Analyses stratégiques, recherches approfondies et perspectives d'experts sur les enjeux globaux contemporains.
L'Institut International d’Études Géopolitiques (IIEG) est une plateforme d’analyse et d’action dédiée aux transformations géopolitiques mondiales, avec un focus particulier sur la Méditerranée, l’Afrique, le Caucase et l’Asie centrale.
Le différend multidimensionnel opposant l’Iran à l’axe Washington-Tel-Aviv, transmuté en confrontation cinétique depuis février 2026, ne constitue pas une simple crise régionale, mais un catalyseur de fragmentation du système-monde. L’intensité de cette crise corrobore les thèses de l'enlisement stratégique, où la posture préventive d’Israël et la doctrine américaine de l’endiguement (containment) visent, par un découplage forcé, à neutraliser l’influence eurasiatique au Moyen-Orient. Les répercussions géoéconomiques se structurent autour de quatre piliers : la sécurité énergétique, la logistique globale, la résilience industrielle et les équilibres macrofinanciers. Crise Énergétique et Rupture des Flux L’asphyxie partielle du détroit d’Ormuz — verrou stratégique où transitent 30 % du pétrole et 17 % du gaz mondial — a engendré une volatilité exogène majeure, propulsant les cours au-delà de 50 % de leur valeur ante-conflit. Le différentiel de rentabilité : Le blocage sélectif (réduction à 5 millions de barils/jour) souligne une asymétrie critique : alors que les coûts d’extraction au Moyen-Orient demeurent marginaux (3-10 $), les hydrocarbures de schiste américains nécessitent un seuil de rentabilité bien plus élevé (40-60 $), accentuant l'inflation énergétique globale. Alternatives et réorientation : Si l’augmentation des débits via l’oléoduc Abqaiq-Yanbu (visant 7 millions b/j selon Saudi Aramco) et le pipeline Habshan-Fujairah offre un palliatif, l’arrêt des voies septentrionales (Kurdistan, BTC) limite la compensation. À moyen terme, nous assistons à un pivotement vers l'Ouest : le développement d'infrastructures méditerranéennes sécurisées par l'emprise américano-israélienne préfigure un détournement des ressources au détriment des économies asiatiques (Chine, Inde, Japon). Reconfiguration de la Logistique et des Échanges L’insécurité dans les chokepoints (Bab el-Mandeb, Suez) impose une redéfinition de la géographie maritime. Le déroutement par le Cap de Bonne-Espérance, s’il garantit la continuité des flux pour les puissances atlantiques, induit une hausse structurelle des coûts (20-30 %) et une extension des délais de livraison. Le déclin des routes Est-Ouest : Le modèle de flux horizontaux, pilier de la mondialisation libérale, est obsolète. L’architecture des « Nouvelles Routes de la Soie » est compromise, hormis ses segments continentaux russes et centrasiatiques, eux-mêmes grevés par l’ostracisme diplomatique envers Moscou. L’émergence du modèle Nord-Sud : Nous observons une transition vers un modèle régionalisé fondé sur le nearshoring et le friendshoring. Ce basculement favorise une réindustrialisation de l'Occident et propulse l’Afrique et l’Amérique Latine comme de nouveaux poumons productifs, articulés autour du nexus énergie-eau-matière. Perturbations et Souveraineté Industrielle Le conflit agit comme un révélateur de la dépendance des industries de transformation vis-à-vis des intrants moyen-orientaux (chimie, métaux, hélium). Le péril alimentaire : La tension sur les engrais est symptomatique. Malgré les capacités de leaders comme l'OCP au Maroc, la dépendance aux intrants régionaux (ammoniac) crée un risque de rupture de charge. Les stratégies de sécurisation de l'Inde et des USA illustrent un retour au protectionnisme stratégique. Économie de défense : Le secteur de l’armement s’affirme comme le principal bénéficiaire de cette instabilité, avec une accélération des budgets militaires mondiaux (dépassant les 1781 milliards de $ dès 2024). Guerre des commodités : L’utilisation par la Chine de ses leviers sur les technologies sensibles (terres rares, PCB) en réponse aux pressions occidentales confirme le passage d’une économie de marché à une économie de gestion des pénuries. Déséquilibres Macroéconomiques et Risque Systémique Le conflit sert de vecteur à une lutte pour la suprématie monétaire. L’ancrage du dollar aux échanges du « nexus stratégique » est une réponse directe à la volonté de dédollarisation des BRICS. Spirale récessionniste : L’inflation importée contraint les banques centrales à un durcissement monétaire. La hausse des taux d'intérêt et l'élargissement des spreads obligataires (notamment entre le Bund et