : le premier traitera des facteurs “hard”, en l’occurrence la géographie, la démographie, et brossera une brève fresque sur l’histoire des routes commerciales ; le deuxième se concentrera sur les routes modernes et la situation qui prévaut à l’heure actuelle ; le troisième et dernier volet s’attachera sur les évolutions à prévoir et sur la manière idoine de se positionner dans cette nouvelle cartographie des routes commerciales. Volet 1 : Le Hard et l’Histoire des Routes Commerciales 1.1 Les Invariants Géographiques et Démographiques Le monde, d’un point de vue géographique, se découpe en deux univers interdépendants : la terre pour 29% et l’océan pour 71%. L’hémisphère nord (255 millions de km²) concentre la majorité (66%) des terres émergées, néanmoins son centre géographique en l’occurrence le pôle nord et ses alentours (Alaska et Sibérie orientale) représente des zones non habitables et donc une fracture qui sépare l’Amérique de l’Eurasie-Afrique. L’hémisphère sud dispose du tiers restant (50 millions de km²) équivalent à 19% de sa superficie, l’Antarctique (14 millions de km²) en représente une partie inhabitable importante. De ce constat géographique, le monde de la terre se compose de deux blocs majeurs : L’île monde Amérique Le monde continental formé de l’Eurasie et de son extension vers le sud, l’Afrique subsaharienne La perspective démographique nous enseigne que 90% de la population mondiale se trouve dans l’hémisphère nord le long de ce que nous appellerons le corridor optimum du vivant, c’est-à-dire le corridor présentant les conditions les plus favorables au vivant en termes de climat, d’accès à l’eau, et à des terres arables ou pastorales. Cette population se répartit grossièrement selon un axe majeur d’est en ouest compris entre le tropique du cancer et le 60ème parallèle nord. 1.2 Facteurs Complémentaires à l’Échelle des Nations À la suite de ces invariants géographiques et démographiques, il est utile à l’échelle des nations d’introduire deux notions supplémentaires : Le degré d’ouverture des pays entre États enclavés, États ouverts aux mers, États îles Le degré d’autosuffisance des nations entre les pays riches en ressources naturelles et producteurs, les pays consommateurs et pauvres en ressources, et les pays carrefours à vocation marchande Nous clôturerons cette introduction à notre problématique par une caractéristique importante à caractère évolutif en fonction du temps : c’est l’appartenance à une aire civilisationnelle ou culturelle spécifique et/ou différenciée qui aura tendance à gommer ou accentuer l’impact de l’ADN géographique. 1.3 Fresque Historique des Routes Commerciales L’Histoire nous enseigne que l’humanité a débuté sa croissance sur la base de noyaux de vie autonomes et que les échanges et routes commerciales étaient quasi inexistants. Il a fallu attendre la naissance au troisième millénaire avant J.-C. des foyers de civilisations en Chine, dans l’Indus, en Mésopotamie, et en Égypte pour qu’apparaissent les premiers échanges et routes intra-civilisationnelles s’appuyant principalement sur les cours d’eau. La route de l’encens (vers 1800 av. J.-C.) apparaît comme la première route commerciale connue et relie par voie maritime le sous-continent indien et la péninsule arabique. Elle se développe grâce aux caravanes de chameaux jusqu’à atteindre la Mésopotamie et l’Égypte via la ville de Petra en Jordanie qui devient un important carrefour commercial vers la Méditerranée orientale. La route de la soie apparaît vers 200 av. J.-C., elle ouvre la porte aux échanges entre l’empire chinois qui détient le secret de sa fabrication et le Moyen-Orient via Samarcande. L’empire romain vers 30 av. J.-C. reprend à son compte le passé, remonte le Nil, se met en contact avec le royaume d’Aksoum qui maîtrise la navigation en haute mer, court-circuite la péninsule arabique et relie ainsi le bassin méditerranéen à l’Inde. Il double cette route par la terre via l’empire parthe et ultérieurement l’empire sassanide pour rejoindre Samarcande et la Chine. Rome est remplacée par Constantinople qui devient le nouveau carrefour commercial entre l’occident et l’orient. La première globalisation du monde connu se confond avec l’expansion du monde arabo-musulman. À la bataille de Talas en 751 ap. J.-C., ils défont les Chinois, s’approprient les secrets de la soie et du papier alors que les Chinois se détournent des routes terrestres pour se concentrer sur les routes maritimes jugées plus sûres et avec moins d’intermédiaires, et ouvrent leurs ports aux étrangers. Les Arabes saisissent l’opportunité et s’imposent au centre du vaste réseau commercial terrestre et maritime, unissant l’orient à l’occident et le nord au sud. L’Afrique est incorporée au cours du Xème siècle via les échanges d’or, d’esclaves, et d’ivoire. L’époque des croisades voit les républiques italiennes prendre à leur compte le commerce entre le Proche-Orient et l’Europe. La première globalisation mondiale voit le jour avec l’invention de la caravelle, la redécouverte des Amériques par les Espagnols, et l’ouverture de la route des Indes via le cap de Bonne-Espérance par les Portugais. L’empire ottoman et sa capitale Constantinople perdent le monopole du commerce. Le monde est partagé entre les vainqueurs, le méridien de Tordesillas et son équivalent en Asie du Sud-Est délimitent les zones d’influences respectives. La suite se confond avec les reconfigurations impériales, l’Angleterre et la France assurent la première succession, les USA prennent le relais au XXème siècle et garantissent la pax americana sur toutes les routes commerciales. Les accords du GATT puis de l’OMC parachèvent le mouvement pour aboutir à la configuration actuelle. Volet 2 : Où en Sommes-Nous ? État des Lieux du Commerce Mondial La configuration actuelle des routes commerciales est le produit de cette histoire millénaire, mais elle est aujourd’hui mise à rude épreuve par une succession de crises qui en révèlent les fragilités structurelles et remettent en question les équilibres établis. 2.1 Les Artères Vitales du Commerce Actuel Le transport maritime demeure la colonne vertébrale du commerce mondial, confirmant la prédominance naturelle imposée par la fracture Terre/Océan identifiée dans nos invariants géographiques. Il assure près de 90% du volume des marchandises échangées dans le monde [1], une proportion qui n’a cessé de croître depuis l’avènement de la conteneurisation dans les années 1960. Les flux se concentrent aujourd’hui sur trois routes principales qui connectent les grands bassins du “corridor optimum du vivant” : La route Asie-Europe constitue l’axe le plus fréquenté au monde. Elle traverse le détroit de Malacca, l’océan Indien, la mer Rouge et le canal de Suez avant d’atteindre la Méditerranée. Le canal de Suez, infrastructure stratégique de 193 km de long, voit transiter environ 12% du commerce mondial et 22% du trafic de conteneurs [2]. Cette route illustre parfaitement la connexion vitale entre le “monde continental Eurasie-Afrique” et les marchés européens. La route Trans-Pacifique connecte la Chine et l’Asie de l’Est à la côte ouest de l’Amérique du Nord, matérialisant les échanges entre le “monde continental” et “l’île monde Amérique”. Cette route a pris une importance considérable avec l’essor économique de la Chine et son intégration dans les chaînes de valeur mondiales. La route Trans-Atlantique, historiquement centrale depuis les grandes découvertes, continue de relier l’Europe et l’Amérique du Nord, bien que son importance relative ait diminué avec la montée en puissance de l’Asie. 2.2 Les “Choke Points” : Zones de Friction Géopolitique Ces routes dépendent de points de passage stratégiques dont la perturbation peut paralyser le commerce mondial, confirmant l’importance historique du contrôle des carrefours commerciaux. Ces “choke points” (points d’étranglement) sont devenus des enjeux géopolitiques majeurs. Point d’Étranglement Contexte de Crise Impact sur le Commerce Canal de Suez / Mer Rouge Attaques des Houthis depuis fin 2023 suite au conflit Gaza-Israël Chute de 60% du trafic en 2024. Perte de revenus de 62% pour l’Égypte (3,6 Md USD). Déviation par le Cap de Bonne-Espérance (+10-15 jours) [3] Canal de Panama Sécheresse historique liée au changement climatique Réduction drastique du nombre de transits quotidiens, affectant une route qui pèse 3% du commerce maritime mondial Détroit d’Ormuz Tensions géopolitiques récurrentes avec l’Iran Point de passage vital pour environ 20% de la consommation mondiale de pétrole Détroit de Malacca Piraterie, forte densité de trafic et tensions sino-américaines Route incontournable pour le commerce entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient L’exemple le plus marquant de cette vulnérabilité reste le blocage du canal de Suez par le porte-conteneurs Ever Given en mars 2021. Cet incident, qui a duré six jours, a illustré de manière spectaculaire la fragilité du système commercial mondial, avec un coût estimé entre 5 et 9 milliards de dollars par jour pour le commerce international [2]. Plus de 400 navires ont été bloqués, créant des perturbations en cascade dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. 2.3 Les Nouvelles Logiques et Routes Émergentes Face à ces tensions et vulnérabilités, de nouvelles dynamiques se développent, rappelant les grandes reconfigurations historiques des routes commerciales analysées dans le Volet 1. Les “Nouvelles Routes de la Soie” (Belt and Road Initiative - BRI) représentent la tentative chinoise la plus ambitieuse de recréer les anciens réseaux terrestres tout en développant des routes maritimes alternatives. Lancé en 2013 par le président Xi Jinping, ce projet d’infrastructures a déjà mobilisé plus de 900 milliards de dollars d’investissements dans plus de 150 pays [4]. En 2024, un record de 70,7 milliards de dollars en contrats de construction a été signé. Cette initiative vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement chinoises, à réduire la dépendance aux routes maritimes traditionnelles contrôlées par les puissances occidentales, et à étendre l’influence géopolitique de Pékin. La Route Maritime du Nord (Arctique) illustre comment le changement climatique peut littéralement redessiner la géographie commerciale mondiale. La fonte des glaces arctiques ouvre progressivement une nouvelle voie maritime le long de la côte sibérienne, potentiellement révolutionnaire pour les échanges entre l’Asie et l’Europe. Bien que le trafic ait atteint un record en 2024 avec près de 38 millions de tonnes, il reste encore 12 fois inférieur à celui de Suez [5]. Cette route, activement promue par la Russie et soutenue par la Chine, pourrait réduire de 40% la distance entre l’Asie et l’Europe, mais elle soulève d’importantes questions environnementales et géopolitiques, notamment dans le contexte des sanctions occidentales contre la Russie. La Régionalisation des échanges marque un retour aux logiques de proximité géographique et d’affinités culturelles, confirmant l’importance du facteur civilisationnel identifié dans notre analyse. En réaction à l’hyper-mondialisation et à ses fragilités, les échanges intrarégionaux s’intensifient. Ils représentent désormais plus de 70% des flux commerciaux en Europe et dépassent 50% en Asie [6], créant des chaînes de valeur plus courtes, plus résilientes et moins exposées aux chocs géopolitiques mondiaux. Volet 3 : Où Allons-Nous et Comment Assurer la Résilience ? Projections et Stratégies L’avenir des routes commerciales se dessine dans un environnement où l’incertitude géopolitique est devenue la nouvelle norme. Pour les entreprises et les États, l’enjeu n’est plus seulement d’optimiser les coûts et l’efficacité, mais de construire une résilience capable d’anticiper, d’absorber et de s’adapter aux chocs multiples. 3.1 Tendances Structurelles à Anticiper Une augmentation des crises et des perturbations : Dans un contexte de raréfaction des ressources, de transition énergétique, d’accélération technologique, d’accroissement de la population et de la demande mondiale, et de déclin de la puissance dominante garante de l’équilibre, il est hautement probable que le rééquilibrage mondial se traduira par des déséquilibres et des crises de plus en plus violentes. Vers une “Slowbalisation” Fragmentée : Nous assistons à un ralentissement et à une fragmentation de la mondialisation. La croissance du commerce mondial devrait se stabiliser autour de 2% par an jusqu’en 2028 [7], bien en deçà des taux de croissance des décennies précédentes. Cette “slowbalisation” s’accompagne d’une réorganisation autour de blocs géopolitiques et d’affinités civilisationnelles, confirmant l’importance du facteur culturel identifié dans le Volet 1. Les entreprises devront naviguer dans un système où les normes douanières, environnementales et techniques varient d’une région à l’autre. La Sécurité avant le Coût : Le paradigme du “juste-à-temps”, qui a dominé la logistique mondiale pendant des décennies, cède progressivement la place à une logique du “juste-au-cas-où”. Cette transformation privilégie la diversification des sources d’approvisionnement, la constitution de stocks de sécurité et la flexibilité opérationnelle à l’optimisation pure des coûts. Les entreprises acceptent désormais de payer une “prime de résilience” pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. L’Accélération Technologique : L’intelligence artificielle, l’Internet des Objets (IoT) et la blockchain offrent des outils puissants pour améliorer la visibilité, la traçabilité et la gestion prédictive des chaînes d’approvisionnement. Ces technologies permettent une gestion des risques plus proactive et une capacité de réaction plus rapide aux perturbations. 3.2 Stratégies de Résilience pour les Entreprises Pour bâtir une résilience accrue, les entreprises doivent adopter une approche multidimensionnelle qui combine diversification géographique, innovation technologique et agilité organisationnelle. Cartographier et Diversifier la Chaîne d’Approvisionnement : Il est devenu crucial pour les entreprises de ne plus dépendre d’un seul fournisseur ou d’une seule région géographique. Cette diversification passe par une connaissance fine de l’ensemble de la chaîne, y compris les fournisseurs de rang 2 et 3, pour identifier les points de vulnérabilité cachés. Les entreprises doivent utiliser des solutions logicielles avancées pour obtenir cette visibilité complète et développer des stratégies de sourcing alternatives. L’approche “Chine + 1” illustre parfaitement cette stratégie. Elle consiste non pas à quitter la Chine, mais à développer une source d’approvisionnement alternative dans un pays tiers (Vietnam, Inde, Mexique, Turquie) pour répartir les risques géopolitiques et opérationnels. Cette stratégie permet de maintenir les avantages de l’écosystème industriel chinois tout en se prémunissant contre les perturbations. Régionaliser et Raccourcir (Nearshoring/Reshoring) : La tendance au rapprochement géographique de la production s’accélère. Les entreprises réévaluent leur coût total de possession (TCO) en intégrant les coûts cachés : risques géopolitiques, délais de transport, coûts de stockage, impact environnemental et flexibilité opérationnelle. L’exemple d’IKEA illustre cette transformation. Le géant suédois du meuble a décidé de déplacer une partie de sa production d’Asie vers la Turquie pour mieux servir le marché européen. Cette décision fait suite à la multiplication par six des coûts de fret par conteneur depuis l’Asie pendant la pandémie (de 2 000 à 12 000 dollars) [8]. La Turquie, par sa position géographique stratégique entre l’Europe et le Moyen-Orient, offre un compromis optimal entre coûts de production et proximité des marchés finaux. Investir dans la Technologie pour la Visibilité et l’Agilité : Les entreprises leaders investissent massivement dans des technologies qui leur permettent d’anticiper et de réagir plus rapidement aux perturbations. La blockchain révolutionne la traçabilité des produits et la simplification des procédures douanières. L’exemple de Walmart est particulièrement éclairant : l’entreprise utilise la blockchain pour tracer ses produits alimentaires, lui permettant de remonter à la source d’une contamination en quelques secondes au lieu de plusieurs jours. Cette capacité de traçabilité instantanée réduit considérablement les coûts liés aux rappels de produits et améliore la sécurité des consommateurs. L’intelligence artificielle permet une modélisation prédictive des risques et une optimisation dynamique des stocks et des routes. Les algorithmes peuvent analyser en temps réel des milliers de variables (conditions météorologiques, tensions géopolitiques, mouvements de prix) pour recommander des ajustements proactifs. 3.3 Recommandations pour la Gouvernance Mondiale du Commerce La fluidité du commerce ne dépend pas uniquement des stratégies d’entreprises. Les acteurs publics ont un rôle crucial à jouer pour créer un environnement stable et prévisible, rappelant l’importance historique de la “pax” (romaine, britannique, puis américaine) pour sécuriser les routes commerciales. Renforcer la Coopération sur les “Choke Points” : Face à la multiplication des crises affectant les points de passage stratégiques, il devient urgent de promouvoir des statuts internationaux garantissant la neutralité et la sécurité de ces infrastructures vitales. L’opération “Gardien de la Prospérité” lancée par les États-Unis en Mer Rouge en 2024 illustre cette nécessité, mais elle doit évoluer vers des missions de surveillance véritablement multilatérales pour être acceptées par tous les acteurs du commerce mondial. Harmoniser et Digitaliser les Procédures : L’accélération de l’adoption de standards de données communs et de documents numériques (connaissement électronique, e-CMR, certificats d’origine digitaux) permettrait de fluidifier considérablement le passage aux frontières, de réduire les coûts administratifs et d’améliorer la traçabilité des marchandises. Cette digitalisation est d’autant plus urgente que les contrôles douaniers se complexifient avec la multiplication des réglementations environnementales et de sécurité. Investir dans des Infrastructures Alternatives et Redondantes : Pour réduire la dépendance aux routes maritimes traditionnelles et aux “choke points” vulnérables, il est essentiel de soutenir le développement de corridors multimodaux (rail-route-mer) qui offrent des alternatives crédibles. Le “Middle Corridor” (passant par l’Asie centrale, la mer Caspienne et le Caucase) et l’“India-Middle East-Europe Economic Corridor (IMEC)” annoncé lors du G20 de 2023 représentent des opportunités stratégiques pour diversifier les flux et contourner les zones d’instabilité. Ces projets, bien que moins médiatisés que les Nouvelles Routes de la Soie chinoises, pourraient offrir des alternatives géopolitiquement plus neutres.   Vers une Nouvelle Géopolitique des Flux Cette analyse confirme que les invariants géographiques et démographiques identifiés dans le Volet 1 continuent de structurer fondamentalement les échanges mondiaux, mais leur expression évolue profondément sous l’effet des tensions géopolitiques, des innovations technologiques et des impératifs environnementaux. L’âge d’or d’une mondialisation fluide et optimisée, garantie par la pax americana et encadrée par des institutions multilatérales stables, semble définitivement révolu. Nous entrons dans une ère de compétition géopolitique où la maîtrise des flux redevient un attribut central de la puissance, rappelant les leçons millénaires de l’histoire des routes commerciales. Cette transformation ne signifie pas la fin de la mondialisation, mais plutôt son évolution vers un système plus fragmenté, plus régionalisé et plus résilient. Les routes commerciales de demain seront probablement plus diversifiées, plus technologiques et plus respectueuses de l’environnement, mais aussi plus politisées et plus instrumentalisées. Pour les entreprises, la résilience n’est plus une option mais une condition de survie dans ce nouvel environnement. Celles qui réussiront seront celles qui sauront transformer cette nouvelle donne en avantage compétitif, en bâtissant des chaînes d’approvisionnement non seulement efficaces et optimisées, mais surtout diversifiées, agiles, intelligentes et durables. L’histoire nous enseigne que chaque grande reconfiguration géopolitique a redessiné la carte des routes commerciales. Nous vivons probablement aujourd’hui l’une de ces reconfigurations majeures, dont les contours définitifs ne se dessineront qu’au cours des prochaines décennies. Les acteurs qui sauront anticiper et s’adapter à cette transformation seront les gagnants de la prochaine ère du commerce mondial. Dans cet univers VUCA, la clé de la résilience résidera dans la capacité d’adaptation. Les routes commerciales continueront d’être les artères du monde, mais leur trajectoire dépendra désormais moins de la géographie que de la stratégie. La puissance, demain, appartiendra non pas à celui qui contrôle la mer, mais à celui qui saura anticiper les tempêtes. Références [1] Musée National de la Marine, “Infographie : les chiffres-clés des échanges maritimes”, 2023. [2] CNUCED, “Étude sur les transports maritimes 2024 - Points de passage maritimes stratégiques : naviguer entre les écueils”, 2024. [3] Direction générale du Trésor, “Le trafic du canal de Suez : d’une crise à l’autre”, 26 août 2025. [4] Green Finance & Development Center, “China Belt and Road Initiative (BRI) Investment Report 2024”, 27 février 2025. [5] Mer et Marine, “Russie : le trafic sur la route maritime du nord a augmenté en 2024”, 8 janvier 2025. [6] Organisation Mondiale du Commerce, “Rapport sur le commerce mondial 2024”, 2024. [7] CNUCED, “Perspectives du commerce maritime mondial 2025”, septembre 2025. [8] Reuters, “IKEA to shift more production to Turkey to shorten supply chain”, 6 octobre 2021.

05 Nov 2025 Lire la suite
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Géopolitique & Stratégie

Sahara marocain : la nouvelle résolution de l’ONU place l’Union européenne à un carrefour stratégique

L’adoption, le 30 octobre 2025, de la résolution S/2025/692 par le Conseil de sécurité des Nations Unies marque une inflexion historique dans la gouvernance du dossier du Sahara marocain. En consacrant explicitement l’Initiative marocaine d’autonomie (présentée en 2007) comme la seule base sérieuse et crédible pour parvenir à une solution politique négociée, la communauté internationale a fait le choix du réalisme politique et de la paix durable. Cette évolution place l’Union européenne (UE) devant une responsabilité stratégique majeure : s’aligner sur la légitimité onusienne et sur la dynamique internationale portée par les États-Unis, les pays du Golfe, et la majorité du continent africain. Refuser cet alignement reviendrait à entretenir une ambiguïté incompatible avec les principes de cohérence et de partenariat global que l’UE revendique dans son action extérieure. Un tournant historique et juridique dans le traitement du dossier La résolution S/2025/692 ne se limite pas à proroger le mandat de la MINURSO. Elle introduit une véritable relecture du processus politique, dans un triple mouvement de clarification, de recentrage et de responsabilisation. La consécration juridique de l’Initiative marocaine d’autonomie Depuis sa présentation en avril 2007, le plan marocain d’autonomie a progressivement gagné en reconnaissance internationale. Décrit à maintes reprises par le Conseil de sécurité comme “sérieux et crédible” (Rés. 1754, 1783, 1813, 1979, 2099, 2468, 2602, 2654), il est désormais érigé en référence exclusive dans la résolution S/2025/692. Cette évolution marque la marginalisation définitive de l’option référendaire, jugée irréaliste par l’ONU depuis le rapport de James Baker II (2004)[1]. “Le référendum d’autodétermination, dans les conditions actuelles, est devenu une fiction diplomatique. L’autonomie sous souveraineté marocaine est le seul cadre viable de stabilité.” — Extrait du rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité, 2025[2]. Le texte de la résolution s’inscrit donc dans une continuité rationnelle : il consolide l’approche de “solution politique réaliste, pragmatique et durable” telle qu’exprimée dans les résolutions postérieures à 2018, mais franchit un seuil en élevant l’autonomie au rang de solution exclusive. La reconnaissance explicite du rôle de l’Algérie Autre innovation majeure : le Conseil de sécurité désigne désormais l’Algérie comme partie prenante au processus. Cette reconnaissance rompt avec la rhétorique diplomatique qui la présentait comme un simple “État voisin”. Elle entérine une lecture géopolitique du conflit fondée sur la responsabilité régionale directe et non sur une abstraction coloniale. Cette évolution met fin à une asymétrie diplomatique longtemps exploitée pour retarder le processus politique. La doctrine du réalisme politique La résolution S/2025/692 réaffirme que la solution doit être “mutuellement acceptable”, mais précise que l’autonomie “constitue la voie la plus réaliste et la plus réalisable”. Cette formulation, soutenue par les États-Unis, la France et les Émirats arabes unis, traduit la consolidation d’un consensus international autour du réalisme, à rebours des postures idéologiques du XXe siècle. Le Sahara marocain : de la diplomatie à la gouvernance territoriale Au-delà du cadre onusien, la crédibilité de la position marocaine repose sur une réalité de terrain irréfutable : celle d’un territoire en paix, structuré, et pleinement intégré au modèle de développement national. Les provinces du Sud : un modèle de stabilité et de développement Le Nouveau Modèle de Développement des Provinces du Sud, lancé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2015, a mobilisé plus de 80 milliards de dirhams autour d’axes structurants : Port atlantique de Dakhla, futur hub entre l’Afrique et l’Europe ; Parcs éoliens et solaires de Laâyoune, Boujdour et Aftissat ; Usines de dessalement de l’eau de mer et projets d’irrigation durable ; Routes et liaisons aériennes intégrant la région au réseau logistique national. Ces investissements témoignent d’une vision stratégique : faire du Sahara un pôle de croissance et un trait d’union afro-atlantique. L’ONU, la Banque mondiale et la BAD reconnaissent désormais cette trajectoire comme une réussite de développement territorial intégré[3]. Une dynamique sociale et institutionnelle L’autonomie, telle que proposée par le Maroc, s’appuie sur les principes de la Constitution de 2011 : démocratie locale, participation citoyenne et parité. Les conseils régionaux de Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab illustrent cette gouvernance inclusive, alliant identité sahraouie et responsabilité institutionnelle. La dimension euro-africaine : l’Union européenne face à un choix stratégique L’Union européenne, partenaire économique et politique majeur du Maroc, se trouve désormais à la croisée des chemins. La neutralité prudente qui caractérisait jusqu’ici sa position devient difficilement tenable au regard des réalités internationales. Cohérence politique et légitimité internationale Ignorer la nouvelle architecture juridique onusienne reviendrait pour l’UE à fragiliser sa propre crédibilité. La décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en 2023, suspendant temporairement les accords agricoles et halieutiques UE–Maroc, s’est trouvée dépassée par les évolutions diplomatiques récentes et par la reconnaissance accrue du rôle stabilisateur du Royaume dans la région[4]. Une révision politique s’impose donc : aligner la politique extérieure européenne sur la résolution 2025/692, au nom de la cohérence stratégique et du respect du multilatéralisme. Un partenariat pour la stabilité et la sécurité Le Maroc constitue aujourd’hui le principal pivot sécuritaire du flanc sud de l’Europe : coopération antiterroriste, lutte contre la migration irrégulière, contrôle maritime et énergie propre. Une clarification européenne renforcerait la sécurité collective euro-africaine, en consolidant le socle de confiance politique nécessaire à une coopération durable. Une opportunité économique et énergétique L’autonomie du Sahara créerait les conditions d’un essor économique partagé. L’intégration de la région au Gazoduc Nigeria–Maroc, à la Route Atlantique Africaine et aux corridors de l’hydrogène vert positionne le Royaume comme interface énergétique et logistique entre les deux continents. Les entreprises européennes pourraient y trouver un levier d’investissement vert, en phase avec le Pacte vert européen et la transition énergétique globale[5]. L’analyse de l’IIEG : vers une géopolitique du courage Dans sa tribune “Pour une paix durable : 50e anniversaire de la Marche Verte”, le président de l’IIEG, Khaled Hamadé, écrivait : “Le courage n’est pas de perpétuer les conflits, mais d’oser les résoudre. Le Maroc a montré la voie il y a cinquante ans. Il est temps que le monde l’accompagne sur ce chemin.”[6] Cette déclaration résume la doctrine de l’IIEG : la paix n’est pas un statu quo, c’est un choix stratégique. L’heure est venue pour les acteurs régionaux et internationaux — en premier lieu l’Union européenne — de passer du constat à l’engagement, du discours à la décision. Une opportunité historique pour l’Europe et pour la paix La résolution S/2025/692 marque le dépassement du paradigme postcolonial au profit d’une géopolitique de la responsabilité. En s’alignant sur cette dynamique, l’Union européenne aurait l’occasion de renforcer sa présence dans une région stratégique, tout en consolidant un partenariat exemplaire avec le Maroc. En définitive, il ne s’agit plus seulement d’un dossier africain, mais d’un enjeu euro-atlantique majeur : celui de la stabilité du flanc sud, de la sécurité énergétique et de la cohésion entre les deux rives. Le Maroc, par sa constance, sa légitimité et sa vision, offre à la communauté internationale une sortie honorable et durable d’un différend hérité du XXe siècle. L’IIEG continuera de suivre cette évolution et de contribuer, par ses travaux, à l’élaboration d’une diplomatie du réalisme et de la paix, fidèle à l’esprit de la Marche Verte et à la vocation universelle du Maroc.   Notes et références [1] Rapport de James Baker II au Conseil de sécurité, Nations Unies, 2004. [2] Rapport du Secrétaire général sur la situation concernant le Sahara occidental, document ONU S/2025/588. [3] Banque africaine de développement (BAD), “Le Maroc et la nouvelle économie atlantique”, Rapport 2024. [4] CJUE, Affaire T-344/19 et T-356/19, arrêt du 29 septembre 2023. [5] Ministère marocain de la Transition énergétique, “Feuille de route nationale de l’hydrogène vert”, Rabat, 2024. [6] Khaled Hamadé, “Pour une paix durable : 50e anniversaire de la Marche Verte”, Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG), octobre 2025. Pour une paix durable : 50e anniversaire de la Marche Verte et appel à la communauté internationale

04 Nov 2025 Lire la suite
Un appel à la communauté internationale au 50ème anniversaire de la Marche Verte
Géopolitique & Stratégie

Un appel à la communauté internationale au 50ème anniversaire de la Marche Verte

Marche Verte : un héritage historique au service de la paix L'année 2025 marque le cinquantième anniversaire de la Marche Verte, un événement qui, au-delà de sa signification historique pour le Royaume du Maroc, résonne aujourd'hui comme un puissant rappel de la primauté de la volonté populaire et de l'action pacifique dans la résolution des différends. Un acte pacifique fondateur : la souveraineté populaire en marche Cinquante ans après que 350 000 Marocains, munis du Coran et de leur drapeau national, ont marché pacifiquement pour réaffirmer les liens séculaires entre le peuple et le Trône, et recouvrer leur Sahara, le monde se trouve à un carrefour. Un modèle de règlement pacifique face aux tensions mondiales Face à la multiplication des conflits armés et à la persistance des tensions géopolitiques, l'esprit de la Marche Verte offre une perspective singulière : celle d'une solution politique courageuse, portée par une vision d'avenir partagée. La Marche Verte ne fut pas seulement une démonstration de ferveur patriotique ; elle fut un véritableacte de souveraineté populaire, un 'vote avec les pieds' qui a signifié au monde entier le refus de la partition et l'attachement indéfectible du Maroc à son intégrité territoriale. Aujourd'hui, alors que la communauté internationale s'accorde de plus en plus sur le fait que les guerres et les conflits ne sont pas une solution, cet événement historique prend une nouvelle dimension. Il nous incite à regarder au-delà des postures idéologiques héritées de la Guerre Froide pour embrasser des solutions pragmatiques et durables. Sahara marocain : le réalisme politique désormais reconnu La dynamique actuelle autour de la question du Sahara marocain est porteuse d'espoir. La reconnaissance par des puissances mondiales comme les États-Unis de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, et le soutien croissant de nombreux pays européens et africains au plan d'autonomie comme seule et unique base de règlement, témoignent d'un changement de paradigme. Le réalisme politique l'emporte enfin sur les fictions séparatistes. Le mythe d'un "territoire contesté" se dissipe pour laisser place à la reconnaissance d'une réalité historique, juridique et sociale : le Sahara a toujours été marocain et le restera. Il est temps pour les États hésitants de clarifier leur position Dans ce contexte, il est impératif que les pays qui n'ont pas encore clarifié leur position le fassent. Rester dans l'ambiguïté ou, pire, continuer à soutenir un groupe séparatiste sans représentativité ni avenir, c'est non seulement aller à contre-courant de l'histoire, mais c'est aussi freiner l'intégration et le développement de toute une région. Le Maghreb des peuples, uni et prospère, ne peut se construire sur la base d'un conflit artificiel entretenu par une autre époque. L'heure est venue pour toutes les nations de se joindre à cet élan de paix et de pragmatisme. Il ne s'agit pas de prendre parti pour une nation contre une autre, mais de prendre parti pour la stabilité, la sécurité et la coopération. Soutenir l’autonomie : un choix pour la stabilité et la coopération Soutenir la solution de l'autonomie sous souveraineté marocaine, c'est soutenir la seule voie viable pour garantir la dignité et le développement des populations de la région, tout en tournant définitivement la page d'un différend qui n'a que trop duré. Appel solennel à la communauté internationale En ce 50ème anniversaire de la Marche Verte, nous lançons un appel solennel à la communauté internationale. Un appel à reconnaître la justesse de la cause marocaine, mais surtout, un appel à œuvrer collectivement pour l'union des peuples et la construction d'un avenir de paix. Le courage n'est pas de perpétuer les conflits, mais d'oser les résoudre. Le Maroc a montré la voie il y a cinquante ans. Il est temps que le monde l'accompagne sur ce chemin.

24 Oct 2025 Lire la suite
La Chine impose sa norme sur la transformation des métaux stratégiques
Économie & Développement

La Chine impose sa norme sur la transformation des métaux stratégiques

Début octobre, le ministère chinois du Commerce (Mofcom) a étendu son régime de licences d’exportation aux terres rares, aimants permanents, matériaux “superdurs” et technologies associées. Nouveauté décisive : l’obligation de licence peut s’appliquer même à des biens fabriqués hors de Chine s’ils contiennent des matériaux d’origine chinoise ou des composants produits avec une technologie chinoise, un pas assumé vers l’extraterritorialité des contrôles, jusqu’ici marque de fabrique américaine. Des cabinets spécialisés détaillent une “règle des 50 %” : au-delà d’un certain seuil de contenu rare-terre chinois ou de dépendance à des procédés chinois, une autorisation de Pékin devient nécessaire, y compris pour des exportations réalisées par des acteurs non chinois. Instrument de politique d’État Cette bascule intervient alors que la Chine domine déjà l’aval de la filière : environ 70 % de la production minière mondiale de terres rares et 90 % des capacités de séparation/raffinage. Autrement dit, Pékin ne contrôle plus seulement la matière ; il réglemente l’accès au procédé qui transforme la ressource en puissance industrielle (aimants NdFeB, cibles de pulvérisation, alliages stratégiques). Les marchés l’ont compris : ces contrôles sont pensés comme des instruments de politique d’État, pas de simples mesures commerciales. La décision de licences d’exportation conditionne l’accès à la transformation, y compris lorsque la matière ou l’usine ne sont pas en Chine. La communication chinoise assume par ailleurs une logique d’escalier : après le gallium, le germanium et le graphite en 2023, voici les aimants, les poudres et des briques technologiques du dur industriel (batteries, aimantation, abrasifs, semi- conducteurs). Des industriels occidentaux, d’ASML aux grands équipementiers, disent avoir des stocks et des sources alternatives à court terme, mais reconnaissent un risque structurel si le durcissement se prolonge. De l’or noir aux terres rares Au tournant des années 2000-2010, les États-Unis et la Chine étaient à parité stratégique sur un point clé : tous deux dépendaient des importations d’hydrocarbures. La révolution du schiste a rompu cette symétrie. À partir de 2015 et surtout depuis 2019, l’équation énergétique américaine s’inverse : Washington devient exportateur net sur l’année, gagne un avantage-coût et une autonomie logistique (moindre dépendance aux routes maritimes). Pékin, lui, reste durablement importateur net de pétrole et de gaz. Sur l’énergie, l’avantage est donc aux Américains. Mais la bifurcation technologique déplace le centre de gravité. Dans l’économie des aimants haute performance, des moteurs électriques, des éoliennes, des capteurs de précision et des chaînes défense/optique/puissance, les terres rares deviennent la ressource pivot. Et sur ce terrain, l’avantage structurel est chinois. L’asymétrie ne tient pas tant au minerai qu’à l’aval : chimie, métallurgie, procédés et savoir-faire. La décision de licences d’exportation d’octobre verrouille précisément cet aval par le droit: elle conditionne l’accès à la transformation, y compris lorsque la matière ou l’usine ne sont pas en Chine. L’extraterritorialité chinoise : un palier de puissance L’extension “extraterritoriale” du contrôle chinois marque un palier de puissance car elle déplace la norme là où se joue désormais l’avantage : l’aval des matériaux critiques. Jusqu’ici apanage de Washington, l’extraterritorialité s’applique désormais aux biens fabriqués hors de Chine dès lors qu’ils incorporent matière, procédé ou propriété intellectuelle chinois. La conformité ne dépend plus seulement du pays exportateur, mais aussi de la puissance-pivot du procédé. Or cet aval alimente précisément les chaînes qui feront l’économie de la décennie : semi-conducteurs, IA, électrification, défense de haute intensité, toutes matériaux-intensives. En plaçant sous licence l’accès à ses chimies, séparations et alliages, Pékin ne décrète pas un embargo : il contrôle le tempo, peut différer ou autoriser selon ses priorités, et oblige entreprises et États à vivre à l'ère de l’extraterritorialité du droit chinois. Concrètement, c’est un levier sur la vitesse d’équipement des usines occidentales, donc sur la cadence d’adoption des technologies qui dessineront l’avantage compétitif à venir. La Maison-Blanche a vite réouvert le canal politique en maintenant une rencontre au sommet avec Xi Jinping, signe que la coercition pure ne suffit pas. Gestion des interdépendances sino-américaines En toile de fond, la surenchère tarifaire annoncée par Donald Trump – jusqu’à 100 % sur certains flux chinois – rappelle que Washington dispose d’un levier redoutable : la profondeur de son marché intérieur. Mais face à une Chine dont la puissance exportatrice irrigue des pans entiers de l’offre mondiale, l’arme douanière a un coût politique immédiat : la pression inflationniste aux États-Unis et le renchérissement des chaînes d’approvisionnement. D’ailleurs, après avoir brandi la menace, la Maison- Blanche a vite réouvert le canal politique en maintenant une rencontre au sommet avec Xi Jinping, signe que la coercition pure ne suffit pas, et que l’équation passe aussi par la gestion des interdépendances. Au fond, tout ramène à la même réalité : nous ne sommes pas dans un épisode commercial de plus, mais dans une compétition d’hégémonie. L’Amérique ancre son avantage par l’énergie, le marché et la norme ; la Chine installe le sien par les matériaux, l’aval industriel et, désormais, l’exportation de son droit. La décennie qui s’ouvre arbitrera moins une rupture qu’un duel de tempos — qui, de Washington ou de Pékin, imposera sa cadence au cœur des technologies qui feront la croissance de demain.