l’OAT) ravivent le spectre d'une fragmentation de la zone euro. Atrophie de la croissance : La corrélation entre hausse du baril et baisse du PIB (0,5 point de croissance perdu pour 10 % d'augmentation du prix) laisse présager une récession mondiale durable, une hausse du chômage structurel et une dégradation insoutenable du service de la dette pour les États les plus exposés. L’affrontement actuel scelle la fin de l’illusion d’une croissance infinie et dérégulée. Le monde bascule dans une ère de fragmentation systémique où le Moyen-Orient demeure le pivot des rapports de force entre l'Est et l'Ouest. La viabilité du système financier international, encore indexée sur le pétrodollar, est désormais mise à l'épreuve par une réalité géopolitique où l'offre prime radicalement sur la demande. Références Clausewitz, C. von : De la Guerre – Pour l'analyse de la continuité de la politique par les moyens financiers. Mackinder, H. : Le Pivot Géographique de l'Histoire – Pertinence de la zone Moyen-Orient/Eurasie. Théorie du Friendshoring (J. Yellen) : Analyse des nouvelles zones d’influence résilientes. Rapports de l'AIE et de la Banque Mondiale (2025-2026) : Données sur les capacités de transport et les prévisions de croissance. Concept de Nexus Énergie-Eau-Alimentation : Cadre d’analyse de la sécurité globale durable.
La crise Américano-israélienne contre l’Iran de février-mars 2026 a révélé la vulnérabilité des grands équilibres énergétiques et logistiques mondiaux. Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont été interprétées par les marchés comme un risque de blocage (perturbations de trafic, surcoûts d’assurance, réacheminements,….), la résilience ne dépend plus seulement de la puissance, mais aussi de la capacité à diversifier ses routes, ses partenaires et ses bases d’appui. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc apparaît comme un espace de stabilité, d’interconnexion et de projection stratégique de plus en plus crédible. Une crise régionale aux effets systémiques La guerre Américano-israélienne contre l’Iran de février-mars 2026 constitue bien davantage qu’un épisode militaire circonscrit au Moyen-Orient. Elle a agi comme un révélateur brutal des fragilités de l’architecture sécuritaire et énergétique régionale, tout en accélérant l’érosion d’un modèle stratégique longtemps associé à la Pax Americana. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz a provoqué un choc économique global. Le baril de Brent a dépassé 114 dollars [1], les coûts du fret maritime ont fortement progressé et les marchés financiers mondiaux ont accusé un net recul. Parmi les indicateurs les plus marquants, l’indice boursier KOSPI sud-coréen a perdu jusqu’à 12 %, tandis que le Nikkei japonais reculait d’environ 2 % et que le Dow Jones cédait près de 400 points [2]. Dans le même temps, la hausse des tensions a provoqué une envolée des prix du gaz en Europe, qui ont augmenté de 50 % depuis le 2 mars [4]. Les conséquences économiques ont également touché d’autres secteurs, notamment le tourisme dans les pays du Golfe, où les projections évoquent une perte potentielle de 56 milliards de dollars et jusqu’à 38 millions de visiteurs en moins pour l’année 2026 [5]. Enfin, les coûts directs du conflit illustrent l’ampleur des pressions économiques générées par la guerre. Selon certaines estimations, l’économie israélienne supporterait un coût d’environ 2,9 milliards de dollars par semaine lié aux opérations militaires et aux perturbations économiques [6]. Le choc de 2026 ou la fin des certitudes La séquence d’escalade Israël–Iran (avec implication américaine) a dépassé le cadre régional pour s’imposer comme un véritable choc géopolitique à effets systémiques. Elle a mis en lumière les limites d’un système reposant à la fois sur la centralité d’un unique corridor énergétique — le détroit d’Ormuz — et sur une architecture sécuritaire largement adossée aux États-Unis. Cette lecture est discutée : certains y voient que les 2 000 milliards de dollars d’investissements promis aux États-Unis peuvent apparaître moins comme le prix d’une protection durable que comme le coût d’une dépendance stratégique devenue plus incertaine [3]. Ce choc n’est pas simplement conjoncturel. Il révèle une transformation structurelle. Il oblige à repenser le concept même de sécurité économique. Pour les économies dont la prospérité repose sur la circulation fluide des hydrocarbures et la stabilité des routes commerciales, la diversification des ancrages logistiques et stratégiques devient désormais un impératif. Le Maroc, un