24 Oct 2025 Lire la suite
L’Égypte, pilier de stabilité et acteur incontournable de la paix régionale
Diplomatie & Coopération Sud-Sud

L’Égypte, pilier de stabilité et acteur incontournable de la paix régionale

Une force tranquille au cœur des turbulences régionales Dans un Moyen-Orient en proie à des mutations violentes et à des rivalités de plus en plus aiguës, l’Égypte demeure l’un des rares États à avoir su préserver une ligne de conduite fondée sur la raison, la modération et la recherche du consensus. Depuis des décennies, Le Caire s’impose comme une force tranquille : une puissance d’équilibre, héritière d’une longue tradition diplomatique façonnée par l’histoire pharaonique, la sagesse de la civilisation arabo-musulmane et l’esprit de responsabilité nationale. Une diplomatie de modération et de responsabilité Dans une période où les équilibres régionaux sont mis à rude épreuve et où les voix de la confrontation tentent d’étouffer celles du dialogue, l’Égypte réaffirme son rôle central en faveur de la paix, de la stabilité et de la souveraineté des nations. Sous la conduite du président Abdel Fattah al-Sissi, l’Égypte a su maintenir une position de principe claire et constante : celle du respect du droit international, du rejet de la violence sous toutes ses formes et de la défense de la dignité humaine. Cette posture, profondément enracinée dans l’histoire et les valeurs du peuple égyptien, traduit la conviction que la paix n’est pas une option, mais une responsabilité partagée. Le Caire, centre névralgique de la diplomatie régionale Malgré les défis considérables et les drames humains qui se déroulent à ses frontières, l’Égypte a choisi la voie de la raison et de la retenue. Elle poursuit sans relâche ses efforts diplomatiques, mobilisant ses canaux de médiation pour favoriser un cessez-le-feu global et durable, et créer les conditions d’un dialogue inclusif entre toutes les parties concernées. Au cours de ces derniers mois, Le Caire est redevenu un centre névralgique de la diplomatie régionale, accueillant chefs d’État, responsables politiques et représentants internationaux déterminés à trouver une issue à une crise d’une ampleur inédite. Par son action constante, l’Égypte a démontré que la recherche de la paix est un engagement de longue haleine, fondé sur la confiance, le respect mutuel et la vision d’un avenir commun. Aujourd’hui, alors que les tensions persistent et que les extrémismes cherchent à saboter tout progrès, l’Égypte demeure fidèle à sa vocation historique : œuvrer à la réconciliation, défendre la légitimité du dialogue et préserver la stabilité régionale. Son engagement en faveur de la paix ne relève pas d’un calcul, mais d’un devoir envers les peuples et les générations à venir. L’histoire retiendra que, dans cette phase critique, l’Égypte a tenu son rôle avec courage, sagesse et constance. Elle a su faire entendre la voix de la modération dans un monde en quête d’équilibre, qui par définition reste très fragile. Une vision stratégique intégrant développement et sécurité Loin de se limiter à une posture diplomatique, la quête de la paix s’inscrit en Égypte dans une vision stratégique globale. Le Caire comprend que la sécurité politique ne saurait être dissociée du développement économique, de la justice sociale et de la coopération régionale. C’est pourquoi l’Égypte investit dans des projets transfrontaliers – qu’il s’agisse d’énergie, d’eau, de commerce ou d’infrastructures – afin de consolider un espace de prospérité partagée. Dans cette logique, la paix devient un projet de civilisation. Elle se nourrit de l’éducation, du dialogue interreligieux, de la lutte contre l’extrémisme et de la promotion d’une culture de coexistence. Présentation de l’auteur L'article de Khaled Hamadé, Président de l’institut International d’études géopolitiques, est une analyse géopolitique qui souligne le rôle crucial et modérateur de l’Égypte dans un Moyen-Orient marqué par de fortes tensions. L’auteur met en lumière la diplomatie égyptienne, sous la direction du président Abdel Fattah al-Sissi, comme une force constante et engagée en faveur du dialogue, du respect du droit international et de la stabilité. L’article présente Le Caire comme un centre névralgique des négociations, œuvrant sans relâche pour la désescalade et la recherche de solutions pacifiques durables. Cet engagement pour la paix est porté par une voix particulièrement légitime, celle de Khaled Hamadé. En tant que président de l’Institut International d’Études Géopolitiques, son expertise est reconnue. Mais plus encore, son plaidoyer pour la paix est profondément ancré dans son expérience personnelle. Ayant lui-même subi, avec le peuple libanais, les atrocités et les souffrances de la guerre du Liban, il a consacré sa vie à œuvrer sur le chemin de la réconciliation et du dialogue. Son parcours fait de lui un homme de paix convaincu, dont les écrits ne sont pas de simples analyses, mais des témoignages puissants sur la nécessité de préférer la diplomatie à la confrontation.

14 Oct 2025 Lire la suite
France : la République au bord du gouffre ?
Géopolitique & Stratégie

France : la République au bord du gouffre ?

Une République fragilisée La France traverse aujourd’hui l’une des crises les plus graves de la Ve République. Institutions affaiblies, fractures sociales, divisions politiques : autant de signaux qui montrent que la cohésion nationale vacille. Comme le souligne Khaled Hamadé, Président de l’IIEG : « Nous assistons à un délitement progressif de l’autorité de l’État qui pourrait conduire à des conséquences irréversibles pour la stabilité de notre République. » La raison d’État, conçue pour transcender les clivages partisans, semble aujourd’hui étouffée par les calculs électoraux et les ambitions personnelles. La fragmentation politique : une instabilité chronique Depuis une décennie, le clivage gauche-droite a cédé la place à une tripolarisation durable : Une gauche sociale et écologiste, Un centre libéral pro-européen, Une droite souverainiste et identitaire. Cette configuration empêche désormais toute majorité stable. Depuis 2017, et surtout après les législatives de 2024, la France connaît une gouvernabilité impossible : dissolutions à répétition, gouvernements éphémères, motions de censure. Comme l’a observé le politologue Pascal Perrineau, l’année 2024 restera celle de « l’instabilité permanente », avec quatre gouvernements en un an Un État affaibli et isolé La crise est aussi économique. La dette publique atteint 113 % du PIB, et le déficit s’élève à 5,8 % en 2024. Ces chiffres réduisent drastiquement les marges de manœuvre budgétaires, compromettant la capacité de l’État à investir dans l’avenir. La crise est également diplomatique. La France, longtemps promotrice de l’autonomie stratégique, semble de plus en plus alignée sur Washington. Cette orientation a contribué à isoler Paris, notamment face à la Russie, et à fragiliser son rôle traditionnel de puissance d’équilibre en Europe. Une société sous tension Les Français subissent de plein fouet la hausse du coût de la vie et la crise du logement, avec plus de deux millions de demandes insatisfaites. Le baromètre du CEVIPOF confirme la défiance citoyenne : seuls 27 % font confiance au Premier ministre et à peine 16 % au Président de la République. Dans le même temps, les débats sur l’immigration et le communautarisme exacerbent le sentiment d’insécurité culturelle et identitaire, accentuant les fractures sociales. La société française est épuisée et ne croit plus aux promesses politiques. Le spectre d’un effondrement institutionnel La concentration du pouvoir entre les mains du Président, qualifiée d’hyperprésidentialisme, fragilise désormais le système qu’elle devait protéger. La dissolution de l’Assemblée nationale, présentée comme une solution, risque au contraire d’accentuer l’instabilité. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une réforme en profondeur des institutions, voire une VIe République. Pour un sursaut national Face à ces périls, des réponses existent. Un gouvernement d’union nationale temporaire pour restaurer la primauté de l’État. Une réforme du mode de scrutin intégrant une dose de proportionnelle pour favoriser des coalitions stables. Une indépendance diplomatique réaffirmée, en redéfinissant la place de la France au sein de l’OTAN et en dialoguant avec toutes les puissances. Un plan d’urgence sociale, incluant le logement et le pouvoir d’achat. Des États généraux de la République, pour donner aux citoyens l’occasion de repenser le cadre institutionnel. Ces mesures viseraient à reconstruire la confiance entre gouvernants et gouvernés, et à réaffirmer la continuité de l’État, condition de toute démocratie stable. Conclusion : une « certaine idée de la France » à réinventer La France n’est pas condamnée. Mais elle se trouve à un tournant historique. Deux voies s’offrent à elle : renouer avec l’esprit républicain, ou s’enfoncer dans une spirale de défiance et de désordre. Le général de Gaulle parlait d’« une certaine idée de la France ». Cette idée, qui transcende les intérêts particuliers, doit redevenir le moteur de notre avenir collectif. Retrouver le sens du service public, revaloriser la fonction politique comme devoir moral, et restaurer la parole de l’État sont autant de conditions d’un redressement durable. La République ne se sauvera pas par des discours, mais par une refondation lucide de son contrat social et institutionnel. Plus que jamais, le sursaut national apparaît comme une nécessité vitale pour préserver la démocratie, la souveraineté et l’unité du pays.

12 Oct 2025 Lire la suite
Le symbolisme dans le théâtre de Naguib Mahfouz
Société, Culture & Droit

Le symbolisme dans le théâtre de Naguib Mahfouz

Dans l’histoire du théâtre arabe moderne, l’œuvre dramatique de Naguib Mahfouz occupe une place singulière. Si ses romans lui ont assuré une reconnaissance mondiale, son théâtre, plus discret, se présente comme un véritable laboratoire esthétique où il explore, à travers le symbolisme, les grandes crises spirituelles, politiques et sociales du monde arabe. Ses pièces Il fait mourir et fait vivre (1974) et Le Diable prêche (1981) constituent deux jalons essentiels : elles traduisent, par des figures, des espaces et des temporalités hautement symboliques, le désenchantement né de la défaite arabe de 1967 ainsi qu’une critique d’un sacré confisqué par l’idéologie. Les titres comme clés du symbolisme Le symbolisme s’impose d’abord dès les titres, qui condensent une stratégie d’inversion. Il fait mourir et fait vivre détourne un verset coranique pour renverser l’ordre sacré de la vie et de la mort, révélant une société où la mort est glorifiée au détriment de la vie. Le titre devient alors un symbole de l’idéologie du martyre que Mahfouz dénonce. De même, Le Diable prêche repose sur un oxymore : attribuer au Diable la fonction de prédicateur. Ce paradoxe symbolise le déplacement de la vérité, qui ne réside plus dans le discours officiel mais dans la voix marginale et interdite. L’inversion, en tant que procédé symbolique, traduit la volonté de Mahfouz de faire vaciller les évidences religieuses et d’interroger l’usage politique du sacré. Temps et espaces scéniques symboliques Ce recours au symbolisme structure également le temps et l’espace scéniques. Dans ces deux pièces, le temps n’est jamais daté : il est suspendu, cyclique, répétitif, figure dramatique de l’impasse spirituelle. Le décor devient lui-même un langage symbolique. Dans Il fait mourir et fait vivre, la roue à eau représente le cycle de la vie, tandis que le mastaba incarne la mémoire figée et la glorification morbide du passé. Le Jeune Homme, oscillant entre ces deux pôles, apparaît comme la figure symbolique de la conscience en quête de vérité. Dans Le Diable prêche, la Cité d’airain matérialise un univers clos, autoritaire, figé dans ses lois, où seules les marges – prison, exil, rue – laissent filtrer une vérité possible. Le symbolisme spatial traduit ainsi le conflit entre vie et mort, lumière et obscurité, liberté et oppression. Personnages, parole et didascalies : une allégorie du monde arabe Les personnages relèvent d’une typologie symbolique plus que d’une psychologie réaliste. Le Géant incarne la religion de la terreur, caricature d’un pouvoir qui parle au nom d’Allah pour imposer la mort. La Jeune Fille, lumineuse et silencieuse, symbolise au contraire une foi poétique et soufie, enracinée dans l’amour et la compassion. Le Diable, paradoxalement, devient l’emblème d’une vérité déplacée : il incarne la lucidité marginale qui ose dire ce que nul ne veut entendre. Même le silence et les gestes – se boucher les oreilles, rire ironiquement, avancer doucement – acquièrent une valeur symbolique, codifiant les rapports de force et les choix spirituels. Le théâtre de Mahfouz devient ainsi une fresque allégorique où chaque personnage, chaque objet, chaque posture traduit un état de la conscience arabe contemporaine. La parole dramatique comme instrument critique La parole dramatique, elle aussi, ne se réduit pas à un dialogue réaliste mais fonctionne comme un signe symbolique. Le discours du pouvoir, qu’il soit porté par le Géant ou les Juges, est une parole figée, stéréotypée, symbole de l’enfermement idéologique. À l’inverse, la parole rare de la Jeune Fille, le silence du Cheikh ou l’ironie du Diable symbolisent une vérité qui échappe au contrôle. Le théâtre devient alors le lieu où la vérité se déplace vers les marges, où le symbolisme de la voix faible ou du silence déconstruit le verbe tonitruant de l’autorité. Didascalies et contrastes scéniques Les didascalies participent également à cette architecture symbolique. Les contrastes entre lumière et obscurité, les silences pesants, les gestes codifiés, tout cela compose une chorégraphie où la scène devient métaphore du monde arabe post-1967 : un espace clos, conflictuel, où la vérité cherche à se dire par des signes détournés. La lumière entourant la Jeune Fille symbolise la transparence de la foi vécue ; l’obscurité enveloppant le Géant traduit le dogme mortifère. Les pauses silencieuses du Diable deviennent des symboles d’une vérité suspendue, que le spectateur est invité à compléter par sa propre conscience. Portée critique et spirituelle du symbolisme chez Mahfouz En définitive, le symbolisme dans le théâtre de Mahfouz dépasse le simple registre esthétique pour constituer une stratégie critique. C’est par le symbole qu’il dénonce l’instrumentalisation du religieux, qu’il révèle la crise de la conscience arabe et qu’il esquisse une issue spirituelle. Le théâtre n’y reproduit pas le réel, il le métaphorise : il invite le spectateur à décrypter les signes et à reconstruire du sens. La foi qui en émerge n’est pas institutionnelle mais poétique et intérieure : elle se loge dans la lumière, le silence, l’amour et même dans la provocation paradoxale du Diable. Le symbolisme devient ainsi vecteur de résistance spirituelle, une manière de redonner souffle au sacré face à son détournement idéologique. À travers Il fait mourir et fait vivre et Le Diable prêche, Mahfouz élabore un théâtre où tout est symbole : le titre, le décor, les personnages, la parole, le silence, la lumière. Ce théâtre symbolique, loin d’être une simple expérimentation formelle, se révèle une arme de dévoilement et de résilience. Il ouvre un espace où le sacré se régénère en se libérant du pouvoir, et où l’art dramatique retrouve sa fonction de miroir spirituel et critique, appelant à une réconciliation de l’humain avec sa vérité intérieure.

28 Sep 2025 Lire la suite
De l’abondance à la rareté, les paradoxes de l’eau au Maroc
Climat & Transition Écologique

De l’abondance à la rareté, les paradoxes de l’eau au Maroc

Dans l’histoire contemporaine, chaque époque a vu une ressource être érigée en pilier de puissance. Le charbon et l’acier au XIXe siècle, le pétrole et le gaz au XXe, les données numériques au XXIe. Ces ressources stratégiques conditionnent l’indépendance des nations, structurent les alliances et ont même le pouvoir de déclencher des conflits. Aujourd’hui, une ressource ancestrale, que l’on prenait pour acquise, retrouve une centralité inattendue. C’est l’eau. Qualifiée d’or bleu par certains, elle est un facteur de santé et de bien-être autant qu’une variable de sécurité, de stabilité sociale et de puissance. La planète n’en manque pas en volume, mais c’est l’eau douce de bonne qualité facilement accessible aux populations qui fait défaut. Déjà, un cinquième de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable, alors que partout la demande explose avec la croissance urbaine et agricole. Les sécheresses s’intensifient, la pollution s’aggrave, et les projections démographiques annoncent une explosion du nombre de citadins avant que la population mondiale n’entame un déclin. Tous les pays ne font pas face au même défi. Certains, comme le Brésil, héritent d’une abondance trompeuse. D’autres, comme le Maroc, sont confrontés à une rareté structurelle qui l’oblige à considérer l’eau comme un enjeu de survie et de souveraineté. Dans le nouveau hit parade des ressources stratégiques, le Royaume se trouve à la croisée des chemins. Il doit gérer la rareté de l’eau et en faire un levier de stabilité et d’influence, ou être condamné à la subir comme une vulnérabilité systémique. Un capital hydrique en déclin. En moins d’un siècle, le Maroc est passé d’une situation d’aisance hydrique à une inquiétante rareté. Dans les années 1960, chaque Marocain pouvait disposer en moyenne de 2500 m³ d’eau douce par an. Aujourd’hui, ce chiffre s’est effondré à environ 650 m³/habitant/an — c’est bien en dessous du seuil international de rareté fixé à 1000 m³. Cette tendance est structurelle et elle est aggravée par un climat devenu imprévisible — sécheresses fréquentes, pluies irrégulières et décalage des saisons. Les ressources en eau du Maroc sont limitées et très inégalement réparties. Le potentiel annuel moyen du pays est estimé à 22 milliards de m³, dont 18 milliards d’eaux de surface et 4 milliards d’eaux souterraines. Mais ces chiffres masquent une forte disparité territoriale. Plus de 50% des ressources sont concentrées au Nord et au Centre, laissant le Sud et l’Est dans une vulnérabilité permanente. L’agriculture domine largement la consommation nationale. La consommation annuelle totale atteint environ 16,3 milliards de m³, dont plus de 80 % sont en effet destinés à l’irrigation agricole. Ce modèle repose sur plus de 2 millions d’hectares irrigués, dont une part croissante est orientée vers l’exportation. Autrement dit, le Maroc exporte son eau à travers ses produits agricoles. Le pays compte 130 nappes phréatiques (32 profondes et 98 superficielles) couvrant près de 80000 km². Mais ce patrimoine souterrain est largement surexploité. Les nappes assurent plus de 90 % de l’approvisionnement en eau potable rural et irriguent près de 40 % des surfaces agricoles. Or, leur niveau piézométrique baisse continuellement depuis plusieurs années et certaines n’arrivent plus à se reconstituer, même en années de fortes pluies. Pressions, menaces et paradoxes. Au Maroc, l’eau est une ressource à la fois rare et fragile. Elle irrigue les terres, alimente les villes et les industries. Mais son mode de gestion actuel révèle de profondes contradictions qui, loin de rapprocher le pays de la sécurité hydrique, aggravent au contraire sa vulnérabilité systémique. Face à la raréfaction des eaux de surface, les prélèvements dans les nappes phréatiques se multiplient. Cette solution d’urgence épuise un capital qui s’est constitué sur des siècles. Plusieurs bassins (Tensift, Souss-Massa, Oum Er-Rbia) connaissent un déclin piézométrique alarmant. Dans certains cas, même une succession d’années particulièrement pluvieuses ne suffirait plus à reconstituer les réserves. L’épuisement devient irréversible. À cette rareté quantitative s’ajoute une rareté qualitative. Les nappes et rivières sont contaminées par des nitrates issus des engrais et des rejets d’élevage. Dans certaines régions agricoles — Chaouia, Doukkala, Massa, Bou Areg —, les concentrations dépassent 100 mg/l, ce qui est bien au-delà de la norme sanitaire de 50 mg/l. À ces pollutions agricoles s’ajoutent les rejets domestiques et industriels, insuffisamment traités. La ressource en eau devient impropre à la consommation et coûteuse à dépolluer. Le climat actuel du Maroc accentue d’avantage la pression. Les épisodes de sécheresse sont plus fréquents et plus longs, les pluies de plus en plus rares et irrégulières. Les prévisions annoncent une réduction de 10 à 20 % des ressources renouvelables d’ici 2050, alors même que la demande continue de croître sous l’effet de l’urbanisation. Pour terminer, le paradoxe est institutionnel. Le Maroc dispose de lois avancées (10-95, 36-15), d’agences de bassin et de conseils spécialisés. Mais ces dispositifs souffrent de sous-financement chronique, de manque de coordination et d’un déficit de données fiables. En conséquence, la stratégie hydrique reste atomisée, réactive et davantage centrée sur l’offre que sur la demande. Bâtir une souveraineté hydrique. Face à l’ampleur du problème, le Maroc n’est pas inactif. De grands chantiers sont lancés, mais leur efficacité dépendra de la capacité à rapidement changer de paradigme. Il lui faut passer d’une logique de captation à une logique de gestion intégrée et durable. Pour cela, le Royaume mise beaucoup sur la technologie. Il a engagé un programme ambitieux de dessalement de l’eau de mer, avec des stations déjà opérationnelles à Agadir ou Laâyoune et un mégaprojet prévu à Casablanca. Parallèlement, la réutilisation des eaux usées (ReUt / ReUse) pour l’irrigation et les espaces verts se développe, tout comme la modernisation des systèmes d’irrigation — grâce au goutte-à-goutte notamment. Ces innovations réduisent la dépendance aux pluies mais restent coûteuses et énergivores ce qui pose la question de leur soutenabilité à long terme. Il faut maintenant réformer les usages agricoles du pays. Avec plus de 80% de l’eau consommée chaque année, l’agriculture est le cœur du problème…  et aussi celui de la solution. Les experts recommandent de plafonner les prélèvements, de limiter les cultures trop gourmandes — agrumes, pastèques, avocats —  et de promouvoir des filières sobres en eau et mieux adaptées au climat semi-aride. Il faut également revoir les logiques d’exportation de produits agricoles — qui équivalent à exporter une ressource rare. Mais la sécurité hydrique est avant tout une question de gouvernance. Les récents rapports de l’IRES et de l’IMIS convergent, il faut mettre en place un système national unifié de données sur l’eau, faire appliquer les lois existantes, renforcer les agences de bassin, et instaurer une tarification progressive qui incitera à la sobriété. Autrement dit, il faut passer d’un modèle centré sur l’offre — barrages, forages — à une gestion intégrée de la demande. Enfin, le Maroc doit adopter l’approche Nexus. La raréfaction de l’eau ne peut être traitée isolément. Elle est indissociable de l’énergie — besoin d’électricité pour le dessalement —, de l’agriculture — irrigation et sécurité alimentaire —, et des écosystèmes — zones humides, forêts, littoraux. L’approche Nexus c’est penser l’eau dans ses interactions systémiques. Pour le Maroc, cette approche est la seule voie vers une véritable souveraineté hydrique, qui conditionnera sa stabilité sociale et son rayonnement géopolitique. De la pénurie à l’influence géo hydrique. Face à une sécheresse structurelle, accentuée par la variabilité climatique, les prélèvements agricoles et une urbanisation rapide, le Royaume est à un tournant décisif. Tous les récents rapports le confirment, il faut reconfigurer le modèle, non plus autour de l’offre mais autour de la gestion durable de la demande. Mais ce scénario peut — et doit — également devenir une opportunité de soft power hydrique. Le Maroc, à l’instar de ce qu’il a réussi dans le domaine des énergies renouvelables, pourrait à terme faire de son expérience un vecteur d’influence régionale — un modèle exportable et un hub de solutions et d’expertise. Pas en exportant de l’eau, mais en proposant des normes, des technologies et une ingénierie de la résilience. Il s’agira de construire un narratif géo hydrique fort, basé sur l’innovation et la coopération. Dans un monde en stress hydrique permanent, les nations les plus influentes seront non seulement les plus résilientes, mais aussi celles qui auront réussi à convertir la menace en atout stratégique.

28 Sep 2025 Lire la suite
La Dette américaine :  Vers une \"Crise Cardiaque\" ou une Simple crise de confiance ?
Économie & Développement

La Dette américaine : Vers une \"Crise Cardiaque\" ou une Simple crise de confiance ?

La Dette américaine : Vers une "Crise Cardiaque" ou une Simple crise de confiance ? Analyse de l'Institut International d'Études Géopolitiques (IIEG) sous la direction de Khaled Hamadé L'économie mondiale traverse une phase de grande incertitude. L'endettement croissant des États-Unis, combiné aux tensions géopolitiques et aux fractures sociales, fait peser un risque majeur sur la stabilité du système monétaire international. C'est dans ce contexte que Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates – le plus grand fonds d'investissement au monde – a récemment lancé un avertissement préoccupant : une "crise cardiaque" de la dette américaine pourrait survenir dans un avenir proche. Le Président de l'Institut International d'Études Géopolitiques (IIEG), Khaled Hamadé, et son équipe d'experts estiment que ces propos doivent être pris avec le plus grand sérieux, compte tenu de l'importance de Dalio en tant qu'analyste et de la portée mondiale des enjeux évoqués. Mais au-delà de l'analogie médicale, quelle est la réalité de la situation ? Ray Dalio : Une Voix d'autorité dans l'analyse des crises Ray Dalio n'est pas un observateur ordinaire. Investisseur légendaire et fondateur de Bridgewater Associates en 1975, il a fait de son fonds le plus influent du monde avec des centaines de milliards de dollars sous gestion. Auteur de plusieurs ouvrages majeurs, dont "Principles for Navigating Big Debt Crises", il est reconnu pour sa capacité à analyser les crises économiques et financières sur le temps long. Ses avertissements sont d'autant plus écoutés qu'ils reposent sur une mise en perspective historique, identifiant les cycles de dettes et de crises récurrentes dans les économies dominantes. Le 24 juillet 2025, dans une interview accordée à Fortune, Dalio a déclaré : "Nous dépensons 40% de plus que ce que nous encaissons, et c'est un problème chronique. C'est comme de la plaque dans les artères qui comprime le pouvoir d'achat. "Une dette qui menace d'asphyxier le système. Pour Dalio, la situation américaine ressemble à celle d'un patient dont les excès accumulés depuis des décennies finissent par provoquer un infarctus. La "crise cardiaque" dont il parle correspond à l'explosion d'une dette publique devenue insoutenable après des années de déficits chroniques et de politiques monétaires ultra-expansionnistes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la dette américaine représente aujourd'hui plus de 120% du PIB, plaçant les États-Unis parmi les pays les plus endettés du monde développé. Plus préoccupant encore, les paiements d'intérêts sur cette dette représentent désormais plus de 3% du PIB, dépassant même le budget de la défense. Avec près d'un tiers de la dette arrivant à échéance en moins d'un an, le Trésor américain doit constamment se refinancer sur les marchés, le rendant vulnérable à toute hausse des taux d'intérêt. Depuis 2008, la dette américaine n'a cessé de croître, atteignant des niveaux historiques après les plans de relance massifs liés à la pandémie de 2020. Cette dynamique, selon les experts de l'IIEG, constitue un risque systémique majeur qui dépasse largement les frontières américaines, car le dollar reste au cœur du système monétaire mondial. Le Vrai Risque : Une Crise de Confiance plutôt qu'une faillite. Il est crucial de comprendre que le danger pour les États-Unis n'est pas une faillite au sens traditionnel. En tant qu'émetteur de sa propre monnaie de réserve mondiale, le Trésor américain ne peut techniquement pas faire défaut. En dernier recours, la Réserve Fédérale peut toujours créer de la monnaie pour acheter la dette. Le véritable danger est une crise de confiance. Ce scénario se matérialise lorsque les investisseurs, nationaux et étrangers, commencent à douter de la volonté ou de la capacité du gouvernement à maîtriser sa trajectoire budgétaire. Ils exigent alors une prime de risque plus élevée pour détenir de la dette américaine, ce qui fait grimper les taux d'intérêt. Ce phénomène peut devenir auto-réalisateur : la hausse des taux alourdit la charge de la dette, ce qui creuse le déficit et renforce la méfiance des investisseurs. Les déclencheurs d'une telle crise pourraient être une inflation persistante, une instabilité politique majeure ou une dégradation de la note de crédit par les agences de notation. Dalio estime qu'il y a plus de 50% de chances qu'un "traumatisme" financier survienne si rien n'est fait pour corriger la trajectoire actuelle. Des tensions sociales comparables aux années 1930. Dalio alerte également sur la fragilisation du tissu social et politique américain. Les inégalités croissantes, la polarisation idéologique et la perte de confiance dans les institutions créent un climat instable. Selon lui, la situation actuelle rappelle par certains aspects les années 1930-1940, marquées par des crises économiques profondes et la montée des tensions internationales. Pour Khaled Hamadé et les experts de l'IIEG, cette combinaison d'endettement excessif et de fragilité sociale rend le système particulièrement vulnérable. Les crises financières ne sont jamais isolées : elles interagissent avec les dynamiques sociales et géopolitiques, amplifiant leurs effets et pouvant entraîner des bouleversements bien au-delà du domaine économique. Bitcoin et l'Or : des refuges face à la fragilité du dollar. Face à ces menaces, Ray Dalio recommande la diversification des portefeuilles d'investissement. L'or, actif refuge par excellence, conserve son rôle et sa demande par les banques centrales des pays émergents reste forte. Dalio recommande d'en détenir 10 à 15% dans un portefeuille diversifié. Concernant Bitcoin, Dalio reconnaît son potentiel en tant qu'"or numérique". Avec son offre limitée à 21 millions d'unités, Bitcoin se distingue des monnaies fiduciaires soumises aux politiques inflationnistes des banques centrales. Cette rareté, ajoutée à sa décentralisation et à sa résistance à la censure, lui confère un statut particulier. Cependant, les experts de l'IIEG appellent à la prudence concernant Bitcoin. Sa volatilité extrême et sa corrélation croissante avec les actifs technologiques en période de stress financier réduisent ses bénéfices de diversification. De plus, l'adoption par les banques centrales est quasi nulle, en raison des incertitudes réglementaires et des défis de conservation. Bitcoin doit être considéré comme un actif spéculatif à haut risque plutôt qu'une ancre de stabilité comparable à l'or. Un Signal d'Alerte pour la communauté Internationale. L'analyse de Ray Dalio prend une importance particulière car elle met en lumière un risque de crise systémique mondiale. En tant que président de l'IIEG, Khaled Hamadé souligne, avec son équipe d'experts, que la "crise cardiaque" de la dette américaine n'est pas une simple hypothèse théorique : elle pourrait avoir des répercussions planétaires sur les marchés, les relations internationales et la stabilité des états. Bien que le dollar conserve sa position dominante avec 58% des réserves de change mondiales, son déclin relatif est une tendance de fond. La diversification vers l'or et, avec prudence, vers Bitcoin, doit être comprise comme un avertissement sur l'évolution des équilibres monétaires mondiaux. Ce qu'il faudrait retenir est bien de remplacer l'analogie par l'analyse. Les propos de Ray Dalio, replacés dans le contexte géopolitique et économique actuel, constituent un signal d'alarme majeur. Ils révèlent une fragilité structurelle du système monétaire international, aggravée par des choix politiques et budgétaires qui accentuent les déséquilibres. L'analogie de la "crise cardiaque", bien que percutante, doit être dépassée. Le risque qui pèse sur la dette américaine n'est pas celui d'un défaut de paiement brutal, mais celui d'une lente érosion de la confiance, pouvant conduire à une crise de liquidité. Les outils pour gérer la dette existent, mais la polarisation politique à Washington jette un doute sur la volonté de les utiliser de manière décisive. Pour l'IIEG et son président Khaled Hamadé, ces avertissements doivent inciter les décideurs, investisseurs et institutions à anticiper une éventuelle crise systémique. Le déclin du dollar sera probablement lent et ordonné, mais il incite à une diversification stratégique des actifs. Dans ce paysage, l'or confirme son rôle d'ancrage, tandis que Bitcoin, malgré son potentiel disruptif, demeure une alternative volatile à manier avec la plus grande prudence. Car une chose est sûre : si les États-Unis venaient à subir cette "crise cardiaque" de la dette, les répercussions se feraient sentir sur l'ensemble de la planète. Analyse réalisée par la commission économie de l'IIEG sous la direction de Khaled Hamadé Références[1] Fonds Monétaire International (FMI) - data.imf.org [2] Committee for a Responsible Federal Budget (CRFB) - crfb.org [3] U.S. Congress Joint Economic Committee (JEC) - jec.senate.gov [4] Fortune (24 juillet 2025) - "Ray Dalio issues his most dire warning to America yet" - fortune.com [5] NYDIG - nydig.com [6] World Gold Council - gold.org

21 Sep 2025 Lire la suite
Liban : le joyau menacé au cœur d’un échiquier implacable
Géopolitique & Stratégie

Liban : le joyau menacé au cœur d’un échiquier implacable

Liban : au bord du précipice géopolitique, entre pressions extérieures et crises internes Le Liban n’a jamais été aussi proche d’un point de rupture. Entre pressions extérieures, crises internes et ambitions régionales, le pays du Cèdre se retrouve au centre d’un jeu géopolitique complexe, où il n’est plus un véritable acteur, mais un terrain sur lequel d’autres puissances avancent leurs pions. La menace d’une nouvelle guerre civile, potentiellement plus dévastatrice que celle de 1975-1990, plane sur le pays. Un étau géopolitique qui se resserre Les capitales occidentales exigent un désarmement rapide du Hezbollah, sans pour autant aborder la cause profonde de son influence : son ancrage stratégique dans l’orbite iranienne. Israël, bénéficiant d’un soutien implicite, maintient une pression militaire constante, prêt à frapper ses cibles dans le Sud-Liban comme dans la plaine de la Békaa. Face à cette pression, Téhéran considère le Liban comme un élément central de son dispositif régional. Pour l’Iran, céder sur ce front reviendrait à affaiblir sa position dans l’ensemble du Moyen-Orient. Dans cette partie d’échecs régionale, le Liban est perçu comme une pièce sacrifiable, non comme un joueur à part entière. Les ombres persistantes de Damas et Ankara L’instabilité prolongée du Liban ravive les appétits anciens. Damas n’a jamais renoncé à son influence sur le pays, forgée par des décennies de tutelle et d’ingérences politiques. Ankara, plus discrète mais stratégiquement active, cherche à accroître sa présence en Méditerranée orientale, exploitant chaque faille dans l’architecture politique libanaise. Chaque crise interne devient ainsi une opportunité pour les puissances régionales de renforcer leur influence, au détriment de la stabilité nationale. La faiblesse structurelle de l’État libanais constitue un appel d’air pour ces ambitions extérieures. L’Histoire comme avertissement Le conflit libanais de 1975-1990 a laissé des cicatrices profondes dans la société et l’économie. Mais un nouveau conflit ne serait pas une simple répétition : il entraînerait une fragmentation encore plus radicale, affaiblissant les dernières bases de cohésion nationale. L’Histoire montre que ce ne sont pas les peuples qui déclenchent les guerres, mais ceux qui espèrent en tirer profit. Dans le cas libanais, ils sont nombreux, et leurs moyens d’action sont redoutables. Une voie étroite pour éviter l’effondrement Ignorer l’Iran dans l’équation libanaise serait une erreur stratégique majeure. La seule approche réaliste passe par un dialogue discret mais concret avec Téhéran, afin de négocier un désarmement progressif et maîtrisé du Hezbollah. Cette voie n’est pas synonyme de capitulation, mais de réalisme diplomatique pour éviter que le pays ne devienne un champ de bataille par procuration. En parallèle, l’unité nationale doit redevenir une priorité. Président, Premier ministre et armée doivent parler d’une seule voix, non pour satisfaire les attentes des grandes puissances, mais pour préserver la paix intérieure. Sans cohésion interne, aucune stratégie extérieure ne pourra protéger le Liban. Le Liban ne peut se permettre l’orgueil Carrefour de civilisations depuis plus de 6 000 ans, le Liban a survécu grâce à sa résilience et à sa capacité de réinvention. Mais aujourd’hui, le pays n’a plus le luxe des postures idéologiques ou des querelles internes. L’enjeu n’est pas seulement d’éviter la guerre : il s’agit de préserver l’identité plurielle du pays et son rôle historique dans la région, de Beyrouth à Tripoli, du Mont-Liban à la plaine de la Bekaa. Un réalisme lucide comme plan de survie Le salut du Liban exige un réalisme lucide : Reconnaître les vérités géopolitiques actuelles. Dialoguer avec tous les acteurs, y compris ceux qui dérangent. Protéger coûte que coûte l’unité interne et la souveraineté. Refuser ce réalisme, c’est risquer de transformer le pays en victime collatérale d’un conflit qu’il n’a pas choisi. Préserver le Liban, c’est aussi préserver un joyau civilisationnel unique au monde, un espace où coexistent des communautés, des cultures et des histoires entremêlées.