pôle de stabilité dans un environnement incertain Dans ce paysage en recomposition, le Maroc se distingue par un ensemble d’attributs qui renforcent sa crédibilité comme espace de continuité et de projection stratégique. Sa valeur géopolitique ne tient pas uniquement à sa position géographique. Elle repose sur un modèle combinant stabilité institutionnelle, infrastructures performantes, diplomatie multidimensionnelle et capital humain transnational. Une stabilité politique consolidée La continuité dynastique et la vision stratégique de long terme portées par la Monarchie confèrent au Maroc une continuité des politiques publiques dans la région. Cette stabilité constitue un facteur déterminant pour les investissements stratégiques à cycle long. Des infrastructures logistiques de rang mondial Cette architecture portuaire est appelée à se renforcer avec la montée en puissance du port de Nador West Med, situé dans la baie de Betoya, à environ 30 km à l’ouest de la ville de Nador. Conçu comme un port en eau profonde de nouvelle génération, il est destiné à devenir l’un des principaux hubs logistiques et énergétiques de la Méditerranée occidentale. Sa composante conteneurs prévoit une capacité initiale d’environ 3 millions d’EVP, extensible à 5 millions d’EVP à terme. Pris ensemble, Tanger Med, Nador West Med et Dakhla Atlantique dessinent progressivement un véritable arc portuaire stratégique marocain, reliant la Méditerranée, le détroit de Gibraltar et l’Atlantique. Ce qui augmente la valeur du Maroc comme solution de contournement et de continuité en cas de stress sur les corridors Ormuz–Mer Rouge–Suez. Une diplomatie multidimensionnelle Le Maroc se distingue également par sa capacité à dialoguer avec plusieurs centres de puissance. Il est à la fois allié majeur hors-OTAN des États-Unis depuis 2004, partenaire privilégié de l’Union européenne et acteur croissant de l’intégration africaine à travers l’Initiative Atlantique. Parallèlement, il entretient des relations suivies avec la Chine et la Russie [9]. Un capital humain transnational Les transferts financiers des Marocains Résidant à l’Étranger ont atteint 12,9 milliards de dollars en 2024, soit plus de 8 % du PIB national [10]. Au-delà de leur dimension économique, ces flux témoignent de la profondeur des liens entre la diaspora et l’économie nationale. Trois scénarios pour les 6 à 18 prochains mois Dans un environnement aussi incertain, la méthode des scénarios permet de structurer l’analyse. Le premier scénario est celui d’un conflit contenu. Dans cette hypothèse, les tensions militaires restent principalement circonscrites à l’affrontement entre l’Iran et Israël, sans extension majeure aux autres acteurs régionaux. Les perturbations du détroit d’Ormuz demeurent intermittentes, provoquant des tensions régulières sur les marchés énergétiques et sur les coûts d’assurance maritime. Les flux pétroliers ne sont pas durablement interrompus mais restent exposés à des risques sécuritaires élevés. Dans ce contexte, les prix de l’énergie demeurent élevés et volatils, oscillant autour de 100 à 120 dollars le baril, sans franchir durablement des seuils critiques pour l’économie mondiale. Le second scénario est celui d’une escalade régionale. Dans cette configuration plus critique, le conflit s’élargit progressivement en impliquant plus directement certains acteurs du Golfe et leurs infrastructures stratégiques. Les attaques contre les installations énergétiques, les ports ou les routes maritimes se multiplient, entraînant un blocage prolongé ou partiel du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de pétrole. Une telle situation provoquerait un choc énergétique majeur et pourrait propulser les prix du pétrole bien au-delà de 130 ou 150 dollars le baril, générant une forte inflation énergétique mondiale, des tensions sur les marchés financiers et un risque réel de ralentissement économique global. Le troisième scénario est celui d’une stabilisation précaire. Dans cette hypothèse, une médiation internationale — potentiellement portée par plusieurs puissances ou organisations internationales — parvient à instaurer un cessez-le-feu fragile entre les parties. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reprend progressivement, permettant une détente relative sur les marchés énergétiques. Les prix du pétrole pourraient alors se stabiliser dans une fourchette comprise entre 90 et 110 dollars le baril. Toutefois, cette stabilisation demeure structurellement fragile : la méfiance entre les acteurs régionaux persiste et les États comme les entreprises poursuivent leurs stratégies de diversification des routes commerciales et logistiques afin de réduire leur exposition aux futurs chocs géopolitiques. Quelles implications stratégiques ? Face à ces incertitudes, plusieurs orientations apparaissent possibles. Cartographie des orientations stratégiques Horizon 0 – 3 mois : sécurisation et continuité opérationnelle Dans la phase immédiate, la priorité consiste à réduire l’exposition aux perturbations logistiques et énergétiques provoquées par l’instabilité régionale. Les acteurs économiques et institutionnels doivent se concentrer sur la sécurisation des flux commerciaux et la diversification des bases opérationnelles. Plusieurs actions peuvent être envisagées : Constitution de capacités logistiques de sécurité à Tanger Med, permettant de sécuriser les flux commerciaux vers l’Europe et l’Afrique et d’anticiper d’éventuelles ruptures de chaînes d’approvisionnement. Audit stratégique des chaînes logistiques et énergétiques, afin d’identifier les dépendances critiques liées aux routes maritimes du Golfe et de la mer Rouge. Relocalisation partielle de fonctions stratégiques (gestion logistique, finance, supervision régionale) vers des hubs stables comme Casablanca Finance City. Renforcement des stocks stratégiques pour les secteurs sensibles (énergie, matières premières, composants industriels). Horizon 3 – 6 mois : diversification et déploiement opérationnel Une fois la continuité opérationnelle assurée, l’enjeu consiste à transformer la gestion de crise en stratégie de diversification structurelle. Les initiatives peuvent inclure : Développement de partenariats industriels et logistiques autour des infrastructures marocaines (Tanger Med, Nador West Med et plateformes industrielles). Investissements ciblés dans les zones économiques marocaines, notamment dans les secteurs industriels, agroalimentaires et pharmaceutiques, afin de renforcer les capacités de production régionales. Mise en place de projets pilotes dans la transition énergétique, en particulier dans la filière hydrogène vert, domaine dans lequel le Maroc ambitionne de mobiliser 1 million d’hectares et 35 milliards de dollars d’investissements [11]. Structuration de corridors logistiques alternatifs reliant l’Atlantique, l’Europe et l’Afrique. Horizon 6 – 18 mois : intégration stratégique et projection africaine À plus long terme, l’objectif devient la consolidation d’un partenariat stratégique durable et l’intégration progressive des initiatives dans une architecture économique régionale plus large. Plusieurs axes peuvent être développés : Création de véhicules d’investissement conjoints destinés à financer des projets d’infrastructures et d’industrialisation en Afrique. Renforcement des corridors économiques atlantiques, reliant le Maroc aux marchés africains émergents et aux routes commerciales transatlantiques. Développement d’écosystèmes industriels régionaux autour de secteurs stratégiques : énergie, logistique, industrie automobile, agro-industrie et technologies vertes. Institutionnalisation d’un dialogue économique et stratégique de long terme entre partenaires publics et privés afin d’anticiper les futures transformations géopolitiques. Cette approche graduelle permet de passer d’une logique de gestion des risques à une logique de projection stratégique, transformant les incertitudes géopolitiques en opportunités de recomposition économique. La résilience comme nouvelle grammaire stratégique La crise de 2026 constitue un point d’inflexion. Elle rappelle que les architectures de sécurité fondées sur des dépendances trop concentrées deviennent inévitablement fragiles. Dans ce contexte, la résilience ne se limite plus à la capacité de résister aux crises. Elle repose désormais sur la faculté d’organiser des relais de stabilité, de multiplier les points d’ancrage et de diversifier les routes économiques. Par sa stabilité institutionnelle, la qualité de ses infrastructures, la souplesse de sa diplomatie et la profondeur de ses réseaux humains et économiques, le Maroc apparaît comme l’un des espaces les plus crédibles pour accompagner cette transition. Dans un monde où les grandes routes maritimes — du détroit d’Ormuz à la mer Rouge, du canal de Suez au détroit de Gibraltar — redeviennent des espaces de tension stratégique, la capacité à organiser des continuités logistiques alternatives devient un facteur déterminant de stabilité économique. Par la complémentarité de ses infrastructures portuaires, de Tanger Med à Nador West Med et jusqu’au futur port de