14 Aug 2025 Lire la suite
ALERTE: LA MENACE NUCLÉAIRE
Sécurité & Défense

ALERTE: LA MENACE NUCLÉAIRE

Dès l'attaque de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, le président Poutine a ordonné la mise en alerte de l'armement nucléaire de son pays. Il a par la suite indiqué que la Russie utiliserait l'arme nucléaire si ses intérêts vitaux étaient menacés. Le 1er Août 2025, le président Trump a ordonné le déploiement de 2 sous-marins nucléaires à proximité de la Russie. Rappelons que la Russie et les États-Unis sont les plus grands détenteurs d'ogives nucléaires : 5977 pour la Russie et 5224 pour les États-Unis. En outre, ces deux pays disposent d'avions et de sous-marins lanceurs d'engins nucléaires. L'arme nucléaire n'a été utilisée que 2 fois par les États-Unis le 6 Août 1945 à Hiroshima, et le 9 Août à Nagasaki. Hiroshima a été détruite massivement, entraînant la mort de 140000 personnes, sans compter les milliers d'habitants irradiés et qui ont décédé par la suite. Quant à Nagasaki, 6 Km2 de la ville fût dévastée, entraînant la mort de 74000 personnes et des milliers d'habitants irradiés. Pendant la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS, les armes nucléaires n'ont jamais été utilisées, considérées comme des armes de dissuasion. Au contraire, plusieurs Traités ont été signés par les deux pays pour la réduction de ces armes. Entre-temps, plusieurs pays se sont dotés de l'arme nucléaires : la Chine, la France, le Royaume-Uni, l'Inde, le Pakistan. Israël, et la Corée du Nord. L'Iran a voulu aussi se doter de l'arme nucléaire, mais il fût attaqué le 13 juin 2025 par Israël, et le 21 juin par les États-Unis. Ce qui a permis la destruction totale ou partielle de son arsenal nucléaire. En 1968 le Traité de non prolifération nucléaire a été signé, et mis en vigueur en 1970. Mais plusieurs pays n'ont pas adhéré à ce Traité dont l'Inde, le Pakistan, Israël, et la Corée du Nord. On ne peut que s'inquiéter de la situation actuelle, suite aux déclarations du président Poutine et du président Trump. Les experts ont calculé que la puissance nucléaire stockée permettrait de détruite plusieurs fois la planète Terre. Il faut espérer raison gardée, et éviter à tout prix une troisième guerre mondiale qui entraînerait la fin de l'humanité. Nous sommes tous concernés, même les pays qui ne possèdent pas l'arme nucléaire. Après le fin de la guerre en Ukraine que j'espère très proche, il faudrait convoquer une Grande Conférence internationales au sein de l'ONU, pour le désarmement général de l'armement nucléaire, ou en tout cas sa réduction drastique. Et l'interdiction ferme à tout autre pays de se doter de l'arme nucléaire

04 Aug 2025 Lire la suite
Maroc 2030 : Coupe du monde et transformation nationale
Économie & Développement

Maroc 2030 : Coupe du monde et transformation nationale

Un catalyseur d’une transformation profonde du Maroc Rappelons que c’est le 11 Décembre 2024 que le Maroc, le Portugal et l’Espagne ont été officiellement désignés comme pays hôtes de la Coupe du Monde FIFA 2030. C’est pour la première fois qu’un pays africain est associé à deux pays européens pour organiser la Coupe du monde. Cette décision de la FIFA va contribuer au rapprochement des deux continents : l’Europe et l’Afrique. Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Groupe le Matin sous la présidence de Mr Mohamed Haitami, a consacré sa 8ème édition du « Morocco Today Forum » à cet important événement sur le thème « Vision d’un Roi-Maroc 2030 : Consolider les bases d’une grande nation ». Le Forum qui a eu lieu à Rabat le 11 Juillet 2025 a accueilli près de 1000 participants, et a été animé par des intervenants de haut niveau dans le cadre de trois panels : Rendre l’humain le facteur clé de réussite, faire de l’échéance 2030 un accélérateur du développement socio-économique durable et inclusif, faire du Maroc une « Digital Nation ». Plusieurs personnalités ont intervenu dans le Forum dont le Chef du gouvernement (par vidéo), le ministre de la Jeunesse et de la Culture, la ministre de l’Economie et des Finances, le ministre de l’Industrie et du Commerce, la ministre déléguée chargée de la Transition Numérique, le président de la CGEM, et le président directeur général d’Attijariwafa Bank. Dans leur déclaration finale sanctionnant les travaux de cette édition, les conférenciers ont abordé les transformations à engager pour faire du Maroc une société civique et compétente, où l’humain est au cœur du projet. Il y a lieu de réfléchir à l’appropriation citoyenne du projet 2030, qui n’est pas exclusivement celui de l’Etat mais de tous les Marocains. D’où la nécessité de sensibiliser tous les citoyens, de faire appel à leur civisme et à leur sens de l’hospitalité pour accueillir les millions de visiteurs qui vont affluer au Maroc. Il est prévu 35 millions de touristes en 2030 à l’occasion de la Coupe du monde de football. A ce propos, il y a lieu d’accueillir les visiteurs étrangers au même niveau que celui que leur réservent l’Espagne et le Portugal. D’où la nécessité d’améliorer l’accueil dans nos Aéroports et la mobilité urbaine et extra-urbaine, ainsi que le respect du code de route (allées piétonnières). Sur le plan économique, il y a lieu de transformer le Mondial 2030 en palier de croissance, et de faire de ce rendez-vous un levier structurel de croissance durable, et non un simple pic conjoncturel. Le Mondial 2030 doit contribuer à une économie marocaine performante sur la durée, inclusive et créatrice d’emplois. La ministre de l’économie et des finances, Madame Nadia Fettah, a annoncé la création de 100.000 emplois annuellement, et un impact estimé à +1,7% de croissance du PIB. D’où la nécessite de donner une trajectoire claire et lisible aux investisseurs, en rendant l’environnement économique prévisible, attractif, et accessible pour tous les types d’acteurs économiques, depuis les grandes entreprises jusqu’aux PME. Concernant les investissements engagés à l’horizon 2030, il y a lieu de penser en termes de système, c'est-à-dire transport, accueil, digitalisation, plutôt qu’en termes de projets isolés. L’objectif étant d’assurer la cohérence et l’impact global des investissements, par une approche intégrée et intersectorielle. Il y a lieu aussi de créer un écosystème « à effet de ruissellement » pour tout le tissu économique, permettant à toutes les entreprises de bénéficier des opportunités générées par le Mondial 2030. Il est demandé aux banques marocaines de diversifier les produits de financement, adaptés aux territoires et aux cibles. Dans le secteur digital, la déclaration finale appelle à favoriser l’émergence de start-up marocaines dans l’intelligence artificielle et la data liée à la gestion événementielle, à la sécurité et à l’expérience utilisateur. Elle appelle également à une digitalisation progressive, mais aussi inclusive, multisectorielle et territoriale. Le « Morocco Today Forum » 2025 a pour vocation de créer des passerelles entre décideurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens autour des défis inhérents au Mondial 2030, qui bien plus qu’un événement sportif est appelé à jouer un rôle d’accélération du développement à l’échelle nationale. En conclusion, on ne peut que féliciter les organisateurs de ce Forum qui a connu un grand succès. L’organisation par le Maroc, l’Espagne et le Portugal de la Coupe du Monde 2030 est une opportunité exceptionnelle pour notre pays. Mais elle pose beaucoup de défis à relever, d’où la nécessité de commencer dès maintenant à travailler d’arrache-pied, car 2030 c’est demain.

04 Aug 2025 Lire la suite
L’Eau au Maroc : Entre problématique et espoir, les défis d’une nation face à la sécheresse
Climat & Transition Écologique

L’Eau au Maroc : Entre problématique et espoir, les défis d’une nation face à la sécheresse

Un pays au bord de la soif Le Maroc traverse aujourd’hui une pénurie hydrique sans précédent. Longtemps considéré comme un modèle en matière de politique hydraulique, le Royaume se retrouve confronté à une sécheresse prolongée, qui fragilise à la fois son économie, sa société et sa stabilité environnementale. De Casablanca aux campagnes du Tadla, la population vit au rythme des coupures, des puits asséchés et des récoltes compromises. Depuis 2018, les années de stress hydrique se succèdent, culminant en 2024 avec une disponibilité d’eau tombée à moins de 500 m³ par habitant et par an, soit le seuil international de pauvreté hydrique. À cela s’ajoute une baisse du PIB à 3,2 %, une chute de 38 % du cheptel national, et des barrages à moins de 40 % de leur capacité. La réponse royale : une stratégie nationale pour la souveraineté hydrique Face à cette urgence, le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI a été décisif. Dans son discours du 29 juillet 2024, le Souverain a fixé un cap clair : faire de la question de l’eau une priorité nationale absolue. Parmi les mesures phares : Dessalement : produire 1,7 milliard de m³ d’eau par an d’ici 2030, avec plus de 17 stations, dont la plus grande d’Afrique à Casablanca. Barrages : 16 nouveaux grands barrages en construction, pour une capacité additionnelle de 4,4 milliards de m³. Transferts interbassins : lancement des premières autoroutes de l’eau. Irrigation localisée : équiper 1 million d’hectares en goutte-à-goutte d’ici 2030. Le Maroc transforme ainsi ses contraintes naturelles en catalyseurs de modernisation. L’innovation au cœur de la réponse Le recours massif aux technologies de pointe marque une rupture stratégique. Le dessalement, longtemps marginal, devient central. La station de Casablanca, portée par Veolia, alimentera plus de 7 millions de personnes. D’autres projets impliquent la Chine ou les Émirats Arabes Unis, avec des stations fonctionnant à l’énergie solaire pour réduire leur empreinte carbone. Dans les zones rurales, l’irrigation de précision se généralise. À Tadla, plus de 67 000 hectares ont déjà été convertis, avec à la clé des économies d’eau de 60 % et des rendements accrus. L’usage de capteurs, de logiciels d’analyse et de pompes solaires ouvre la voie à une agriculture climato-intelligente. Même l’industrie s’adapte : le groupe OCP construit une station de dessalement à Jorf Lasfar, reliée à un pipeline de 219 km, pour sécuriser ses opérations tout en soulageant les ressources publiques. Une diplomatie de l’eau tournée vers l’Afrique Conscient que la crise de l’eau ne s’arrête pas aux frontières, le Maroc déploie une véritable diplomatie hydrique. Il partage son savoir-faire avec plusieurs pays africains, conclut des partenariats technologiques (Hongrie, Émirats), et positionne ses entreprises comme des acteurs clés à l’export. Cette approche solidaire fait du Maroc un hub continental de la gestion de l’eau, capable d’inspirer des modèles reproductibles dans des environnements similaires. Des signes d’espoir… et un avertissement Après six années critiques, 2025 marque une amélioration des précipitations. Les barrages reprennent du volume (+45 % sur un an), les cultures redémarrent, et les nappes commencent à se stabiliser. Mais comme le rappelle le ministre de l’Équipement et de l’Eau, ces pluies ne doivent pas conduire au relâchement. Le dérèglement climatique impose une adaptation structurelle : alternance de sécheresses longues et d’épisodes pluvieux intenses, baisse de la fiabilité des saisons, risques accrus de conflits d’usage. Le Maroc, modèle d’adaptation en Afrique L’eau est devenue le miroir de la souveraineté nationale. En construisant ses capacités de production (dessalement), de stockage (barrages) et de distribution (transferts), le Maroc affirme sa résilience face au climat. Mais cette réussite n’est possible qu’avec l’implication de tous : l’État qui investit, les agriculteurs qui modernisent, les industriels qui optimisent, et les citoyens qui économisent.   Le Maroc de 2030 se dessine aujourd’hui : plus indépendant, plus innovant, plus solidaire. Dans chaque station, chaque goutte, chaque champ irrigué, s’écrit une nouvelle page de la transition hydrique du Royaume.

28 Jul 2025 Lire la suite
Droit international en crise : quels leviers pour sa réforme ?
Société, Culture & Droit

Droit international en crise : quels leviers pour sa réforme ?

Le droit international, pilier de l’ordre mondial depuis la Charte des Nations Unies de 1945, traverse aujourd’hui une crise profonde. Contesté pour son inefficacité à prévenir les conflits, impuissant face aux violations massives des droits humains, et souvent instrumentalisé par les puissances, il semble figé alors même que les défis du XXIe siècle imposent sa transformation. Pourtant, loin d’être condamné à l’obsolescence, le droit international est à un tournant : son renouveau est à la fois souhaitable et nécessaire pour préserver la paix, la justice et la primauté du droit dans les relations internationales. Plusieurs axes d’évolution apparaissent comme prioritaires afin de lui sauver sa solennité et sa crédibilité, sujet de débats et de recherches approfondies par les élites et les experts du domaine. Renforcer les mécanismes de sanction : vers une justice plus crédibleL’un des points faibles majeurs du droit international réside dans son absence de moyens coercitifs efficaces. Si la Cour pénale internationale (CPI) a marqué un progrès incontestable, ses capacités sont sévèrement limitées par le manque de coopération des États et les entraves politiques, notamment au Conseil de sécurité des Nations Unies. Celui-ci, via le droit de veto des membres permanents, paralyse fréquemment les procédures d’enquête et de poursuite des crimes internationaux.Des ONG plaident pour que le recours au veto soit interdit dans les cas de crimes de masse, afin de ne pas compromettre la justice au nom d’intérêts géopolitiques. Par ailleurs, il est indispensable de doter la CPI, ainsi que les juridictions régionales comme la Cour africaine des droits de l’homme et la Cour européenne des droits de l’homme, de moyens financiers renforcés, d’un personnel qualifié et de mécanismes exécutifs plus robustes. Universalisation des normes fondamentales : pour une justice sans frontièresLa légitimité du droit international repose sur l’universalité de ses normes. Or, plusieurs puissances majeures (États-Unis, Chine, Russie, Israël) refusent toujours de ratifier le Statut de Rome, texte fondateur de la CPI. Cette situation engendre une justice sélective[1], où certains crimes sont poursuivis tandis que d’autres restent impunis, au gré des rapports de force.Une véritable réforme du système international passe donc par l’adhésion de ces États aux principaux instruments juridiques, notamment les Conventions de Genève sur le droit humanitaire. L’Amnesty International appelle ainsi à une ratification universelle du Statut de Rome[2], condition indispensable pour garantir une justice équitable et globale. Protéger l’indépendance des juridictions internationales : contre les ingérences politiquesLes institutions judiciaires internationales ne peuvent remplir leur rôle que si leur indépendance est garantie. Aujourd’hui, les pressions politiques exercées sur les cours, que ce soit par le biais de financements conditionnés, de nominations partisanes ou d’ingérences diplomatiques, menacent leur impartialité. Cette situation mine la confiance des citoyens et affaiblit l’autorité morale de ces juridictions.Le renforcement des garanties procédurales, la création de mécanismes de financement indépendants et une transparence accrue dans les processus de nomination sont essentiels. Certains chercheurs, comme ceux de l’IRIS[3], suggèrent également la mise en place d’un organe indépendant chargé de surveiller les pressions politiques exercées sur les cours internationales.Cela permettrait de préserver l’autonomie des juges, à l’image des bonnes pratiques recensées dans des revues académiques spécialisées comme « Questions internationales » de la Documentation Française, « Journal of International Criminal Justice » (JICJ) d’Oxford University Press, l’« European Journal of International Law » (EJIL) et bien d’autres. Intégrer pleinement la société civile et les ONG : un acteur indispensableFace aux limites des mécanismes institutionnels, la société civile et les ONG ont progressivement émergé comme des acteurs centraux du droit international. Leur contribution à la documentation des crimes, à la mobilisation de l’opinion publique et à la pression exercée sur les institutions est devenue incontournable. De plus, les progrès technologiques leur permettent aujourd’hui de collecter des preuves via des outils comme la vidéosurveillance open source, la géolocalisation ou les bases de données collaboratives[4].Les organisations non gouvernementales internationales illustrent en effet cette capacité à combler le vide laissé par les institutions. En intégrant ces acteurs dans les processus juridiques, notamment par la reconnaissance de leur rôle dans les procédures d’enquête ou par leur consultation dans l’élaboration des normes, le droit international pourrait gagner en efficacité, en légitimité et en proximité avec les victimes.Réinventer le droit international pour l’avenirLe droit international se trouve à la croisée des chemins. S’il ne s’adapte pas aux réalités du monde contemporain, il risque de sombrer dans l’inefficacité, voire dans l’irrélevance. Pourtant, les solutions existent. En renforçant les mécanismes de sanction, en universalisant les normes fondamentales, en protégeant l’indépendance des institutions et en intégrant pleinement la société civile, la communauté internationale peut construire un droit international plus juste, plus fort, et plus proche des peuples.Un tel renouveau est impératif pour garantir que ce ne soit pas la loi du plus fort, mais bien la force du droit, qui régisse les relations internationales au XXIe siècle.Sources:1 “Https://Www.Icrc.Org/En/Document/International-Humanitarian-Law-and-Global-Challenges-2024,” n.d.2 “Https://Www.Amnesty.Org/En/Documents/Ior40/6264/2024/En/,” n.d.3 “Https://Www.Iris-France.Org/169451-Le-Droit-International-Face-a-La-Realite-Des-Rapports-de-Force/,” n.d.