Dakhla Atlantique, le Maroc se positionne progressivement comme l’un des pivots de cette nouvelle géographie des flux. À la croisée de la Méditerranée, de l’Atlantique et des dynamiques africaines, il tend ainsi à incarner une véritable arche de résilience stratégique, capable d’articuler les nouvelles routes commerciales dans un système international de plus en plus fragmenté. Comme l’écrivait Ibn Khaldoun, l’histoire ne se répète pas mais elle enseigne. La leçon de cette crise est peut-être la suivante : dans un monde plus fragmenté, l’autonomie stratégique dépend moins de la puissance brute que de la capacité à construire des continuités durables. Références [1] Reuters. (2026). Oil prices surge above $110 as Middle East tensions threaten Strait of Hormuz shipping.https://www.reuters.com/markets/commodities/ [2] Financial Times. (2026). Global markets slide as Middle East conflict rattles investors.https://www.ft.com [4] Le Monde. (2026, 5 mars). Guerre au Moyen-Orient : la mécanique d’un nouveau choc économique est en place. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/05/guerre-en-iran-la-mecanique-d-un-nouveau-choc-economique-est-en-place_6669595_3234.html [5] BFM TV. (2026, 4 mars). Jusqu’à 38 millions de visiteurs en moins et 56 milliards de dollars de manque à gagner en 2026. https://www.bfmtv.com/economie/international/jusqu-a-38-millions-de-visiteurs-en-moins-et-56-milliards-de-dollars-de-manque-a-gagner-en-2026-le-conflit-au-moyen-orient-menace-le-lucratif-secteur-du-tourisme-dans-le-golfe_AV-202603040534.html [6] Arab News. (2026, 4 mars). Damage to Israeli economy from Iran war could top $2.9 billion a week. https://www.arabnews.com/node/2635242 [7] Tanger Med. Pôle Portuaire et Logistique. https://www.tangermed.ma/fr/pole-portuaire-et-logistique/ Golfe : la guerre Iran–États-Unis met fin à cinquante ans de Pax Americana
La décision du Conseil des ministres libanais du 02 mars 2026 (Annexe 1) interdisant toute activité sécuritaire ou militaire d’un acteur armé non étatique et chargeant les forces armées libanaises légitimes de prendre possession de ses armes constitue un moment charnière pour l’État libanais. Dans un contexte régional marqué par les tensions impliquant l’Iran, les Etats-Unis et plusieurs conflits au Moyen-Orient, cette décision réaffirme le monopole étatique de la violence légitime et la souveraineté nationale. L’article analyse les fondements constitutionnels, le droit international et le droit international humanitaire pertinents, évalue les implications géopolitiques et souligne l’importance stratégique de la neutralité active et des relations du Liban avec les États du Golfe. Introduction Le Liban traverse une phase critique de recomposition institutionnelle. La coexistence prolongée d’acteurs armés non étatiques affaiblit l’autorité du Conseil des ministres et compromet la capacité de l’État à exercer son monopole de la violence légitime. La décision du 02 mars 2026 vise à interdire toute activité militaire autonome de ces acteurs et à confier à l’armée libanaises et les forces de sécurité interne la reprise de leurs armes, dans le respect du droit national et des obligations internationales. Cette décision survient dans un contexte régional instable, caractérisé par l’influence croissante de l’Iran et la prolifération d’acteurs armés, qui exposent le Liban à des risques de conflits par procuration. La présente étude examine les implications institutionnelles et juridiques de cette décision, en soulignant l’importance de restaurer le monopole étatique et de garantir la neutralité stratégique. I. Monopole de la violence légitime : fondements doctrinaux et constitutionnels 1. Fondements doctrinaux Max Weber définit l’État moderne comme « la communauté humaine qui revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné » ¹. Cette conceptualisation demeure centrale en science politique et en droit public pour comprendre la légitimité de l’État face aux milices. Hans Kelsen souligne que l’unité du pouvoir coercitif est un élément essentiel pour maintenir l’ordre juridique interne². L’absence de contrôle exclusif sur la force armée engendre des risques d’anomie et de fragmentation de l’autorité³. 