20 Jul 2025 Lire la suite
Israël–Iran : le droit international comme seule voie vers la stabilité
Sécurité & Défense

Israël–Iran : le droit international comme seule voie vers la stabilité

Alors que le conflit entre Israël et l’Iran a franchi un nouveau seuil en juin 2025, la communauté internationale ne peut plus se contenter d’appels à la « retenue ». Le temps est venu d’exiger une chose simple mais fondamentale : l’application rigoureuse du droit international. Faute de quoi, le Moyen-Orient - et au-delà - risque de s’enfoncer dans une spirale d’instabilité durable. La Chine et la Russie : entre calcul et ambivalence La Chine, médiatrice autoproclamée d’un nouvel ordre régional, plaide pour la stabilité. Mais sa position reste floue. Préserver ses intérêts énergétiques ou ses relations bilatérales ne saurait justifier le silence face à la violation du droit international humanitaire ou à l’agression préventive. Si elle veut être perçue comme un acteur de paix, Pékin doit s'engager clairement pour une résolution fondée sur la légalité. La Russie, quant à elle, jongle entre solidarité stratégique avec Téhéran et souci de préserver son emprise sur la Syrie. Cette ambivalence affaiblit sa crédibilité comme médiateur. Soutenir la souveraineté d’un État tout en tolérant des frappes extraterritoriales va à l’encontre des principes mêmes qu’elle revendique sur d’autres théâtres de guerre. Israël face à ses contradictions stratégiques L’offensive israélienne contre les infrastructures iraniennes, présentée comme une mesure de sécurité nationale, constitue une atteinte grave aux normes internationales si elle n’est pas justifiée par une menace imminente, clairement établie. Elle a affaibli les efforts diplomatiques en cours, accentué les clivages régionaux, et aliéné des puissances qui, jusqu’ici, soutenaient Israël sur la scène mondiale. En s’affranchissant des cadres multilatéraux, Israël renforce l’argumentaire de ses adversaires et compromet sa propre sécurité à long terme. Le droit international, loin d’être un obstacle, pourrait être son meilleur allié pour sortir de l’impasse actuelle. Des conséquences régionales à haut risque! Les tensions se sont déjà étendues au-delà des deux protagonistes directs. Des groupes armés ont intensifié leurs actions dans divers points chauds de la région, aggravant la situation humanitaire et menaçant les routes commerciales. Cette dynamique échappe à tout contrôle centralisé, et ne pourra être contenue que par une réponse collective, fondée sur la légalité internationale. Exiger plus que la diplomatie : la justice Face à cette situation, trois exigences doivent guider la réponse mondiale : - Le respect du droit international humanitaire, y compris la protection des civils et l’interdiction des représailles indiscriminées. - Un retour aux mécanismes multilatéraux de résolution des différends, notamment sous l’égide des Nations unies. - Une médiation régionale accompagnée de garanties juridiques, plutôt que d’accords sécuritaires ponctuels et ambigus. Le droit comme seul rempart. Ce conflit n’est pas une fatalité. Mais il ne peut être contenu par la seule realpolitik. La seule voie crédible pour éviter un embrasement régional et une fragmentation durable du Moyen-Orient est de replacer le droit international au centre des réponses diplomatiques. Le silence, l’ambiguïté ou l’indulgence à l’égard des violations actuelles seront demain autant de renoncements collectifs.

01 Jul 2025 Lire la suite
Le droit international face aux conflits contemporains : entre impuissance apparente et nécessité absolue
Société, Culture & Droit

Le droit international face aux conflits contemporains : entre impuissance apparente et nécessité absolue

Le droit international occupe une place centrale dans la régulation des relations entre États, la préservation des droits de l’homme, et la tentative de limitation des effets destructeurs des conflits armés. Cependant, les événements récents dans les régions du Proche et du Moyen-Orient, mettent à rude épreuve sa légitimité, son efficacité et son application concrète. Le rôle fondamental du droit international aujourd’hui Malgré ses failles, le droit international continue de représenter un cadre indispensable, notamment à travers trois fonctions principales : limiter les violences, encadrer le recours à la force, et responsabiliser les auteurs de crimes internationaux. a) Limiter les violences armées Le droit international humanitaire (DIH), fondé sur les Conventions de Genève de 1949[1] et leurs protocoles additionnels, fixe des règles claires en temps de guerre[2] : La protection des civils est un principe absolu ; Les attaques indiscriminées sont interdites ; Les prisonniers de guerre doivent être traités avec humanité ; L’accès humanitaire doit être garanti aux organisations comme la Croix-Rouge. Pourtant, dans les zones de guerre comme Gaza ou la Syrie, ces principes sont souvent bafoués. L’usage d’armes explosives en milieu urbain densément peuplé, les frappes sur des hôpitaux ou les sièges prolongés qui privent les civils d’accès aux besoins vitaux sont des violations manifestes du DIH. b) Encadrer la légalité du recours à la force Le droit international, notamment la Charte des Nations Unies, limite strictement le recours à la force. Selon l’article 51[3], seule la légitime défense ou une autorisation explicite du Conseil de sécurité peut justifier une intervention armée ; et combien de conflits, de crimes sont commis au nom de la légitime défense ! Cependant, des interventions unilatérales, comme celle menée par les États-Unis en Irak en 2003 sans mandat onusien, ont violé ce principe, illustrant les difficultés à faire respecter ces règles par les grandes puissances. c) Responsabiliser les auteurs de crimes graves Le droit pénal international permet de juger des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides. La Cour pénale internationale (CPI) a été créée à cette fin par le Statut de Rome en 1998. Elle représente une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité. Néanmoins, son autorité est souvent contestée. Des pays comme les États-Unis, Israël, la Russie ou la Syrie refusent de reconnaître sa compétence[4]. De plus, la CPI est parfois accusée d’agir de manière sélective, poursuivant principalement des responsables africains tandis que d'autres cas (comme les crimes en Palestine ou en Afghanistan) stagnent ou sont freinés. En définitive, le droit international est loin d’être parfait. Il est souvent fragilisé par l’hypocrisie des grandes puissances, la lenteur des mécanismes judiciaires et l’asymétrie dans l’application des règles. Mais malgré ses défauts, il reste aujourd’hui le seul cadre commun permettant d’ériger des barrières juridiques, morales et politiques contre la barbarie, la violence et l’arbitraire. Renoncer à ce droit, c’est accepter de replonger dans un monde où la force prime sur le droit, et où la justice devient une illusion. À l’inverse, croire en lui, le réformer et le défendre, c’est œuvrer pour un ordre mondial plus humain, plus équitable et plus stable. Les limites structurelles du droit international : entre idéalisme et impuissance Le droit international souffre d’un défaut originel : l’absence d’un véritable mécanisme de coercition. Contrairement aux systèmes juridiques internes, il ne dispose pas d’une force exécutive centralisée pour imposer ses décisions. Sa mise en œuvre repose essentiellement sur le consentement volontaire des États. Cela signifie que le respect des normes internationales dépend largement de la volonté politique des gouvernements, qui peut varier selon les intérêts stratégiques du moment. Cette dépendance rend les normes internationales particulièrement vulnérables aux rapports de force et à l’hypocrisie diplomatique. Un exemple emblématique de cette faiblesse est le Conseil de sécurité des Nations Unies, organe principal chargé de garantir la paix et la sécurité internationales. Théoriquement, il dispose de moyens contraignants pour imposer ses décisions (sanctions, opérations de maintien de la paix, autorisation de l’usage de la force). Mais dans la pratique, il est souvent paralysé par le droit de veto des cinq membres permanents — les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ce pouvoir de blocage, hérité de la Seconde Guerre mondiale, permet à une seule de ces puissances de faire échouer toute résolution contraire à ses intérêts. Ce dysfonctionnement institutionnel empêche régulièrement des actions cruciales, notamment en cas de violations massives du droit humanitaire ou d'agressions militaires. Par ailleurs, le droit pénal international, incarné par la Cour pénale internationale (CPI), souffre lui aussi d’un manque de pouvoir coercitif. La CPI n’a ni force de police ni moyens propres pour arrêter les suspects qu’elle inculpe. Elle dépend entièrement de la coopération des États. Or, cette coopération est souvent inexistante, voire ouvertement hostile. De nombreux États, y compris des grandes puissances comme les États-Unis, la Chine, la Russie ou Israël, ne reconnaissent pas la compétence de la Cour ou s'opposent activement à son fonctionnement. Cela réduit considérablement sa portée, surtout dans les cas les plus sensibles politiquement[5]. Une autre limite essentielle réside dans l’instrumentalisation des principes juridiques universels. Le droit international est parfois accusé d’être appliqué de manière sélective, selon des logiques géopolitiques. Cette réalité alimente le discours du "deux poids, deux mesures", notamment dans les pays du Sud. Lorsqu’un dirigeant africain est poursuivi pour crimes de guerre, mais que les responsables de violations similaires dans d'autres régions échappent à toute poursuite, la légitimité du système s'effrite. Le droit international, censé incarner l’égalité souveraine des États et la justice universelle, devient alors perçu comme un outil d’ingérence ou de domination. Et si le droit international venait à s’effondrer ? Hypothèses et dangers d’un monde sans règles Face à ces limites et à la fragilisation croissante du système international, certains chercheurs et analystes posent une question radicale[6] : que se passerait-il si le droit international s’effondrait totalement ? Si les traités perdaient leur force, si les juridictions internationales n’étaient plus reconnues, si les normes communes disparaissaient, quelles alternatives resteraient pour organiser la vie internationale ? Plusieurs scénarios se dessinent, mais aucun ne semble capable d’assurer un ordre stable, juste et pacifique. La première hypothèse serait un retour à la souveraineté absolue, dans lequel chaque État agirait librement selon ses seuls intérêts nationaux, sans se sentir lié par des engagements extérieurs. Ce modèle rappelle l’anarchie du système westphalien pré-XXe siècle. Il signifierait la fin de toute régulation multilatérale, et ouvrirait la voie à des conflits permanents, des alliances instables, et une compétition accrue pour les ressources. Une deuxième alternative serait celle de la loi du plus fort. Dans un monde où le droit s’efface, la force militaire, économique ou technologique devient l’unique moyen de régulation. Cela renforcerait les grandes puissances au détriment des États plus faibles, et réduirait à néant la protection des populations civiles, des minorités et des réfugiés. Ce modèle dystopique rapprocherait le système international d’un chaos hobbesien, où la violence est omniprésente et où la sécurité dépend uniquement de la puissance. Un troisième scénario possible serait l’émergence de systèmes régionaux cloisonnés, tels que l’Union européenne, l’Union africaine, ou les BRICS. Chaque bloc développerait son propre cadre normatif, sans coordination globale. Bien que cela puisse offrir une certaine stabilité locale, cette fragmentation nuirait à la cohérence du droit international et renforcerait les inégalités juridiques selon la région du monde où l’on se trouve. L’universalité des droits et la solidarité internationale deviendraient inaccessibles. Enfin, une dernière hypothèse, encore marginale mais inquiétante, serait l’installation d’une gouvernance privée ou technologique, dominée par les grandes entreprises transnationales et les plateformes numériques. Dans un monde globalisé, ces acteurs ont parfois plus d’influence que les États eux-mêmes. Ils pourraient imposer des normes économiques, sécuritaires ou sociales échappant à tout contrôle démocratique. Un tel modèle creuserait les inégalités et ferait reculer les droits fondamentaux. [1] “Amnesty International. 2024. Le Droit International Humanitaire. Https://Www.Amnesty.Org/Fr/What-We-Do/International-Law/”. [2] “Comité International de La Croix-Rouge (CICR). 2024. Les Conventions de Genève de 1949. Https://Www.Icrc.Org/Fr/Document/Les-Conventions-de-Geneve-de-1949.,”. [3] “Charte Des Nations Unies, Chapitre VII : Action En Cas de Menace Contre La Paix, de Rupture de La Paix et d’acte d’agression - Article 51,”. [4] “Https://Www.Icc-Cpi.Int/about/How-the-Court-Works,”. [5] “Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). 2024. Études Sur Le Droit International et Les Crises Contemporaines. Https://Www.Iris-France.Org/.,” n.d. [6] “Nations Unies. 2024. Maintien de La Paix et Sécurité Internationale. Https://Www.Un.Org/Fr/Our-Work/Maintain-International-Peace-and-Security.,” n.d.

01 Jul 2025 Lire la suite
Alexandre Viala – La démocratie à l’épreuve du savoir : une réflexion sur l’épistocratie
Société, Culture & Droit

Alexandre Viala – La démocratie à l’épreuve du savoir : une réflexion sur l’épistocratie

Avec son dernier ouvrage récemment publié aux éditions Dalloz, « Faut-il abandonner le pouvoir aux savants ? La tentation de l'épistocratie », le professeur Alexandre Viala interroge les fondements de la démocratie contemporaine à la lumière d'un concept ancien qui remonte à Platon, mais qui est aujourd'hui relancé par les défis géopolitiques imputables à la montée inquiétante des populismes : celui de l'épistocratie, c'est-à-dire le gouvernement par les plus compétents ou les plus instruits. Dans un contexte où la démocratie représentative traverse une crise de légitimité, où les réseaux sociaux bousculent la hiérarchie des savoirs, et où les décisions techniques exigent des connaissances de plus en plus pointues, Alexandre Viala pose une question dérangeante : la compétence des décideurs doit-elle primer sur la légitimité électorale ? Tout en refusant une technocratie autoritaire, il explore les tensions entre rationalité et volonté populaire, et propose une réflexion stimulante sur l'articulation entre savoir et pouvoir. Professeur de droit constitutionnel et de philosophie du droit à l'Université de Montpellier, Alexandre Viala est une figure intellectuelle engagée. Auteur du manuel de référence « Philosophie du droit » (Éditions Ellipses), il a dirigé pendant de nombreuses années le CERCOP (Centre d'Études et de Recherches Comparatives Constitutionnelles et Politiques), un centre de recherche reconnu pour sa rigueur et son ouverture aux grands débats contemporains. Il dirige également, depuis plus de vingt ans, le Diplôme d'Université de Philosophie du droit de Montpellier. Son engagement ne se limite pas à l'université. Membre actif du Conseil scientifique de l'Institut international d'études géopolitiques, basé à Montpellier, Alexandre Viala y apporte une contribution précieuse, à la croisée du droit, de la philosophie et de la géopolitique. L'Institut, qui réunit experts, universitaires et diplomates, se veut un lieu de réflexion stratégique sur les grands enjeux mondiaux, avec une attention particulière portée aux mutations du droit dans les relations internationales. À travers son parcours, Alexandre Viala incarne une exigence intellectuelle rare : celle d'un penseur du droit capable de mettre en tension les idéaux démocratiques et les réalités du savoir. Son livre est un appel à penser la démocratie non seulement comme un régime de liberté, mais aussi comme un défi permanent à l'intelligence collective.

25 Jun 2025 Lire la suite
Gabon : Vers une recomposition des paysages politique et économique gabonais
Diplomatie & Coopération Sud-Sud