2. Fondements constitutionnels libanais Le Préambule de la Constitution libanaise consacre la souveraineté nationale. Le Conseil des ministres détient le pouvoir exécutif et détermine la politique de défense. Le monopole de la force armée est exercé par les forces armées libanaises, conformément à la loi de défense nationale. Toute structure armée parallèle fragilise la cohésion décisionnelle et compromet l’unité de l’État. II. Droit international public et obligations internationales 1. Responsabilité de l’État Selon la Convention de Montevideo et la jurisprudence de la Cour internationale de Justice (affaire Nicaragua, 1986), un État est responsable des actes commis depuis son territoire par des entités non étatiques s’il exerce un contrôle effectif ou si ces actes violent le droit international⁴. 2. Résolutions du Conseil de sécurité Le Liban est lié par les résolutions 1559 (2004) et 1701 (2006) du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui : Appellent au désarmement des milices ; Exhortent le gouvernement à exercer pleinement son autorité sur l’ensemble du territoire ; Soulignent la nécessité de prévenir toute utilisation du territoire libanais pour des conflits régionaux. 3. Droit international humanitaire (DIH) Le DIH s’applique dès lors qu’il existe un conflit armé, y compris lorsqu’il implique des acteurs non étatiques. Selon le Protocole additionnel II aux Conventions de Genève de 1977 et la jurisprudence du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)⁵ : Les groupes armés non étatiques doivent se conformer au DIH et ne peuvent exercer des opérations militaires sur le territoire d’un État souverain sans autorisation légitime. L’État doit protéger la population civile et veiller à la proportionnalité et à la distinction dans toute action militaire. La décision du 3 mars 2026 s’inscrit dans ce cadre légal : elle cherche à restaurer la primauté de l’État sur la force armée et à prévenir les violations potentielles du DIH. III. Contexte régional : tensions iraniennes et conflits au Moyen-Orient Les rivalités impliquant l’Iran et ses alliés régionaux exacerbent les risques de projection de conflits sur le territoire libanais. Les analyses stratégiques soulignent que la coexistence d’acteurs armés autonomes augmente le risque d’escalade⁶. En effet, les alliés de la République islamique d’Iran au Liban sont entrés à ses côtés dans la guerre qui l’oppose à Israël et aux Etats-Unis, après l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Dans la nuit de dimanche 1er à lundi 2 mars, le Hezbollah libanais a revendiqué ses premières salves de drones et de missiles en direction d’Israël depuis l’accord de cessez-le- feu conclu entre le Liban et l’Etat hébreu, en novembre 2024, ce qui a offert un alibi en or à Israël pour bombarder le Liban dans la nuit de dimanche à lundi, causant une trentaine de morts et des centaines de blessés⁷. La neutralité stratégique apparaît dès lors comme une mesure de protection nationale et de stabilité. IV. Neutralité stratégique et intérêt national La neutralité active, inspirée par les modèles suisse et autrichien⁸, consiste à ne pas prendre parti dans les conflits régionaux tout en maintenant des relations diplomatiques et économiques équilibrées. Pour le Liban, cela implique : La dissociation d’axes conflictuels régionaux ; La consolidation d’institutions étatiques fiables ; Le maintien de la crédibilité auprès de partenaires stratégiques, notamment les États du Golfe. V. Relations avec les États du Golfe : dimension stratégique et économique Le soutien des États du Golfe au Liban repose sur : Aides financières directes et investissements ; Intégration de la diaspora dans les flux économiques ; Soutien diplomatique dans les instances Le rétablissement du monopole étatique et de la souveraineté est un signal positif pour ces partenaires et un facteur de confiance économique et politique⁹. VI. Mise en œuvre et défis institutionnels Le succès de cette décision dépendra de : La Cohésion politique interne ; La Capacité opérationnelle des Forces Armées libanaises ; L’Encadrement juridique clair, respectant le droit constitutionnel, le droit international public et le DIH ; L’Accompagnement international mesuré. La mise en œuvre graduelle permet de réduire les risques d’escalade interne et externe et de renforcer la légitimité de l’État. Conclusion La décision du 3 mars 2026 représente un tournant institutionnel majeur. La restauration du monopole de la violence légitime constitue une condition préalable à la souveraineté, à la neutralité stratégique et à la stabilité économique et diplomatique du Liban. Cette décision est également essentielle pour assurer le respect du droit international public et du DIH, tout en consolidant la crédibilité du Liban auprès de ses alliés régionaux et internationaux. Notes et références : Weber, Le Savant et le Politique, 1919. Kelsen, Théorie pure du droit, 1934. Rotberg, When States Fail: Causes and Consequences, Princeton University Press, 2004. CIJ, Military and Paramilitary Activities in and against Nicaragua (Nicaragua v. United States), 1986, ICJ Rep. 14. Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Commentaire des Conventions de Genève, 2016. Byman, Deadly Connections: States That Sponsor Terrorism, Cambridge University Press, 2005. https://lemonde.fr/international/article/2026/03/02/en-tirant-des- missiles-sur-israel-le-hezbollah-precipite-de-nouveau-le-liban-dans-la- guerre_6669238_3210.html Fauchille, Neutralité et droit international, Recueil des Cours de l’Académie de Droit International, 1938. Collier, The Bottom Billion, Oxford University Press, 2007. Annexe 1: Le Gouvernement Libanais Interdit Toute Activité Sécuritaire ou Militaire du Hezbollah et Charge l’Armée de Prendre Possession de Ses Armes Le Conseil des ministres, En application de la Constitution, du Document d’entente nationale et de la déclaration ministérielle du Gouvernement, À la suite de son rejet et de sa condamnation de l’opération de lancement de roquettes revendiquée hier par le Hezbollah, opération qui va à l’encontre du principe selon lequel la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État libanais, et de la volonté du Liban de ne pas être entraîné dans la guerre régionale en cours, et qui constitue une violation des décisions du Conseil des ministres ainsi qu’un mépris de la volonté de la majorité des Libanais, portant ainsi atteinte à la crédibilité de l’État libanais, Après délibération, Le Conseil a décidé : Premièrement: L’État libanais déclare son rejet absolu, sans aucune ambiguïté ni possibilité de mauvaise interprétation, de tout acte militaire ou sécuritaire émanant du territoire libanais en dehors du cadre de ses institutions légitimes, et affirme que la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État. Cela implique l’interdiction immédiate de l’ensemble des activités sécuritaires et militaires du Hezbollah, celles-ci étant illégales, et l’oblige à remettre ses armes à l’État libanais et à cantonner son action au domaine politique, dans le cadre des dispositions constitutionnelles et légales, de manière à consacrer l’exclusivité du port d’armes au profit de l’État et à renforcer sa souveraineté pleine et entière sur l’ensemble de son territoire. Le Gouvernement demande à l’ensemble des appareils militaires et sécuritaires de prendre des mesures immédiates afin de mettre en œuvre ce qui précède, d’empêcher toute opération militaire ou tout lancement de roquettes ou de drones à partir du territoire libanais, et d’appréhender les contrevenants conformément aux lois et règlements applicables. Deuxièmement: Demander au Commandement de l’Armée de mettre en œuvre immédiatement et avec fermeté le plan qu’il a présenté lors de la séance du Conseil des ministres tenue le 16-2-2026, en ce qui concerne le cantonnement des armes au nord du fleuve Litani, en utilisant tous les moyens nécessaires pour en garantir l’exécution. Troisièmement: Conformément à son engagement constant à empêcher le Liban d’être entraîné dans quelque conflit que ce soit dans un contexte de tensions régionales accrues, le Conseil appelle les États garants de la Déclaration de cessation des hostilités à obtenir un engagement clair et définitif de la partie israélienne à cesser toutes les attaques sur l’ensemble du territoire libanais. Le Conseil réaffirme l’adhésion totale et définitive du Liban à l’intégralité des dispositions de la Déclaration, préservant ainsi la paix et la stabilité. Le Conseil déclare sa pleine disponibilité à reprendre les négociations à ce sujet, avec une participation civile et sous l’égide internationale. Quatrièmement: Demander au ministère des Affaires étrangères et des Émigrés d’intensifier les contacts diplomatiques avec la communauté internationale ainsi qu’avec les pays frères et amis afin de mettre un terme à l’agression israélienne et d’assurer la mise en œuvre des résolutions internationales pertinentes. Cinquièmement: Demander au ministère des Affaires Sociales d’assurer des lieux d’hébergement pour les personnes déplacées et de leur fournir des denrées alimentaires ainsi que d’autres fournitures essentielles, en coordination avec les ministères concernés, le Haut Comité de Secours, le Conseil du Développement et de la Reconstruction, le Conseil du Sud, et l’Unité de gestion des risques de catastrophes et des crises à la Présidence du Conseil des ministres.
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