Gabon : Vers une recomposition des paysages politique et économique gabonais

Une élection présidentielle a eu lieu  au Gabon le 12 avril 2025 et a été remportée par Brice Clotaire Oligui Nguema, précédemment Président de la Transition depuis le 30 mars 2023, date du coup de force qui a vu le départ d'Ali Bongo Ondimba du pouvoir.Brice Clotaire Oligui Nguema qui faisait partie des 8 postulants au fauteuil présidentiel du Palais du bord de mer au Gabon,  a largement remporté cette élection présidentielle avec plus de 94%  des suffrages exprimés. Ce ne fut pas une surprise  car une adhésion populaire était en marche et la Constitution modifiée à la suite d'un Référendum écartait d'emblée les candidats qui pouvaient lui faire barrage. Au lendemain de cette victoire confirmée et proclamée par la Cour Constitutionnelle, il n' y a pas eu de tensions internes comme  ce fut le cas en  2009, 2016 et 2023; juste après la publication des résultats.Le seul candidat qui pouvait donner la réplique à Oligui Nguema au cours de cette élection présidentielle était Alain Claude Bilie By Nze, qui malheureusement, n'a pas réussi à s'attirer la confiance d'un plus grand nombre d'électeurs. Arrivé en seconde position avec un peu plus de 3% des voix,  il réussit tout de même à se positionner comme  le nouveau chef de l'opposition. Quelles sont les espérances attendues par les électeurs et qu'est ce qui va changer notamment pour les investisseurs étrangers ? Les investisseurs, quant à eux, attendent plus de rigueur dans  la législation du droit des affaires, une application souple des Codes minier et pétrolier, notamment, mais également plus d'assurance et d'accompagnement en terme de finances pour mener à bien les grands projets qui tardent à se concrétiser.Au lendemain de l'élection présidentielle, les regards sont tournés vers la formation d'un nouveau gouvernement  qui devrait prendre en compte les efforts conjugués des différentes alliances qui ont favorisé  la victoire d'Oligui Nguema qui ne se présentait pas sous la bannière d'un quelconque parti politique, mais en indépendant. Le nouveau président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema avait obtenu  le soutien de la quasi-totalité des forces politiques, qu’elles soient issues de l’ancien système PDG, de l’ex-opposition qui a participé à la transition, comme les ténors Alexandre Barro Chambrier ou Paulette Missambo, ou de voix jadis très critiques de la société civile comme le défenseur de l’environnement Marc Ona Essangui ou l’avocat Anges-Kevin Nzigou.Après la phase protocolaire de la  cérémonie d'investiture du président élu qui est prévue le 3 mai 2025,   il y aura certainement  la formation d'un gouvernement  d'union nationale, assez large, pour récompenser les acteurs de cette  victoire car Oligui Nguema avait besoin d'un large soutien, notamment celui du Parti démocratique gabonais (PDG) dont il prônait pourtant la rupture avec l'ancien système mais qui l'a finalement soutenu et fait élire. Le  prochain gouvernement  sera-t-il constitué d'officiers supérieurs issus du Comité pour la Transition et la restauration des Institutions (CTRI) ? La question reste posée car pour être  candidat à l'élection présidentielle du 12 avril 2025, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema avait dû se passer de son uniforme de militaire pour se présenter en candidat civil. Oligui Nguema aura-t-il totalement les mains libres pour diriger le pays sans ses anciens frères d'armes ? La question reste posée. Les transactions entre les partis, les associations, ont certainement débuté.  Le plébiscite d'Oligui Nguema repose sur la résolution des besoins immédiats d'un peu plus de deux (2) millions de Gabonais en réduisant dans un premier temps les inégalités. Il n'y a pas de classe  moyenne importante au Gabon. Et c'est  une frange de la population qu'il faudrait constituer. Il est indéniable qu'Oligui Nguema risque d'être plombé à un moment donné par l'ex parti au pouvoir qui s'est mobilisé pour sa victoire. C'est le signe également que plusieurs ministres actuels quitteront leur postes dès la formation du nouveau gouvernement dont la  date n'est pas encore connue.Une révolution économique qui passe par une meilleure gestion des ressources du sous-sol gabonais.Pour mener à bien les projets miniers,  la mise en valeur des gisements de fer de Belinga, de Baniaka et de Milingui, des investissements à forte valeur ajoutée sont indispensables. Les infrastructures et  le potentiel énergétique national n'ont pas encore trouvé des solutions. Le challenge premier sera, en effet, la construction des routes, des ponts, des ports en eaux profondes et des voies ferrées à deux voies. Mais également des centrales électriques pour fournir de l'électricité suffisante au bon fonctionnement des usines.  Cela nécessite de gros apports financiers que le Gabon et des investisseurs étrangers devront débloquer.Avec la fin de la période de transition et le retour à l'ordre constitutionnel, les capitaux étrangers devraient abonder pour accompagner le  développement économique et social du pays.Aujourd'hui, il y a plus d'assurance car la Gabon aborde le long terme avec un environnement qui gagne en confiance et qui va rassurer les investisseurs étrangers. Les chantiers qui attendent le gouvernement sont colossaux . Il y a également la dette publique du pays. Pour  trouver des solutions adéquates, il faudrait que le président élu s'entoure d'experts et des meilleurs spécialistes dans les domaines clés de l'économie.La question qui reste posée  est celle de savoir si le président de la République Brice Oligui Nguema qui a fait ses classes sous le régime Bongo, disposera des pleins pouvoirs pour diriger le pays et cela au niveau de l'Assemblée nationale et du Sénat. Il faudrait sans doute attendre environ quelques mois de gouvernance pour apprécier la valeur et le cap des réformes initiées.Un nouveau président sous le poids de nombreux chantiersLe  pari pour une autre façon de diriger le pays aborde une nouvelle ère.  Outre le volet politique, les regards sont tournés à présent vers le développement économique du pays qui a pris beaucoup de retard par rapport aux richesses dont il dispose. Une expansion économique souhaitée et qui passera par une meilleure répartition des revenus au sein de la population. L'élection de Brice Clotaire Oligui Nguema est considérée comme un renouveau au Gabon. Mais de grands chantiers attendent le prochain gouvernement. Quelles sont les personnalités  qui composeront le  prochain gouvernement ? Elles sont nombreuses à frapper à la porte de celui-ci.  Commençons par Hermann Immongault, le ministre de l'Intérieur, dont le département a organisé le vote à travers le pays. Il y a également le Premier ministre actuel Raymond Ndong Sima;  le Vice Premier ministre Alexandre Barro Chambrier; Mais également Jean-Pierre Oyiba le coordinateur général de campagne de Brice Clotaire Oligui Nguema. Quelques personnalités de la société civile nommées par Oligui Nguema au Sénat, à l'Assemblée nationale, au Conseil économique, Social et Environnemental (CESE), pourraient sans doute, faire partie du prochain gouvernement. Certains candidats qui, lors de l’élection présidentielle avaient ouvertement rallié le programme du président élu, pourraient se voir récompensés. C'est le cas de Alain Simplice Boungoueres, leader du Mouvement des citoyens gabonais (MCG). ce dernier proposait, entre autres, la création d’un Fonds souverain du pardon national (FSPN) , doté de 40 milliards de francs CFA, destiné à permettre le retour des exilés politiques gabonais, victimes d’injustices, en leur offrant une terre et une compensation financière.Au lendemain de sa victoire, le président élu Brice Clotaire Oligui Nguema a invité ses collaborateurs à poursuivre les efforts déployés durant les 19 mois écoulés.  Pour lui, "l'élection présidentielle est passée et le travail doit se poursuivre".La population gabonaise est estimée à un peu plus de 2 millions d'habitants.  Les ressources  sont abondantes  mais  l'économie  gabonaise a toujours été dominée par l'exportation du bois, du manganèse, du pétrole et bientôt par le fer puis bien d'autres  métaux précieux. Malgré ce potentiel économique intrinsèque,  le Gabon doté d'une superficie de 268 000 km2 et couverte à plus de 80% par une forêt dense, a du mal à accéder à une croissance durable et inclusive. Même s'il est reconnu que  le Gabon dispose du Produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus élevé en Afrique, la distribution des richesses au sein de la population reste toujours inégale et en 2022, selon la Banque Mondiale,  un Gabonais sur trois vivait encore sous le seuil de la pauvreté.

25 Jun 2025 Lire la suite
Accord sino-américain 2025 : analyse exclusive de Khaled Hamadé
Géopolitique & Stratégie

Accord sino-américain 2025 : analyse exclusive de Khaled Hamadé

Interview exclusive de M. Khaled Hamadé, Président de l’Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG) Réalisée par Antoine Lawson, directeur de l’agence Infoplus Gabon  L’accord-cadre signé le 11 juin 2025 à Londres entre les États-Unis et la Chine marque un tournant décisif dans les relations sino-américaines. Au-delà des concessions commerciales mutuelles, cet accord ouvre une nouvelle ère de gestion stratégique de la rivalité entre les deux grandes puissances. Décryptage avec M. Khaled Hamadé, président de l’IIEG, un think tank récemment fondé et déjà influent dans les cercles diplomatiques. Antoine Lawson : M. Hamadé, cet accord intervient après des mois de tensions commerciales, technologiques et militaires. Marque-t-il vraiment un tournant géopolitique majeur ? Khaled Hamadé : Absolument. Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle doctrine géopolitique que je nomme la compétition régulée. Contrairement à la guerre froide où le monde était divisé en deux blocs antagonistes, l’époque actuelle voit les superpuissances alterner confrontation et coopération en fonction de leurs intérêts vitaux. L’accord de Londres est emblématique de cette nouvelle logique : Washington et Pékin se disputent l’hégémonie mondiale, mais sont contraints de négocier pour préserver la stabilité de leurs économies interconnectées. C’est un réalisme stratégique qui s’impose. Antoine Lawson : Les terres rares semblent être au cœur de l’accord. Pourquoi ces ressources sont-elles si stratégiques aujourd’hui ? Khaled Hamadé : Les terres rares sont devenues l’équivalent du pétrole au XXIe siècle. Elles sont essentielles à la fabrication des technologies avancées : smartphones, éoliennes, véhicules électriques, armements sophistiqués. Or, la Chine assure 92 % du raffinage mondial de ces métaux critiques. Cette domination industrielle lui confère un levier géopolitique majeur. L’accord signé met en lumière une dépendance américaine embarrassante : malgré sa puissance militaire, Washington reste vulnérable sur le plan technologique, car il dépend d’un rival stratégique pour accéder à ces ressources.   Antoine Lawson : Peut-on dire que cet accord participe à l’installation d’un monde multipolaire ? Khaled Hamadé : Paradoxalement, oui. En reconnaissant leur interdépendance, les États-Unis et la Chine donnent un signal fort aux puissances régionales : elles aussi peuvent tirer parti de la compétition sino-américaine. Les BRICS, en particulier, observent attentivement. L’Inde accélère ses investissements miniers en Afrique, la Russie mise sur une diplomatie énergétique renforcée, le Brésil s’intéresse davantage à la valorisation géopolitique de ses ressources naturelles. Nous assistons à la formation de coalitions stratégiques régionales, capables de contrecarrer l’influence exclusive de Washington et Pékin. Antoine Lawson : Quel rôle l’Afrique peut-elle espérer jouer dans ce nouvel échiquier mondial ? Khaled Hamadé : L’Afrique dispose d’un potentiel géostratégique immense : elle concentre 50 % des réserves mondiales de cobalt, 85 % du manganèse, et une part significative des terres rares non encore exploitées. Mais ce potentiel n’est pas synonyme de pouvoir. Il faut une volonté politique forte et une vision panafricaine. L’accord sino-américain ouvre une fenêtre d’opportunité : les puissances occidentales cherchent à diversifier leurs approvisionnements, ce qui donne à l’Afrique un pouvoir de négociation inédit. À condition, bien sûr, de dépasser les logiques de rente, les rivalités nationales et de miser sur l’intégration régionale. Antoine Lawson : Cela pose la question de la souveraineté économique des États africains. Qu’en pensez- vous ? Khaled Hamadé : La souveraineté au XXIe siècle ne se mesure plus uniquement à l’indépendance politique ou militaire. Elle se définit par la capacité à maîtriser ses ressources stratégiques, à les transformer localement, à créer de la valeur. Les pays africains doivent impérativement remonter les chaînes de valeur : construire des unités de raffinage, former des ingénieurs, créer des consortiums transnationaux. Remplacer une dépendance chinoise par une dépendance américaine serait une erreur. La véritable souveraineté consiste à jouer sur la rivalité entre puissances pour en tirer le maximum d’avantages. Antoine Lawson : Comment voyez-vous évoluer ces enjeux dans les prochaines années ? Khaled Hamadé : Nous entrons dans l’âge des ressources stratégiques. Ce n’est plus la seule puissance militaire qui façonne les rapports de force, mais aussi la maîtrise de l’accès aux métaux critiques, à l’eau, à l’énergie. Trois scénarios sont envisageables : L’équilibre de la terreur économique, où les inter- dépendances deviennent des La fragmentation en blocs économiques étanches, synonyme de repli protectionniste. La multipolarité régulée, où plusieurs centres de pou- voir coopèrent selon des règles Dans tous les cas, les États qui contrôleront les ressources critiques seront au cœur des arbitrages internationaux. L’accord de Londres n’est que le premier acte d’une recomposition qui pourrait durer des décennies.

16 Jun 2025 Lire la suite
Le Sahara marocain… Un livre, chant de lumière et promesse d’avenir, signé Jean-Marie Heydt
Géopolitique & Stratégie

Le Sahara marocain… Un livre, chant de lumière et promesse d’avenir, signé Jean-Marie Heydt

"Le Sahara Marocain : Terre de Lumière et d'Avenir" – Un Voyage au Cœur du Désert Dans un livre débordant de passion et de foi, l'écrivain franco-suisse Jean-Marie Heydt nous emmène dans un voyage à travers des pages baignées de lumière, portées par l'espoir, et parfumées par l'étendue des sables dans un horizon qui ne connaît ni brisure ni fin. Le titre à lui seul est un poème : « Le Sahara marocain : Terre de lumière et d’avenir ». Dès les premières lignes, l’auteur ne se contente pas de transmettre des informations. Il sème les mots comme des grains de raisin dans un plat d’or. Il se dirige vers le sud marocain, non pas comme un simple voyageur de passage, mais comme un amoureux venu tardivement, pour présenter ses excuses au désert au nom de ceux qui l’ont mal compris. Il pose sa main sur son pouls et entend les récits anciens résonner dans le silence des dunes. Il contemple l’azur du ciel et y lit les poèmes du rêve et la promesse de la vie. Il dit au lecteur occidental : arrête-toi un instant. Écoute. Ne réduis pas le désert à un simple point de discorde dans un manuel de géographie. Ce n’est pas une terre disputée. C’est une terre de lumière, de mémoire, d’êtres humains qui aiment, créent et font des miracles avec peu. De son sable naissent des poèmes. Des cœurs de ses habitants jaillissent les chants. De son étreinte sont issues des tribus qui ont uni le nord et le sud, le désert et l’océan. Une Plongée Émerveillée dans la Culture Saharienne Jean-Marie Heydt avance comme on ouvre un livre sacré. Il s’émerveille devant le bleu des regards, la chaleur de Dakhla, le murmure des oasis de Smara. Il parle des habits sahariens comme un poète parle de sa bien-aimée, et de la poésie hassanie comme on évoque les prophètes. Dans chaque tente, il voit un roman. Dans chaque mariage, une épopée digne des Mille et Une Nuits. Il parle des chameaux, non comme de simples bêtes de somme, mais comme des symboles de la patience historique. Il évoque les hommes et les femmes comme s’ils étaient les piliers silencieux de cette nation noble et vaste. Mais la magie du passé ne le détourne pas de la clarté du présent. Le voilà qui décrit les routes traversant le désert comme des artères dans un corps vivant, des ports en construction, des aéroports en inauguration, des investissements semant l’espérance dans des sables longtemps maltraités par le discours médiatique et politique. Il voit dans le Sahara marocain non seulement un passé éclatant, mais un avenir en train de se dessiner, dans le silence, avec persévérance, et sous une vision royale clairvoyante. Un Appel à la Raison et à la Compréhension L’auteur n’élude pas les dimensions politiques, mais il les aborde avec la noblesse d’un penseur, non le vacarme d’un orateur. Il appelle à la paix, à la compréhension, au respect de la souveraineté avec une profonde humanité. Il croit que l’autonomie proposée par le Maroc n’est pas seulement une solution politique, mais une promesse de vie digne pour les fils du désert, au sein d’une nation qui reconnaît toute sa diversité. Il invite l’Europe à voir la vérité avec les yeux de la raison, et non à travers le prisme des intérêts. À écouter, non ce qui se dit, mais ce qui se passe réellement sur le terrain. Ce livre n’est pas un rapport. C’est un miroir sincère. Une source d’amour. Une illumination de conscience. Jean-Marie Heydt l’a écrit non pour défendre un camp contre un autre, mais pour défendre la vérité. Pour dire que le Sahara marocain n’est pas une histoire en suspens, mais une aube qui commence à briller. À chaque page de cette œuvre, on entend le frémissement d’un palmier en prière silencieuse, on respire le parfum du thé chaud sur les braises de l’hospitalité, on aperçoit les ombres de l’aube glisser entre les tentes de Laâyoune, cherchant un enfant qui trace son avenir avec un bâton de bois sur le sable. « Le Sahara marocain : Terre de lumière et d’avenir » est un message d’amour. Un document de lumière. Une promesse que demain commence déjà.

05 Jun 2025 Lire la suite
Un tournant stratégique aux implications européennes
Géopolitique & Stratégie

Un tournant stratégique aux implications européennes

Le 1er mai 2025, l’Ukraine et les États-Unis ont signé un accord marquant dans le domaine des ressources naturelles, visant à établir un fonds d’investissement commun pour la reconstruction de l’Ukraine, tout en offrant aux entreprises américaines un accès privilégié aux ressources minières ukrainiennes. Cet accord, bien que salué par certains comme une avancée stratégique, soulève des interrogations quant à ses répercussions économiques, notamment pour l’Union européenne. Un accord aux contours stratégiques L’accord stipule la création d’un fonds d’investissement conjoint, avec un partage équitable des revenus issus des projets miniers futurs, tels que le lithium, le titane, l’uranium et les terres rares. L’Ukraine conserve la pleine propriété de ses ressources naturelles et de ses infrastructures, mais les profits générés seront réinvestis dans la reconstruction du pays pendant les dix premières années. Après 2035, les dividendes pourront être distribués. Cependant, cet accord ne prévoit aucune garantie de sécurité de la part des États-Unis pour l’Ukraine, et la question de l’adhésion à l’OTAN sera abordée séparément, dans le cadre d’un futur accord de paix avec la Russie. Réactions et implications pour l’Union européenne L’Union européenne, déjà engagée dans un partenariat stratégique avec l’Ukraine depuis 2021, se trouve confrontée à une situation complexe. D’un côté, l’accord offre aux entreprises américaines un accès privilégié aux ressources minières ukrainiennes, renforçant ainsi l’influence des États-Unis dans la région. De l’autre, l’Europe craint que cet accord ne marginalise ses propres initiatives et ne réduise son rôle dans la reconstruction et le développement économique de l’Ukraine. Les autorités européennes ont exprimé des préoccupations concernant la gestion des ressources naturelles de l’Ukraine et ont souligné la nécessité d’une coopération étroite entre l’UE et l’Ukraine pour garantir une exploitation durable et équitable de ces ressources. Le Commissaire européen à la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a proposé un accord alternatif, mettant en avant une approche « gagnant-gagnant » qui privilégie les intérêts mutuels et la durabilité. Conséquences économiques pour l’Europe L’accord entre les États-Unis et l’Ukraine pourrait avoir plusieurs répercussions sur l’économie européenne : 1. Accès limité aux ressources : Les entreprises européennes pourraient se voir exclues des projets miniers en Ukraine, réduisant ainsi leur accès à des ressources stratégiques essentielles pour la transition énergétique et l’industrie technologique. 2. Concurrence accrue : La présence accrue des entreprises américaines en Ukraine pourrait intensifier la concurrence pour les marchés européens, notamment dans les secteurs de l’énergie et des technologies. 3. Incertitude géopolitique : L’absence de garanties de sécurité de la part des États-Unis pourrait accroître l’instabilité dans la région, affectant négativement les investissements européens et la sécurité énergétique. 4. Pression financière : L’Union européenne pourrait être appelée à assumer une part plus importante des coûts de reconstruction de l’Ukraine, alors que les États-Unis semblent privilégier une approche plus axée sur les retours économiques directs. Perspectives d’avenir Face à ces défis, l’Union européenne devra adopter une stratégie proactive pour préserver ses intérêts économiques et géopolitiques : Renforcer la coopération avec l’Ukraine : Poursuivre et approfondir les partenariats existants, en mettant l’accent sur la durabilité, la transparence et l’inclusivité dans l’exploitation des ressources naturelles. Diversifier les sources d’approvisionnement : Explorer de nouvelles voies d’approvisionnement en ressources stratégiques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de sources uniques et potentiellement instables. Promouvoir l’innovation et la compétitivité : Investir dans la recherche et le développement pour renforcer la position de l’Europe dans les secteurs clés de l’économie mondiale. Maintenir l’unité transatlantique : Dialoguer avec les États-Unis pour assurer une coordination efficace des politiques et éviter les divergences qui pourraient nuire aux intérêts communs. En définitive Bien que l’accord entre les États-Unis et l’Ukraine ouvre de nouvelles perspectives pour la reconstruction de l’Ukraine et l’accès à ses ressources naturelles, il présente également des défis considérables pour l’Union européenne. Une approche équilibrée, fondée sur la coopération, l’innovation et la solidarité, sera essentielle pour naviguer dans ce nouveau paysage géopolitique et économique.

22 May 2025 Lire la suite
Municipales 2025 au Liban : Une démocratie sous tension !
Géopolitique & Stratégie

Municipales 2025 au Liban : Une démocratie sous tension !

Depuis 2019, le Liban traverse une crise multidimensionnelle affectant profondément ses institutions démocratiques. Les élections municipales, initialement prévues en 2022, ont été repoussées à plusieurs reprises en raison de facteurs majeurs tels que la pandémie de COVID-19, l’effondrement économique, ainsi que la dégradation sécuritaire dans le sud du pays, marquée par des affrontements récurrents entre le Hezbollah et Israël.Ce report a suscité de vives inquiétudes quant à la continuité du processus démocratique et à la légitimité des autorités locales, d’autant que les conseils municipaux assurent la gestion de services publics essentiels. De nombreux conseils ont d’ailleurs démissionné ou cessé de fonctionner depuis les dernières élections de 2016, faute de moyens financiers ou de personnel.Le président libanais Joseph Aoun a néanmoins réaffirmé son engagement en faveur du retour à une vie démocratique stable, engagement partagé par le gouvernement. Cet engagement s’est concrétisé dans les préparatifs et la tenue des élections municipales de 2025. 1. Enjeux des élections municipales de 2025 a. Gouvernance locale et services publics Les municipalités libanaises jouent un rôle clé dans la fourniture de services comme la gestion des déchets, l’entretien des infrastructures et les services sociaux. Leur dysfonctionnement accentue les inégalités régionales, particulièrement dans les zones rurales, et fragilise la cohésion nationale. b. Préparation aux législatives de 2026 Les municipales servent souvent de test grandeur nature pour les partis politiques, en vue des élections législatives. Elles permettent d’évaluer leur présence locale, de tester des alliances et d’ajuster leurs stratégies. Leur report a perturbé ce processus préparatoire. c. Mobilisation de la jeunesse Une participation accrue des jeunes, notamment via des candidatures, reflète une volonté de renouvellement politique. Cette dynamique pourrait influencer de manière significative les échéances électorales à venir, notamment les législatives de 2026.Les résultats définitifs permettront une première analyse des profils jeunes ayant remporté ce scrutin. 2. Le rôle des forces régionales a. L’influence du Hezbollah Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, reste un acteur majeur sur les plans politique et militaire, surtout au sein de la communauté chiite. Toutefois, il est affaibli par le conflit meurtrier de septembre/octobre 2024, marqué par l’assassinat de ses figures de proue, dont Hassan Nasrallah et son successeur Hashem Safieddine.Ce revers militaire et politique, amplifié par la perte d’alliés régionaux clés comme le régime syrien de Bachar El-Assad, a conduit à une pression internationale croissante pour son désarmement. Malgré cela, les municipales représentent pour le Hezbollah une occasion cruciale de démontrer sa résilience et de maintenir son lien avec sa base populaire. b. Fragmentation sécuritaire L'absence de gouvernance étatique forte a favorisé l’émergence de milices locales, dont le Hezbollah, souvent soutenues par des puissances étrangères. Cette fragmentation complique considérablement la stabilisation politique du Liban. c. Nouvel ordre géopolitique au Moyen-Orient Le Liban est directement impacté par les transformations géopolitiques régionales : réajustements d’alliances, diversification des partenariats, montée en puissance de nouveaux pôles technologiques.Ces mutations offrent une fenêtre d’opportunité aux partis opposés à l’influence iranienne, qui cherchent à rompre avec le statu quo et à proposer une alternative politique souveraine et moderne. 3. Perspectives pour les législatives de 2026 Les législatives de 2026 seront un moment décisif pour redessiner le paysage politique libanais. De nouvelles forces pourraient émerger, des alliances se reformer. Mais la réussite de ce scrutin dépendra de la capacité à garantir un environnement électoral libre, sécurisé et équitable, dans un contexte encore marqué par l’instabilité économique et sécuritaire. Conclusion Le Liban se trouve à un tournant. Les municipales de 2025 constituent un test crucial de la capacité du gouvernement à concilier stabilité sécuritaire et exigence démocratique.Leurs résultats offriront une lecture précieuse de l’état de l’opinion publique et serviront de socle stratégique pour les partis en vue des législatives de 2026.Dans ce contexte tendu, la présence persistante du Hezbollah, les appels à son désarmement, et les pressions géopolitiques internationales complexifient davantage la situation.Enfin, le rôle de l’armée libanaise et des forces de sécurité reste central : elles assurent non seulement la tenue du scrutin, mais également la défense d’un processus démocratique au service des citoyens. Références : Ici Beyrouth L’Orient-Le Jour Le Monde Libnanews – Le Média Citoyen du Liban

21 May 2025 Lire la suite
Réforme du code de la famille au Maroc : Tradition, modernité et justice sociale
Société, Culture & Droit

Réforme du code de la famille au Maroc : Tradition, modernité et justice sociale

Une réforme historique pour l’évolution du droit familial Sous l’impulsion de sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc poursuit sa dynamique de modernisation en lançant une réforme majeure du Code de la famille. Elle vise à corriger les lacunes identifiées et s’inscrit dans une dynamique où l’égalité entre les sexes est devenue une priorité mondiale. En garantissant une protection plus équitable en matière de mariage, divorce, filiation et héritage, cette réforme contribue à l’élimination des disparités persistantes dans l’application du droit familial et assure une transition harmonieuse vers un système juridique plus inclusif et équitable. Un alignement avec les engagements internationaux du Maroc À travers cette réforme, le Royaume réaffirme son engagement en faveur des conventions internationales relatives aux droits humains et démontre au monde à quel point il est devenu un grand État moderne et incontournable dans la constellation des Nations. Ce processus atteste de la volonté du Maroc de placer les droits humains au cœur des réformes législatives, et de faire de la justice sociale un pilier fondamental de son développement. Un équilibre entre tradition et modernité Contrairement à certaines appréhensions, cette réforme ne doit pas être perçue comme une opposition entre tradition et modernité, mais plutôt comme une opportunité de renforcer l’État de droit, assurer la justice sociale, protéger les droits des femmes et des enfants, et aligner le droit marocain avec les évolutions sociétales et les engagements internationaux. Une réforme inclusive et adaptée aux réalités du Maroc Reposant sur une approche participative, cette réforme est le fruit d’un large dialogue national impliquant les institutions publiques, les ONG, les experts juridiques et les acteurs sociaux. En plaçant les droits humains et l’égalité au centre des réformes, cette initiative marque une transition réfléchie vers un système juridique plus inclusif, où traditions et engagements internationaux ne s’opposent pas mais se complètent, renforçant ainsi la cohésion et la stabilité de la société marocaine.

28 Apr 2025 Lire la suite
Mobilité électrique en Afrique : Le Maroc en tête d’une révolution durable
Économie & Développement

Mobilité électrique en Afrique : Le Maroc en tête d’une révolution durable

La mobilité électrique s’impose aujourd’hui comme une réponse incontournable aux défis écologiques, économiques et sociaux de notre époque. En Afrique, et particulièrement au Maroc, sous la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette transition est en marche, portée par des réformes stratégiques et un écosystème innovant. Face à la montée des attentes en matière de durabilité et d'efficacité, la mobilité légère électrique, notamment les deux-roues et trois-roues, incarne une transformation technologique et sociale majeure. Le Maroc : un modèle de leadership en mobilité électrique Grâce à une vision stratégique claire, le Maroc possède les atouts pour devenir un hub africain et mondial de la mobilité électrique. Des infrastructures énergétiques de pointe Des projets comme Noor Ouarzazate fournissent une énergie propre et compétitive, essentielle pour soutenir un écosystème de mobilité électrique durable. Réformes structurelles et environnement propice La réforme de l’ANRE et la modernisation des politiques énergétiques offrent un cadre favorable à l’intégration de nouvelles technologies. Smart cities et connectivité urbaine Des initiatives comme Casablanca Smart City permettent de tester des solutions novatrices intégrant la mobilité électrique dans une approche globale de durabilité et de gestion urbaine. Technologies avancées et innovation fintech L’intégration de solutions fintech et de technologies de surveillance intelligente, combinées à des mesures de sécurité robustes, ouvre la voie à une mobilité légère qui est non seulement plus verte mais aussi plus connectée. Les avantages de la mobilité électrique pour l'utilisateur final Réduction des coûts et accessibilité Les deux-roues et trois-roues électriques, grâce à leur faible coût initial et leur entretien réduit, deviennent accessibles à une large population, incluant les classes moyennes et populaires. Amélioration de la qualité de vie Ces véhicules, particulièrement adaptés aux environnements urbains et semi-urbains, facilitent les déplacements du quotidien tout en réduisant la pollution sonore et atmosphérique. Sécurité et connectivité améliorées Les systèmes embarqués de surveillance et de suivi permettent aux utilisateurs de bénéficier d’une meilleure sécurité, tandis que les innovations fintech rendent possibles des solutions de paiement flexibles (leasing, micro-financements). Impacts sociaux et environnementaux positifs En favorisant des modes de transport moins polluants, la mobilité électrique contribue à la création de communautés urbaines plus résilientes et inclusives, tout en réduisant l’empreinte carbone. Une plateforme collaborative pour accélérer la transition Pour garantir une transition efficace et inclusive, l'Institut International d’Études Géopolitiques propose la mise en place d’une plateforme collaborative dès le premier trimestre 2025. Les objectifs clés : Dialogues stratégiques : organiser des tables rondes réunissant startups, investisseurs et décideurs publics. Partenariats innovants : faciliter les collaborations public-privé pour soutenir des projets pilotes de mobilité. Sensibilisation : impliquer toutes les parties prenantes pour aligner les objectifs locaux et internationaux. Un appel aux investisseurs : une opportunité unique Les investisseurs internationaux sont invités à exploiter le potentiel du marché marocain, caractérisé par sa stabilité économique et sa position stratégique en tant que porte d'entrée vers l'Afrique. Pourquoi investir ? Un marché en pleine croissance : une demande croissante pour des solutions de mobilité électrique légères. Un cadre réglementaire favorable : réformes et incitations facilitant les investissements. Un potentiel d’innovation : Le Maroc peut servir de laboratoire pour développer des solutions adaptées aux pays en développement. Un modèle mondial pour 2025 et au-delà La mobilité légère électrique représente un levier transformationnel, intégrant des technologies avancées pour répondre aux besoins croissants des utilisateurs tout en s'inscrivant dans une vision de durabilité. En encourageant les synergies entre innovation technologique, infrastructures modernes, et initiatives collaboratives, le Maroc est en bonne voie pour devenir un modèle mondial de la mobilité électrique. En d'autres termes plus clairs, il s'agit d'une vision pour des communautés résilientes et connectées. Le Maroc a la possibilité de démontrer comment la mobilité électrique peut allier innovation, accessibilité, et durabilité. En se concentrant sur les besoins locaux tout en intégrant des solutions globales, cette transformation profitera non seulement aux utilisateurs finaux, mais également à l’ensemble de l’écosystème économique et social. À travers cette initiative, l’Institut International d’Études Géopolitiques entend jouer un rôle de catalyseur pour tracer une feuille de route ambitieuse et inclusive, propulsant l’Afrique, le Maroc et l’Europe dans une nouvelle ère de mobilité durable

28 Apr 2025 Lire la suite
Le Moyen-Orient en mutation : Défis géoéconomiques et perspectives de paix durable
Géopolitique & Stratégie

Le Moyen-Orient en mutation : Défis géoéconomiques et perspectives de paix durable

L’épicentre syrien Le Moyen-Orient est en proie à des transformations profondes, marquées par des tensions persistantes et des reconfigurations géopolitiques majeures. Les dynamiques actuelles, influencées par des acteurs régionaux et internationaux, posent des défis significatifs à la stabilité de la région. Cette analyse vise à explorer les enjeux actuels, notamment l'impact sur le secteur énergétique, les implications des politiques turques et israéliennes, ainsi que le rôle des puissances mondiales. Elle propose également des perspectives d'avenir pour une paix durable. La Syrie : épicentre des reconfigurations géopolitiques La Syrie est redevenue le cœur de la reconfiguration géopolitique au Moyen-Orient, influençant les équilibres régionaux et internationaux. La chute du régime de Bachar el-Assad a entraîné une redistribution des cartes, affectant les relations entre les puissances régionales et mondiales. Cette situation a également des répercussions sur les minorités, notamment les Kurdes, qui cherchent à définir leur avenir politique dans ce contexte instable. Le Liban et les enjeux énergétiques et diplomatiques Le Liban occupe une position stratégique en Méditerranée orientale, une région riche en ressources gazières et pétrolières. La découverte de ces ressources a attisé les convoitises et exacerbé les tensions entre les pays riverains. Dans ce contexte, la construction de la deuxième plus grande ambassade des États-Unis au monde à Beyrouth soulève des questions quant aux intentions américaines dans la région. Cette présence diplomatique renforcée pourrait indiquer une volonté de sécuriser les intérêts énergétiques et d'influencer les dynamiques politiques locales. La politique turque et israélienne : ambitions régionales La Turquie et Israël jouent des rôles déterminants dans la redéfinition du paysage géopolitique du Moyen-Orient. La Turquie, sous la direction du président Recep Tayyip Erdoğan, poursuit une politique étrangère assertive, cherchant à étendre son influence en Syrie et en Irak, tout en s'impliquant dans les questions énergétiques en Méditerranée orientale. Parallèlement, Israël, avec une droite politique dominante, continue d'adopter une posture proactive pour sécuriser ses frontières et ses intérêts stratégiques, notamment face aux menaces perçues du Hezbollah et des factions palestiniennes. La question des Kurdes : entre aspirations et divisions Les Kurdes, répartis principalement entre la Syrie, l'Irak, la Turquie et l'Iran, aspirent à une reconnaissance politique et territoriale. Cependant, des divisions internes et des intérêts divergents parmi les différentes factions kurdes compliquent la réalisation d'une vision unifiée. En Syrie et en Irak, les Kurdes ont établi des zones autonomes, mais leur avenir reste incertain face aux pressions des gouvernements centraux et des puissances régionales. Rôle des puissances mondiales : États-Unis, Russie, Chine, Iran et Arabie Saoudite Les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Iran et l'Arabie Saoudite exercent une influence majeure sur les dynamiques du Moyen-Orient. Les États-Unis, bien qu'ayant réduit leur présence militaire directe, maintiennent une influence diplomatique et économique significative, notamment au Liban. La Russie et la Chine renforcent leurs alliances stratégiques et économiques dans la région, soutenant des régimes en place et investissant dans des projets d'infrastructure. L'Iran, de son côté, continue de jouer un rôle clé, notamment à travers son soutien au Hezbollah et à d'autres groupes alliés, tout en cherchant à équilibrer son influence militaire par une présence économique accrue. L'Arabie Saoudite, quant à elle, s'affirme comme un acteur central dans la diplomatie régionale, utilisant ses relations avec diverses puissances pour façonner les dynamiques géopolitiques. Actions saluées du Maroc et des démocraties européennes : stabilisation et développement Le Maroc, sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s'affirme comme un acteur clé dans la stabilisation du Sahel et du Moyen-Orient. Sa diplomatie proactive, combinée à des initiatives de développement économique et de coopération sécuritaire, en fait un partenaire stratégique pour les pays de la région. Les démocraties européennes, quant à elles, sont appelées à jouer un rôle plus actif en soutenant des processus de paix inclusifs et en renforçant les institutions locales pour promouvoir la stabilité. Vers une nouvelle gouvernance internationale : repenser l'ordre mondial Face aux limites du système onusien et à la montée d’un nouvel unilatéralisme, il est impératif de repenser la gouvernance mondiale pour instaurer un ordre international plus équitable et efficace. Réforme du Conseil de sécurité de l'ONU : Élargissement des membres permanents et révision du droit de veto pour éviter les blocages décisionnels. Promotion d'une diplomatie inclusive : Création de forums régionaux de dialogue et d'initiatives culturelles et éducatives pour renforcer la coopération. Mécanismes de résolution des conflits : Médiation neutre et soutien aux processus de justice transitionnelle. Coopération économique régionale : Zones économiques communes et investissements en infrastructures. Engagement des puissances mondiales : Respect de la souveraineté des nations et soutien aux initiatives locales. En mettant en œuvre ces actions concrètes, la communauté internationale et les acteurs régionaux peuvent œuvrer ensemble pour bâtir un Moyen-Orient plus pacifique et stable, fondé sur la coopération, le respect mutuel et la justice. Pour conclure Il faut bien nous dire que la route vers la paix est possible et indispensable ! Elle nécessite un engagement collectif et des actions concertées pour construire un avenir stable et prospère pour le Moyen-Orient.

28 Apr 2025 Lire la suite
Sissi et Macron à Khan El-Khalili : Diplomatie culturelle au cœur du Caire
Diplomatie & Coopération Sud-Sud

Sissi et Macron à Khan El-Khalili : Diplomatie culturelle au cœur du Caire

Dans les ruelles animées de Khan El-Khalili, au cœur du Caire historique, le Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et son homologue français Emmanuel Macron ont effectué une visite symbolique qui dépasse le cadre touristique. Derrière cette déambulation dans l’un des quartiers les plus emblématiques de la capitale égyptienne se cache un message fort, politique, culturel et diplomatique à la fois. Khan El-Khalili : un choix hautement symbolique Le choix de Khan El-Khalili n’a rien d’anodin. Ce souk centenaire, vestige vivant du Caire médiéval, incarne la richesse culturelle de l’Égypte, son ouverture historique sur le monde et son ancrage dans une identité plurielle. En foulant ses pavés, les deux chefs d’État ont adressé une première déclaration : celle de la continuité historique et de la profondeur civilisationnelle de l’Égypte. Un message diplomatique fort Au-delà des images pittoresques diffusées par les médias, cette visite constitue un message clair : l’Égypte reste un acteur stable au Moyen-Orient, ouvert au dialogue et à la coopération internationale. Pour la France, cette présence sur le terrain est aussi une manière de renforcer les liens avec un partenaire stratégique, tout en valorisant le dialogue interculturel. La diplomatie des symboles au service du dialogue La déambulation de Macron et Sissi dans ce haut lieu du patrimoine cairote s’inscrit dans une diplomatie des symboles. Là où les discours officiels peuvent parfois sembler figés, la culture offre un langage universel. À travers cette immersion dans le quotidien populaire égyptien, les deux dirigeants ont montré leur volonté de bâtir des ponts, au-delà des différences culturelles et religieuses. Une séquence à forte portée médiatique Cette séquence largement relayée sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information ne s’adresse pas uniquement aux chancelleries. Elle vise aussi les opinions publiques, tant en Égypte qu’en France. En mettant en avant la convivialité, la sécurité et la richesse culturelle, elle participe à redorer l’image de l’Égypte à l’international tout en soulignant l’intérêt de Paris pour le dialogue avec le monde arabe. Un acte diplomatique réfléchi Plus qu’un simple détour touristique, la visite de Khan El-Khalili par Abdel Fattah Al-Sissi et Emmanuel Macron apparaît comme un acte diplomatique réfléchi. Dans un monde traversé par les crispations identitaires et les tensions géopolitiques, ce moment partagé au cœur d’un des joyaux du patrimoine islamique urbain délivre un message fort : celui d’un partenariat fondé sur le respect, la culture et l’histoire commune.

27 Apr 2025 Lire la suite